Contre la solitude, les bienfaits de la sociabilité et de la spiritualité
Au lendemain d’une crise sanitaire inédite, les indicateurs révèlent que la solitude, en France, est en hausse. Dévastatrice pour la santé, notamment des personnes très âgées, elle peut être en partie compensée par une spiritualité épanouie… et par le maintien indispensable de liens significatifs.

Considérée comme l’un des grands maux de nos sociétés contemporaines, la solitude peut toucher tout un chacun. Les mobilités géographiques, l’éclatement des familles traditionnelles, la participation plus importante des femmes à la vie active ou les transformations des technologies de l’information et de la communication ont révolutionné nos façons de faire société.
Ces bouleversements comportent des avantages, mais participent également au délitement du lien social et engendrent des situations de solitude. En parallèle, la relégation du religieux dans la sphère privée, avec une moindre participation des citoyens à des rassemblements de fidèles (quel que soit leur culte d’appartenance) a entraîné une appauvrissement du questionnement spirituel de nature à causer un vide métaphysique d’autant plus difficile à prendre en charge qu’il n’est pas forcément identifié comme tel, faute d’une acculturation à la notion même de spiritualité.
QUID DU BIEN-ÊTRE SPIRITUEL ?
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit, dès 1946, que, pour être considérée en bonne santé, une personne doit se trouver dans un état de bien-être physique, psychique et social. De fait, la solitude, les études le révèlent, peut avoir un impact dévastateur sur la santé et réduire l’espérance de vie : un lien entre solitude et malnutrition a par exemple été établi et cette dernière augmente la morbidité infectieuse.
La solitude peut aussi occasionner le développement de phobies, d’anxiété, d’addictions, d’apathie, de stress chronique, d’insomnie, de troubles paniques, de problèmes de dépression, avoir un effet sur la fonction respiratoire, l’asthme, engendrer des risques cardiovasculaires, augmenter le déclin cognitif et la survenue de maladies neurodégénératives comme Alzheimer…
Pour compléter la définition de l’OMS, il faut à présent aborder la question du bien-être spirituel. La « solitude spirituelle » comme définie par Sébastien Dupont, docteur en psychologie à l’université de Strasbourg, est un « manque d’un dieu en lequel croire, d’une cause, d’un sens à la vie » (2018). De plus en plus de recherches dans les domaines de la médecine ou des soins infirmiers s’y intéressent. Selon les travaux de recherche, la spiritualité y est définie comme la place que l’on se donne dans le monde, le sentiment d’être relié à l’humanité, le partage d’une philosophie, de valeurs, d’espoirs, d’amour, le pardon, la recherche d’un sens à la vie et à la finitude, la relation à la beauté, à la nature, à l’art, à une immatérialité ou à une transcendance, divine ou non.
LE VISAGE DE LA
SOLITUDE EN FRANCE
Selon les chercheurs qui s’intéressent à la question de la solitude, ceux qui en souffrent le plus sont les jeunes adultes et les personnes âgées de plus de 75 ans. Le Baromètre de la solitude 2021 des Petits Frères des Pauvres indique ainsi que 530 000 personnes âgées de plus de 60 ans sont en situation de mort sociale en France. Elles étaient 300 000 en 2017.
Les facteurs d’aggravation du sentiment de solitude sont l’éloignement avec l’entourage, la précarité économique, l’éloignement de l’emploi (et donc de la sphère sociale qu’il constitue), les difficultés de santé (physique et psychique), le célibat, le fait d’être une femme et le fait de résider dans une zone géographique économiquement défavorisée ou en institution.
La solitude est d’autant plus dommageable qu’elle éloigne l’humain d’une spiritualité qui lui viendrait en aide, selon l’éthologue Boris Cyrulnik qui, dans son ouvrage Sous le signe du lien (1989), affirme que « ceux qui se détachent des hommes… usés par la misère… se détachent aussi de Dieu. » Croire n’est donc pas un refuge pour les plus isolés, mais un appui supplémentaire de ceux qui disposent déjà de ressources. « Dans la souffrance se cache [en effet] une force particulière qui rapproche intérieurement l’homme du Christ, une grâce spéciale », énonçait le pape Jean-Paul II dans Le Sens chrétien de la souffrance (1984). C’est notamment parce qu’elle donne un sens à la souffrance que la spiritualité, à l’inverse de la solitude, a fait la preuve, dans de nombreuses études scientifiques, de son bénéfice pour la santé. On y parle d’une attitude plus positive face à la vie, d’une baisse des maladies mentales et d’une amélioration générale de l’état de santé physique, qui se solde par une plus grande longévité.
