INTERVIEW 

© Welcome to the Jungle

Jean Deydier
« On peut faire de l’innovationuun progrès social ! »

Créateur de deux initiatives pionnières en matière d’accompagnement des publics à la transition numérique, Jean Deydier met en avant les opportunités que comporte le digital… mais sensibilise aussi au risque de laisser à quai une partie importante de nos concitoyens.

Vous êtes fondateur des associations Emmaüs Connect et WeTechCare. De quels besoins identifiés sur le terrain sont nés ces projets ?
À l’origine, j’ai créé une structure d’insertion avec le laboratoire d’innovation sociale Emmaüs défi. Le but, c’était d’aller chercher des gens à la rue ou dans des hébergements d’urgence. Et on a fait le constat, à l’époque, que tous avaient un téléphone, alors qu’ils n’avaient pas un rond et que ça leur coûtait une fortune. Ils étaient prêts à se passer de manger pour conserver ce lien. Alors on a commencé par aller voir les opérateurs mobiles pour négocier des connexions à bas coût. Puis, on a fait un peu de veille : quand on équipe les gens, il faut s’intéresser à leurs usages. Après 18 mois de laboratoire, on a créé Emmaüs Connect, des lieux d’accueil des publics fragiles. On pouvait à la fois les faire venir, parce qu’on avait des connexions pas chères, et en même temps leur proposer un accompagnement. On s’est d’abord déployé dans les grandes villes françaises. Puis est arrivée la vague de dématérialisation des services publics, quasiment du jour au lendemain, sans qu’un écosystème social soit d’ailleurs très prévenu. Le besoin d’aide a été immédiat. Notre logique de création de lieux d’accueil était formidable, mais un peu insuffisante si on voulait impacter un écosystème complet pour s’atteler au sujet. Donc, on a créé WeTechCare il y a cinq ans, afin de faciliter la création d’un réseau d’aidants numériques, qu’ils soient bénévoles, professionnels de formation ou acteurs sociaux.

Existe-t-il différents niveaux de difficulté chez les personnes éloignées du numérique ?
Chez WeTechCare, on a pour habitude de différencier trois grands profils de besoin. D’abord, les exclus du numérique sont composés en grande partie de personnes seniors, qui ont vécu très bien sans le numérique. Elles ne comprennent pas leur déclassement soudain. Elles ont souvent des craintes vis-à-vis de l’outil et ne perçoivent pas un intérêt suffisant pour s’y mettre. Elles peuvent aussi avoir des incapacités durables. On ne peut pas demander à une personne en perte d’autonomie de faire des micro-apprentissages quotidiens sur le numérique. Cela signifie d’ailleurs qu’une société numérique doit envisager des dispositifs d’assistance durable pour les publics très handicapés, très fragiles et seniors, ainsi que pour toutes les personnes en perte d’autonomie. Ensuite, ceux qui ont un défaut de compétences numériques de base sont essentiellement des personnes très précaires, qui n’ont pas eu des métiers ou suivi de cursus scolaires ou éducatifs dans lesquels le numérique était une obligation. Ils peuvent avoir des âges assez différents. Enfin, et même si

c’est vrai qu’on constate quand même chez les jeunes une appétence et une autonomie naturelles parce qu’ils ont grandi avec le numérique et qu’ils en ont des usages, certains ont des problèmes par rapport aux services, problèmes qui existaient d’ailleurs avant le numérique, mais que la présence de personnes derrière des guichets permettait de surmonter. Aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes et auraient besoin d’un coup de pouce. Ils sont en général un peu juste sur la compréhension des écosystèmes avec lesquels ils doivent interagir.

Quels risques et opportunités comporte le digital ?
Entre un tiers et la moitié de la population n’a pas l’autonomie nécessaire pour réaliser des tâches qui peuvent paraître très simple aux autres. C’est là qu’il faut voir un point de vigilance : ce n’est pas parce que la majorité s’en sort qu’il faut oublier les minorités, qui sont quand même, en l’occurrence, de très grosses minorités. Là où c’est visible par tous, et c’est pour ça que ce sujet est quand même très sensible et bien compris, c’est qu’on est tous à un moment ou à un autre en fragilité numérique. Il y a des enjeux de sécurité, d’image personnelle, de stockage de données… et c’est pour ça que ce sujet est une belle cause de solidarité et d’engagement de chacun, qu’il soit professionnel de la formation, du social ou acteur bénévole. Pour moi, le premier réseau d’inclusion est – et sera encore longtemps – les proches et la famille. Le numérique offre d’ailleurs une opportunité de dialogue intergénérationnel, ce qui est très intéressant. Mais en même temps, le pair à pair, c’est-à-dire quand un senior autonome parle à un senior pas autonome par exemple, c’est aussi très percutant !

