INSERTION
La nouvelle vie du pain perdu

Ce matin, c’est l’affairement à l’Atelier du pain de Houilles-Carrières (78). Dix bénévoles réduisent en morceaux les miches et baguettes non consommées des boulangeries, cantines et églises. Mission : récupérer le pain, le sécher, le broyer. Il sera transformé dans un atelier d’insertion en alimentation animale ou en chapelure, alternative à la farine. Reportage…

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19 décembre 2022
 

09H40 : ARRIVÉE TOURNÉE
 

10H15 : TRI COUPE
 

11H10 : BROYAGE
 

10H45 : SÉCHAGE
 

11H30 : PESAGE

09H40 : ARRIVÉE TOURNÉE

Fabienne ouvre le coffre débordant de sa voiture : « Voilà la récolte du jour ! » Elle va et vient depuis deux ans dans sa voiture personnelle, de supermarchés en écoles, d’écoles en boulangeries pour glaner les invendus. Avec Jacky, la voilà qui décharge des cagettes devant l’Atelier du pain : « Ici, on fait un premier tri des produits » à partager. « On conserve le pain. Le reste part à l’épicerie sociale ou au Secours Populaire » résume Jean-François Berger, le président de la Conférence, alors que Fabienne et Jacky filent à l’Atelier.

10H15 : TRI COUPE

Là, les broyeurs détonnent en saccades pendant que l’équipe distingue pain, viennoiseries et pains fourrés. Debout, Solange – 90 ans – débite de gros tronçons : « Cela me plaît parce que c’est la vie. » Chez elle, il ne fallait pas « rester sans rien faire ». Alors, depuis vingt ans au moins, cette ancienne couturière de Christian Dior aide à l’Atelier : « Ça va, c’est pas trop dur. » La bénévole fait l’admiration de Magali, la cinquantaine, une nouvelle recrue brune et discrète : « Cela me touche de voir des personnes âgées debout et souriantes. »

10H45 : SÉCHAGE

Céleste, elle aussi, met du cœur à l’ouvrage. À 82 ans, cette bénévole portugaise aligne pour les sécher des morceaux de pain comme à la parade : « Ça me plaît parce qu’on peut aider ceux qui en ont besoin. Et moi, ça me fait du bien. Je ne peux pas être sans rien faire à la maison » confie l’ancienne femme de ménage. François s’ennuyait également. Dans sa jeunesse, il louait des camions de terrassement. Considéré un jour comme invalide, il s’est retrouvé en préretraite et vie depuis dans un Ehpad.

11H10 : BROYAGE

« On m’a parlé du pain. Moi, je suis manuel, ça m’a plu. C’est déjà bien parce que ça rend service peut-être à des démunis pires que moi. » La farine vole autour de lui dans la lumière quand il introduit des tranches de pain dans le broyeur. Il recueille la chapelure en pluie dans un sac. Annick, à côté, renchérit : « Le pain a aussi une valeur symbolique. Chez moi, on était cinq enfants, on nous disait : « tu finis ton bout de pain. Si c’était une boîte de haricots, ça serait pas la même chose. » »

11H30 : PESAGE
Dans une autre pièce, Jacky soupèse des ballots ventrus : « Ici c’est petit, alors je prépare bien les sacs, de façon à les empiler facilement. » Pour cet ancien ingénieur des Arts et Métiers, c’est l’évidence, « on peut aider des personnes pour différentes raisons. Il faut éviter les formes d’égoïsme un peu bizarroïdes ». Souvent, la foi anime les bénévoles. Mais pas Jacky : « Je suis athée grâce à Dieu ! »

Une petite usine

L’activité actuelle de l’Atelier du pain remonte à une quinzaine d’années. Avant, la chapelure servait à fabriquer des galettes pour des enfants Malgaches. « Un jour il a fallu trouver un autre débouché pour mieux traçer les « produits » », explique le président de la Conférence, Jean-François Berger, qui a pris la relève. Nouvel objectif : « Récupérer du pain à broyer partout sur le territoire de Houilles-Carrières » et le confier à un chantier d’insertion pour transformation et vente. La production passe d’une à neuf tonnes par an. L’activité répond en effet aux critères écologiques, sociaux, professionnels et économiques d’aujourd’hui. Mais elle est tributaire de la taille du local municipal.

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