Ces bouleversements comportent des avantages, mais participent également au délitement du lien social et engendrent des situations de solitude. En parallèle, la relégation du religieux dans la sphère privée, avec une moindre participation des citoyens à des rassemblements de fidèles (quel que soit leur culte d’appartenance) a entraîné une appauvrissement du questionnement spirituel de nature à causer un vide métaphysique d’autant plus difficile à prendre en charge qu’il n’est pas forcément identifié comme tel, faute d’une acculturation à la notion même de spiritualité.
QUID DU BIEN-ÊTRE SPIRITUEL ?
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit, dès 1946, que, pour être considérée en bonne santé, une personne doit se trouver dans un état de bien-être physique, psychique et social. De fait, la solitude, les études le révèlent, peut avoir un impact dévastateur sur la santé et réduire l’espérance de vie : un lien entre solitude et malnutrition a par exemple été établi et cette dernière augmente la morbidité infectieuse.
La solitude peut aussi occasionner le développement de phobies, d’anxiété, d’addictions, d’apathie, de stress chronique, d’insomnie, de troubles paniques, de problèmes de dépression, avoir un effet sur la fonction respiratoire, l’asthme, engendrer des risques cardiovasculaires, augmenter le déclin cognitif et la survenue de maladies neurodégénératives comme Alzheimer…
Pour compléter la définition de l’OMS, il faut à présent aborder la question du bien-être spirituel. La « solitude spirituelle » comme définie par Sébastien Dupont, docteur en psychologie à l’université de Strasbourg, est un « manque d’un dieu en lequel croire, d’une cause, d’un sens à la vie » (2018). De plus en plus de recherches dans les domaines de la médecine ou des soins infirmiers s’y intéressent. Selon les travaux de recherche, la spiritualité y est définie comme la place que l’on se donne dans le monde, le sentiment d’être relié à l’humanité, le partage d’une philosophie, de valeurs, d’espoirs, d’amour, le pardon, la recherche d’un sens à la vie et à la finitude, la relation à la beauté, à la nature, à l’art, à une immatérialité ou à une transcendance, divine ou non.
LE VISAGE DE LA
SOLITUDE EN FRANCE
Selon les chercheurs qui s’intéressent à la question de la solitude, ceux qui en souffrent le plus sont les jeunes adultes et les personnes âgées de plus de 75 ans. Le Baromètre de la solitude 2021 des Petits Frères des Pauvres indique ainsi que 530 000 personnes âgées de plus de 60 ans sont en situation de mort sociale en France. Elles étaient 300 000 en 2017.
Les facteurs d’aggravation du sentiment de solitude sont l’éloignement avec l’entourage, la précarité économique, l’éloignement de l’emploi (et donc de la sphère sociale qu’il constitue), les difficultés de santé (physique et psychique), le célibat, le fait d’être une femme et le fait de résider dans une zone géographique économiquement défavorisée ou en institution.
La solitude est d’autant plus dommageable qu’elle éloigne l’humain d’une spiritualité qui lui viendrait en aide, selon l’éthologue Boris Cyrulnik qui, dans son ouvrage Sous le signe du lien (1989), affirme que « ceux qui se détachent des hommes… usés par la misère… se détachent aussi de Dieu. » Croire n’est donc pas un refuge pour les plus isolés, mais un appui supplémentaire de ceux qui disposent déjà de ressources. « Dans la souffrance se cache [en effet] une force particulière qui rapproche intérieurement l’homme du Christ, une grâce spéciale », énonçait le pape Jean-Paul II dans Le Sens chrétien de la souffrance (1984). C’est notamment parce qu’elle donne un sens à la souffrance que la spiritualité, à l’inverse de la solitude, a fait la preuve, dans de nombreuses études scientifiques, de son bénéfice pour la santé. On y parle d’une attitude plus positive face à la vie, d’une baisse des maladies mentales et d’une amélioration générale de l’état de santé physique, qui se solde par une plus grande longévité.