Quels bénéfices le numérique peut-il apporter aux publics précaires ?
On peut faire de l’innovation un progrès social. Il y a des tas d’innovations qui peuvent simplifier le quotidien de publics fragiles, je pense par exemple à des choses comme le compte Nickel, à certains dispositifs de mobilité… On peut bénéficier d’avantages commerciaux important sur l’achat d’un téléviseur, d’un abonnement téléphonique, de son énergie… Chez WeTechCare, on travaille actuellement avec une banque à rendre accessibles les bons plans du numérique. Parce qu’on peut faire plein d’économies en ligne et qu’on s’est rendu compte que ces services ne sont pas utilisés par les gens qui ont le moins d’argent. Le numérique offre de plus en plus de perspectives à simplicité de déploiement et sur le plan économique aussi, parce que c’est beaucoup plus facile de créer une entreprise digitale qu’une entreprise physique. Ça va beaucoup plus vite, on peut toucher beaucoup plus de 

monde, ce n’est pas cloisonné… mais pour en tirer le meilleur profit, on a un besoin d’information plutôt ébouriffant.

Est-ce que l’État a été trop ambitieux dans sa volonté de dématérialiser 100 % des services publics pour cette année ?
Il y a énormément d’argent investi par l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs sur le sujet. Ce qu’il manque, c’est de temps. Ensuite, il y a des choses qui sont plus difficiles que d’autres. Donner un coup de pouce, dans une agence, on y arrive. C’est assez instructif, d’ailleurs, de constater que les opérateurs privés, qui ont tout intérêt à avancer au rythme de leur clientèle s’ils ne veulent pas disparaître, sont plus prudents que les opérateurs publics sur les questions de digitalisation. Alors, bien sûr, les services publics essaient aussi de faire des efforts pour placer leurs bénéficiaires au centre de leurs préoccupations. Il y a plus d’efforts, d’argent, de lieux, d’aidants… ça ne fait aucun doute. Mais tout est une question de vitesse d’exécution. La technologie va très vite, fait rêver, et on oublie parfois que l’humain va moins vite que la machine et qu’il faut se donner du temps dans cette montée en compétence. C’est ça qui est difficile parce que derrière ces sujets du numérique, il y a de la performance opérationnelle, économique… Le souci de ne pas perdre un client quand on est dans le privé doit aussi devenir central dans le domaine public.

Que penser des ateliers qui sont proposés par des entreprises du numérique telles que Google ? Est-ce qu’il s’agit véritablement d’actions philanthropiques ou faut-il les regarder avec méfiance ?
Moi, je pense que Google a mille moyens de gagner énormément d’argent et que dans ce type d’ateliers, ils ne font vraiment pas ça pour gagner de l’argent. Je pense qu’ils cherchent à donner du sens à leur travail, à leurs collaborateurs et évidemment aussi à soigner leur image. En plus, comme de toute façon, quoi qu’ils fassent, ils sont toujours suspectés d’avoir des intentions douteuses, ils ont une espèce de prudence diabolique dans l’usage de leurs outils. Ce n’est pas là-dessus, je pense, qu’il faut être vigilant avec Google. Il faut être vigilant avec la puissance de Google, sur sa situation de monopole et les inconvénients qu’elle comporte. Les plus critiques diront que leurs ateliers ne proposent pas d’accompagnement à l’utilisation de logiciels libres, qu’on forme des gens à des outils marchands, alors qu’il en existe des gratuits… peut-être, mais je pense qu’il ne faut pas embêter les publics fragiles avec des problèmes de gens riches. Eux, il faut leur simplifier la vie, le plus possible.

Plus d’infos : 

Pour découvrir les conseils pédagogiques d’accompagnement à la transition numérique proposés par WeTechCare, rendez-vous sur la plateforme www.lesbonsclics.fr.

