De la Syrie à Paris,
un rêve devenu réalité 

MICHAEL, JEUNE SYRIEN de 22 ans, s’est réfugié avec sa famille au Liban avant de venir vivre en France pour fuir la guerre en Syrie. Il raconte son parcours et sa rencontre avec un bénévole de la SSVP qui lui a permis d’intégrer une école d’ingénieurs.

ACTUALITÉ DE LA SSVP • L’INVITÉ

M ichael a découvert Paris il
y a près d’un an. Le regard doux et serein, il relate l’itinéraire qui l’a conduit de la Syrie à Paris et les drames du conflit qui ont poussé sa famille à quitter leur pays.
« Je suis né à Homs en Syrie et je vivais à Damas. J’étais rentré de l’école, chez moi, avec mon père. On a entendu des bombardements. Ça nous a fait très peur pour ma sœur. Elle a été touchée parce qu’elle était dans l’école quand c’est arrivé. Il y avait un square dans mon quartier. Tous les gens passaient par là le matin pour aller travailler…

Je ne pouvais pas
y croire.

 EN VIDÉO 

Michael a quitté la Syrie avec sa famille pour fuir la guerre

Mon école était juste de l’autre côté. Un jour, quand j’étais dans la rue, une voiture piégée a explosé. J’étais à cinq minutes de là. Des amis sont morts ce jour-là. Mon professeur a été transporté à l’hôpital à cause de plusieurs brûlures. Et un de nos voisins est mort aussi. C’était l’événement déclencheur : il faut changer nos vies, il faut partir.
Je suis arrivé au Liban en 2014. J’y suis resté quatre ans. Ensuite, je suis arrivé à Paris en février 2018. À Damas, j’ai étudié jusqu’en Terminale S. La guerre était au milieu de l’année scolaire et au Liban, il n’y avait pas beaucoup d’écoles qui acceptaient les Syriens au milieu de l’année. J’ai dû faire mes études seul au Liban et retourner en Syrie pour l’examen final et avoir mon diplôme. »

Un réseau providentiel

Grâce à des amis dans l’Église, le père de Michael a connu Maria Quinto de Sant’Egidio avec laquelle ils ont pu avoir un entretien. Elle est alors responsable d’un programme de couloirs humanitaires pour des réfugiés syriens au Liban mis en place en Italie et en France.
« Waouh ! », c’était mon premier mot quand je suis arrivé à Paris. Parce que l’aéroport Charles de Gaulle était très grand. Quand je suis arrivé, on est restés dans l’aéroport pendant une heure. Après, on a été accueillis par une famille française. Quand j’étais dans la voiture qui m’amenait de l’aéroport jusqu’à la maison, j’étais super fatigué. Mais j’ai continué à regarder les rues parce que j’étais très excité. Je ne voulais pas manquer un seul moment : je savais que c’était le plus beau jour de ma vie. »

Michael a ensuite rencontré Jérôme Perrin, bénévole de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, qui lui a permis de s’entretenir avec le directeur de l’ISEP (école d’ingénieurs) et d’ouvrir une belle porte pour son avenir.
« Jérôme Perrin m’a expliqué les conditions pour entrer à l’école, qu’il faut avoir un niveau B2 en français pour aller dans une université. J’ai beaucoup travaillé avec les professeurs et on a fait des demandes à plusieurs écoles. Jérôme et Valérie (présidente de Sant’Egidio à Paris) ont parlé avec le directeur de l’ISEP, M. Abboud, pour avoir un rendez-vous pour moi. J’y suis allé avec Jérôme. On a parlé un peu en français et en arabe aussi parce que M. Abboud le comprend. C’était une grande chance pour moi ! Il m’a posé quelques questions : ce que j’avais étudié, ce que je souhaitais faire. Il m’a dit que mon niveau en français était bon, mais qu’il fallait faire un entretien oral avec Mlle Vivier, la responsable des admissions. »

Au bout de la course

Persévérant et soutenu dans ses démarches, Michael a donné le meilleur de lui-même pour présenter sa candidature.
« Jérôme Perrin m’a aidé à préparer mon CV et une lettre de motivation. Je ne savais pas du tout ce que c’était. Je lui ai demandé. Il m’a dit qu’il fallait parler de ce qui me motivait, de mon histoire, pourquoi j’avais choisi l’ISEP. J’ai écrit, mais il y a eu beaucoup de fautes de français. Google Translate ne m’a pas aidé ! Ensuite, j’ai présenté tous les papiers et j’ai attendu l’entretien.
Et c’est ça que j’apprécie ici. 

Un mois plus tard, j’ai reçu un e-mail pour déterminer le rendez-vous. J’avais très peur parce que tout le monde me disait que c’était l’entretien le plus important. Il faut faire bonne impression, ne pas dire n’importe quoi. J’ai donc cherché beaucoup de choses sur Internet. Mais quand je suis allé à l’entretien, elle était super sympa.
Elle m’a posé quelques questions pour déterminer mon niveau en français. Puis elle m’a accepté. Je ne pouvais pas y croire. Parce que quand j’étais au Liban, je ne rêvais que de ça ! Qu’est-ce que j’allais faire ? Qu’est-ce que j’allais étudier ? Et finalement, c’est arrivé. Je pouvais mourir heureux.  

Communauté
Sant’Egidio

Présente sur tous les continents avec plus de 60 000 personnes, la communauté de Sant’Egidio fêtait en 2018 ses 50 ans. Créée à Rome par Andrea Riccardi avec un petit groupe de lycéens qui voulaient changer le monde, elle poursuit le défi de construire un monde plus humain à travers diverses actions, comme la proximité des Jeunes pour la Paix avec les sans-abri et les personnes âgées pour lutter contre l’isolement, ou avec les Couloirs Humanitaires pour sauver des vies et favoriser l’intégration.

Par Anne-Marie Tossou, rédactrice en chef
Propos recueillis par Jean-Charles Mayer

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