Chiffres clés
530 000
C’est le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus, en France, en situation de mort sociale.
(Source : Baromètre de la solitude 2021 des Petits Frères des Pauvres)
La solitude, les études le révèlent, peut avoir un impact dévastateur sur la santé et réduire l’espérance de vie.

LE VIEILLISSEMENT, HONNI PAR LA SOCIÉTÉ
Notre société rejette cependant le vieillissement comme l’expression d’un échec du tout contrôle par l’humain contemporain, qui se rêverait transhumain. « En érigeant la longévité en norme absolue, écrit ainsi l’essayiste Pascal Bruckner dans L’Euphorie perpétuelle (2000), la civilisation rend plus inadmissible la sénilité, la perte des forces, la dépendance. Insupportable constat : nous continuons à vieillir et à mourir. » Face aux pertes nombreuses qui surviennent avec le vieillissement : pertes de ressources matérielles, perte sensorielles, de mémoire, motrices, d’autonomie, mais aussi pertes relationnelles et sociales, la spiritualité ou la foi offrent un système de valeurs, de sens, de grand secours pour la personne âgée.
Reste qu’il ne faut pas se satisfaire de cet état de fait et plutôt contribuer à l’édification d’une société plus inclusive – notamment vis-à-vis des seniors. Pour cela, il convient de s’interroger sur la posture qu’en tant que citoyens, parfois en tant qu’aidants, nous pouvons adopter. Dans un guide destiné aux employés des Hôpitaux universitaires de Genève (2018), l’infirmière Gora Da Rocha énonce ainsi
qu’« aller à la découverte s’inscrit dans l’intention d’apprendre, de considérer l’autre comme un mystère à découvrir et non comme une somme de problèmes à résoudre. » L’autre doit être perçu comme un tout multidimensionnel et unique, dont il est nécessaire de respecter l’autodétermination et la dignité et à qui il est nécessaire de prodiguer un « amour » adéquat, reflet de l’amour que l’on porte à l’humanité tout entière. L’instauration d’un climat de confiance est pour cela nécessaire, et repose sur une attention sincère, des capacités d’empathie, d’écoute authentique, de non-jugement et de considération, ainsi que sur l’humilité et la simplicité.
Dans une société française laïque quelque peu crispée sur la question religieuse, il va falloir lever le tabou de la spiritualité, laquelle – il peut être nécessaire de le rappeler – n’est pas forcément confessionnelle. Il s’agit, pour le bien-être de nos concitoyens, d’un cheminement personnel et intérieur nécessaire, et, pour notre société, d’un véritable enjeu de santé publique.
ALLER PLUS LOIN
Sur la question spécifique de la solitude des seniors, se référer au Baromètre de la solitude 2021 des Petits Frères des Pauvres) accessible sur le site internet de l’association.
LE VIEILLISSEMENT, HONNI PAR LA SOCIÉTÉ
Notre société rejette cependant le vieillissement comme l’expression d’un échec du tout contrôle par l’humain contemporain, qui se rêverait transhumain. « En érigeant la longévité en norme absolue, écrit ainsi l’essayiste Pascal Bruckner dans L’Euphorie perpétuelle (2000), la civilisation rend plus inadmissible la sénilité, la perte des forces, la dépendance. Insupportable constat : nous continuons à vieillir et à mourir. » Face aux pertes nombreuses qui surviennent avec le vieillissement : pertes de ressources matérielles, perte sensorielles, de mémoire, motrices, d’autonomie, mais aussi pertes relationnelles et sociales, la spiritualité ou la foi offrent un système de valeurs, de sens, de grand secours pour la personne âgée.