Vous êtes fondateur des associations Emmaüs Connect et WeTechCare. De quels besoins identifiés sur le terrain sont nés ces projets ?
À l’origine, j’ai créé une structure d’insertion avec le laboratoire d’innovation sociale Emmaüs défi. Le but, c’était d’aller chercher des gens à la rue ou dans des hébergements d’urgence. Et on a fait le constat, à l’époque, que tous avaient un téléphone, alors qu’ils n’avaient pas un rond et que ça leur coûtait une fortune. Ils étaient prêts à se passer de manger pour conserver ce lien. Alors on a commencé par aller voir les opérateurs mobiles pour négocier des connexions à bas coût. Puis, on a fait un peu de veille : quand on équipe les gens, il faut s’intéresser à leurs usages. Après 18 mois de laboratoire, on a créé Emmaüs Connect, des lieux d’accueil des publics fragiles. On pouvait à la fois les faire venir, parce qu’on avait des connexions pas chères, et en même temps leur proposer un accompagnement. On s’est d’abord déployé dans les grandes villes françaises. Puis est arrivée la vague de dématérialisation des services publics, quasiment du jour au lendemain, sans qu’un écosystème social soit d’ailleurs très prévenu. Le besoin d’aide a été immédiat. Notre logique de création de lieux d’accueil était formidable, mais un peu insuffisante si on voulait impacter un écosystème complet pour s’atteler au sujet. Donc, on a créé WeTechCare il y a cinq ans, afin de faciliter la création d’un réseau d’aidants numériques, qu’ils soient bénévoles, professionnels de formation ou acteurs sociaux.

Existe-t-il différents niveaux de difficulté chez les personnes éloignées du numérique ?
Chez WeTechCare, on a pour habitude de différencier trois grands profils de besoin.
D’abord, les exclus du numérique sont composés en grande partie de personnes seniors, qui ont vécu très bien sans le numérique. Elles ne comprennent pas leur déclassement soudain. Elles ont souvent des craintes vis-à-vis de l’outil et ne perçoivent pas un intérêt suffisant pour s’y mettre. Elles peuvent aussi avoir des incapacités durables. On ne peut pas demander à une personne en perte d’autonomie de faire des micro-apprentissages quotidiens sur le numérique. Cela signifie d’ailleurs qu’une société numérique doit envisager des dispositifs d’assistance durable pour les publics très handicapés, très fragiles et seniors, ainsi que pour toutes les personnes en perte d’autonomie.
Ensuite, ceux qui ont un défaut de compétences numériques de base sont essentiellement des personnes très précaires, qui n’ont pas eu des métiers ou suivi de cursus scolaires ou éducatifs dans lesquels le numérique était une obligation. Ils peuvent avoir des âges assez différents. 
Enfin, et même si c’est vrai qu’on constate quand même chez les jeunes une appétence et une autonomie naturelles parce qu’ils ont grandi avec le numérique et qu’ils en ont des usages, certains ont des problèmes par rapport aux services, problèmes qui existaient d’ailleurs avant le numérique, mais que la présence de personnes derrière des guichets permettait de surmonter. Aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes et auraient besoin d’un coup de pouce. Ils sont en général un peu juste sur la compréhension des écosystèmes avec lesquels ils doivent interagir.

Quels risques et opportunités comporte le digital ?
Entre un tiers et la moitié de la population n’a pas l’autonomie nécessaire pour réaliser des tâches qui peuvent paraître très simple aux autres. C’est là qu’il faut voir un point de vigilance : ce n’est pas parce que la majorité s’en sort qu’il faut oublier les minorités, qui sont quand même, en l’occurrence, de très grosses minorités. Là où c’est visible par tous, et c’est pour ça que ce sujet est quand même très sensible et bien compris, c’est qu’on est tous à un moment ou à un autre en fragilité numérique. Il y a des enjeux de sécurité, d’image personnelle, de stockage de données… et c’est pour ça que ce sujet est une belle cause de solidarité et d’engagement de chacun, qu’il soit professionnel de la formation, du social ou acteur bénévole. Pour moi, le premier réseau d’inclusion est – et sera encore longtemps – les proches et la famille. Le numérique offre d’ailleurs une opportunité de dialogue intergénérationnel, ce qui est très intéressant. Mais en même temps, le pair à pair, c’est-à-dire quand un senior autonome parle à un senior pas autonome par exemple, c’est aussi très percutant !