Reste qu’il ne faut pas se satisfaire de cet état de fait et plutôt contribuer à l’édification d’une société plus inclusive – notamment vis-à-vis des seniors. Pour cela, il convient de s’interroger sur la posture qu’en tant que citoyens, parfois en tant qu’aidants, nous pouvons adopter. Dans un guide destiné aux employés des Hôpitaux universitaires de Genève (2018), l’infirmière Gora Da Rocha énonce ainsi qu’« aller à la découverte s’inscrit dans l’intention d’apprendre, de considérer l’autre comme un mystère à découvrir et non comme une somme de problèmes à résoudre. » L’autre doit être perçu comme un tout multidimensionnel et unique, dont il est nécessaire de respecter l’autodétermination et la dignité et à qui il est nécessaire de prodiguer un « amour » adéquat, reflet de l’amour que l’on porte à l’humanité tout entière. L’instauration d’un climat de confiance est pour cela nécessaire, et repose sur une attention sincère, des capacités d’empathie, d’écoute authentique, de non-jugement et de considération, ainsi que sur l’humilité et la simplicité.
Dans une société française laïque quelque peu crispée sur la question religieuse, il va falloir lever le tabou de la spiritualité, laquelle – il peut être nécessaire de le rappeler – n’est pas forcément confessionnelle. Il s’agit, pour le bien-être de nos concitoyens, d’un cheminement personnel et intérieur nécessaire, et, pour notre société, d’un véritable enjeu de santé publique.
ALLER PLUS LOIN
• Sur la question spécifique de la solitude des seniors, se référer au Baromètre de la solitude 2021 des Petits Frères des Pauvres) accessible sur le site internet de l’association.

L’empathie : voir l’univers de l’autre à
travers ses lunettes à lui
Empathie et écoute sont, selon Marie Popovici, formatrice, des qualités propices à l’expression d’une parole pouvant, parfois, sortir de l’isolement.
Quels sont les signaux à envoyer à notre interlocuteur pour l’assurer qu’on est disponible pour accueillir sa parole ?
Spontanément, l’être humain peut avoir tendance à essayer de dire que tout va s’arranger. Cela part d’une bonne intention mais la personne en face peut avoir le sentiment que ce qu’elle est en train de dire n’est pas entendu. On peut reformuler ce qui est dit et le reconnaître : “Oui, je vois bien que ce que vous traversez est difficile”. À ce stade, c’est prématuré d’essayer de positiver ou de trouver des solutions pratiques. Chaque chose en son temps. C’est un des éléments clés de la posture d’écoute, d’être capable de s’adapter au rythme de l’autre.
Une fois le lien de confidence établi, comment le maintenir en respectant le rythme de l’autre ?
Certaines personnes, après la confidence, peuvent ressentir une gêne à poursuivre la relation et s’éloigner. En tant qu’aidant, on peut être associé à une étape difficile de leur existence, qu’elles ont envie de mettre derrière elles. Cela n’enlève rien à la qualité de l’écoute. Quand les personnes ne s’éloignent pas, on peut maintenir le lien en demandant des nouvelles, simplement avec un “Comment allez-vous ?”, qui permet de reprendre le contact. Le rôle de l’aidant, c’est de maintenir une porte ouverte sans forcer quoi que ce soit. Une des clés pour que la relation dure, c’est la confiance que peut accorder la personne à l’aidant, qui va de pair avec l’acceptation de l’autre et de son univers.
l’autre et son univers ?
Il faut adopter une posture d’empathie. Cela consiste en la capacité, temporairement, de quitter son univers à soi, pour regarder et voir l’univers de l’autre à travers ses lunettes à lui. On met de côté, provisoirement, son propre regard, avec ses valeurs, ses croyances, son éducation, sa culture, etc. Accepter l’autre ne veut pas pour autant dire valider, être d’accord avec sa vision, simplement admettre que par rapport à sa vie, à son parcours, là d’où il vient, là où il va, il puisse voir le monde différemment et ne pas y porter de jugement.

SUITE DU DOSSIER "Contre la solitude, les bienfaits de la sociabilité et de la spiritualité"
Accueillir subtilement la parole d’autrui
Entrer dans un dialogue de vérité peut sembler délicat et demande du tact. Mais sortir quelqu’un de son sentiment de solitude et l’aider à prendre conscience de ses forces et ressources personnelles mérite bien de faire un petit effort… et d’oublier momentanément sa propre perspective.
Deux millions de personnes âgées de 60 ans et plus sont isolées
Jean-Christophe Combe, nommé en juillet dernier Ministre des Solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées après avoir dirigé la Croix-Rouge française pendant 11 ans, vient de lancer le Conseil national de la refondation sur le thème du bien vieillir.