Quels bénéfices le numérique peut-il apporter aux publics précaires ?
On peut faire de l’innovation un progrès social. Il y a des tas d’innovations qui peuvent simplifier le quotidien de publics fragiles, je pense par exemple à des choses comme le compte Nickel, à certains dispositifs de mobilité… On peut bénéficier d’avantages commerciaux important sur l’achat d’un téléviseur, d’un abonnement téléphonique, de son énergie… Chez WeTechCare, on travaille actuellement avec une banque à rendre accessibles les bons plans du numérique. Parce qu’on peut faire plein d’économies en ligne et qu’on s’est rendu compte que ces services ne sont pas utilisés par les gens qui ont le moins d’argent. Le numérique offre de plus en plus de perspectives à simplicité de déploiement et sur le plan économique aussi, parce que c’est beaucoup plus facile de créer une entreprise digitale qu’une entreprise physique. Ça va beaucoup plus vite, on peut toucher beaucoup plus de monde, ce n’est pas cloisonné… mais pour en tirer le meilleur profit, on a un besoin d’information plutôt ébouriffant.

Est-ce que l’État a été trop ambitieux dans sa volonté de dématérialiser 100 % des services publics pour cette année ?
Il y a énormément d’argent investi par l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs sur le sujet. Ce qu’il manque, c’est de temps. Ensuite, il y a des choses qui sont plus difficiles que d’autres. Donner un coup de pouce, dans une agence, on y arrive. C’est assez instructif, d’ailleurs, de constater que les opérateurs privés, qui ont tout intérêt à avancer au rythme de leur clientèle s’ils ne veulent pas disparaître, sont plus prudents que les opérateurs publics sur les questions de digitalisation. Alors, bien sûr, les services publics essaient aussi de faire des efforts pour placer leurs bénéficiaires au centre de leurs préoccupations. Il y a plus d’efforts, d’argent, de lieux, d’aidants… ça ne fait aucun doute. Mais tout est une question de vitesse d’exécution. La technologie va très vite, fait rêver, et on oublie parfois que l’humain va moins vite que la machine et qu’il faut se donner du temps dans cette montée en compétence. C’est ça qui est difficile parce que derrière ces sujets du numérique, il y a de la performance opérationnelle, économique… Le souci de ne pas perdre un client quand on est dans le privé doit aussi devenir central dans le domaine public.

Que penser des ateliers qui sont proposés par des entreprises du numérique telles que Google ? Est-ce qu’il s’agit véritablement d’actions philanthropiques ou faut-il les regarder avec méfiance ?
Moi, je pense que Google a mille moyens de gagner énormément d’argent et que dans ce type d’ateliers, ils ne font vraiment pas ça pour gagner de l’argent. Je pense qu’ils cherchent à donner du sens à leur travail, à leurs collaborateurs et évidemment aussi à soigner leur image. En plus, comme de toute façon, quoi qu’ils fassent, ils sont toujours suspectés d’avoir des intentions douteuses, ils ont une espèce de prudence diabolique dans l’usage de leurs outils. Ce n’est pas là-dessus, je pense, qu’il faut être vigilant avec Google. Il faut être vigilant avec la puissance de Google, sur sa situation de monopole et les inconvénients qu’elle comporte. Les plus critiques diront que leurs ateliers ne proposent pas d’accompagnement à l’utilisation de logiciels libres, qu’on forme des gens à des outils marchands, alors qu’il en existe des gratuits… peut-être, mais je pense qu’il ne faut pas embêter les publics fragiles avec des problèmes de gens riches. Eux, il faut leur simplifier la vie, le plus possible.

Plus d’infos :

Pour découvrir les conseils pédagogiques d’accompagnement à la transition numérique proposés par WeTechCare, rendez-vous sur la plateforme www.lesbonsclics.fr.

ET À LA SSVP ? 

« Rendre autonome et redonner confiance »

Jérôme Perrin est président du Conseil de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de Paris et membre du comité national pilote sur l’éthique du numérique. Selon lui, former les exclus du numérique les rend autonomes, et surtout leur redonne confiance en eux.
© DR

« À Paris, explique Jérôme Perrin, nous avons commencé à œuvrer en faveur d’une appropriation des outils digitaux par nos usagers à travers l’aide prodiguée par un écrivain public numérique. Fin 2019, le dirigeant d’une petite PME, qui s’occupe de cours informatiques pour enfants et pour adultes, nous a proposé de permettre à nos bénévoles d’utiliser ses locaux le week-end, pour faire de l’inclusion numérique. Nous avons pu concrétiser ce projet fin 2020, avec l’appui d’une équipe de jeunes dont les bénévoles se relaient chaque samedi. On commence à avoir maintenant une dizaine des 65 équipes de Paris qui touchent à ces questions, dans le cadre d’accueils de jour, de permanences… »

Un sentiment de déclassement

« On recense des besoins divers, poursuit Jérôme Perrin : Ceux qui ne se sentent pas capables et ceux qui n’ont pas d’outils. Pour les seconds, plein de dispositifs existent pour avoir un équipement décent pas trop cher. Mais les gens ont parfois des outils mal configurés et finissent par se décourager. Il y en a aussi qui voient leurs enfants s’en sortir sur les outils numériques et qui se sentent incapables, eux-mêmes, de les suivre pour les aider, mais aussi pour superviser ce qu’ils font.

Cela peut provoquer des sentiments de déclassement, d’humiliation, de honte. Faire à leur place résout leurs problèmes sur le moment, pas le regard qu’ils portent sur eux-mêmes. Prendre le temps de former les personnes est la seule façon de leur rendre leur autonomie et de restaurer leur estime d’elles-mêmes ».

L’intérêt du partenariat

Selon Jérôme Perrin, « l’accompagnement à la transition numérique est un service fraternel qu’on doit pouvoir développer, ceci sans forcément vouloir le faire en solo. Je pense qu’on a intérêt à faire ça en partenariat. Essayons d’apprendre les uns des autres, quitte à bénéficier de formations, si tant est qu’il y en ait besoin. Moi, j’ai par exemple suivi une formation du Secours Catholique dans le 13e arrondissement ».
Propos recueillis par Meghann Marsotto

« À Paris, explique Jérôme Perrin, nous avons commencé à œuvrer en faveur d’une appropriation des outils digitaux par nos usagers à travers l’aide prodiguée par un écrivain public numérique. Fin 2019, le dirigeant d’une petite PME, qui s’occupe de cours informatiques pour enfants et pour adultes, nous a proposé de permettre à nos bénévoles d’utiliser ses locaux le week-end, pour faire de l’inclusion numérique. Nous avons pu concrétiser ce projet fin 2020, avec l’appui d’une équipe de jeunes dont les bénévoles se relaient chaque samedi. On commence à avoir maintenant une dizaine des 65 équipes de Paris qui touchent à ces questions, dans le cadre d’accueils de jour, de permanences… »

Un sentiment de déclassement

« On recense des besoins divers, poursuit Jérôme Perrin : Ceux qui ne se sentent pas capables et ceux qui n’ont pas d’outils. Pour les seconds, plein de dispositifs existent pour avoir un équipement décent pas trop cher. Mais les gens ont parfois des outils mal configurés et finissent par se décourager. Il y en a aussi qui voient leurs enfants s’en sortir sur les outils numériques et qui se sentent incapables, eux-mêmes, de les suivre pour les aider, mais aussi pour superviser ce qu’ils font. Cela peut provoquer des sentiments de déclassement, d’humiliation, de honte. Faire à leur place résout leurs problèmes sur le moment, pas le regard qu’ils portent sur eux-mêmes. Prendre le temps de former les personnes est la seule façon de leur rendre leur autonomie et de restaurer leur estime d’elles-mêmes ».

L’intérêt du partenariat

Selon Jérôme Perrin, « l’accompagnement à la transition numérique est un service fraternel qu’on doit pouvoir développer, ceci sans forcément vouloir le faire en solo. Je pense qu’on a intérêt à faire ça en partenariat. Essayons d’apprendre les uns des autres, quitte à bénéficier de formations, si tant est qu’il y en ait besoin. Moi, j’ai par exemple suivi une formation du Secours Catholique dans le 13e arrondissement ».
Propos recueillis par Meghann Marsotto

SUITE DU DOSSIER "Fracture numérique et sociale : comment lutter contre les inégalités ?"

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