« C’est comme si je revivais »
Il y a 4 ans, devant les 1 000 personnes que nous étions lors de notre pèlerinage à Lourdes, Kheira nous disait : « Apprenez-nous à prier ! ». Cette phrase et d’autres confiées par ceux que nous rencontrons au quotidien, ont fait que la Maison Sourire existe. Catherine et Kheira nous en parlent.
L’INVITÉE
Kheira : Le mot qui me vient quand je repense à ce séjour, c’est « accueil ». C’est un endroit très chaleureux et tout en étant à Lourdes, on se croit chez soi. Prendre le café le matin, les repas tous ensemble, c’est ça que j’ai beaucoup aimé car d’habitude, je suis toute seule. Nous étions cinq. Cela m’a fait une famille. Cela n’a pas de prix. C’est comme si je revivais. À 75 ans, c’est comme si une autre vie commençait. Cette maison, j’aimerais y retourner car on s’aime, on se parle.
Catherine : Moi, l’image qui me revient, c’est ce moment dans la salle à manger où Severina a sorti sa guitare. On a chanté et dansé aussi ! Ce que j’ai appris de moi en ce séjour, c’est d’être capable de lâcher prise et de me laisser porter ; et en même temps, j’ai appris mes limites : il y a un moment où j’ai besoin d’être seule. Car cette grande disponibilité en tant que bénévole pendant trois jours demande de se ressourcer. Avec nos différences, nous avons eu des moments très chaleureux et quelques tensions aussi. Mais à chaque fois, nous avons pu en parler et les dépasser.
Kheira : Moi, je ne suis pas catholique de naissance et j’ai peur d’offusquer par mes questions sur la religion car j’ai beaucoup de points d’interrogation. Et ici, je me suis autorisée à poser comme un enfant plein de questions car je suis toujours assoiffée. Nous sommes allés plusieurs fois à la Grotte voir la Vierge Marie. Je ne savais pas ce que c’était le chapelet. J’aimerais apprendre d’autres choses. Mais parfois j’appréhende que plus personne ne veuille de moi tellement je demande qu’on m’explique. On a besoin de Dieu et de notre entourage pour trouver des réponses à nos problèmes, pour traverser nos épreuves. Un soir, j’ai réfléchi : ma kiné me dit que je vais trop vite dans mes mouvements et j’ai compris que peut-être dans ce que je demande à Dieu, je vais trop vite. Je voudrais que tout arrive quand je le demande mais peut-être qu’il faut attendre… Il y a un prêtre qui a dit une phrase qui m’aide. Je note dans un petit carnet des choses comme ça. J’y ai aussi noté que je ne suis pas parfaite, que Dieu m’aime comme je suis. Mais je demande toujours pardon car Jésus a toujours pardonné.
Catherine : Comment réussir un séjour ici ? Il ne faut pas avoir d’objectif ; ne pas vouloir que cela aboutisse à quelque chose de précis ; ne pas faire trop de projets. Ce qui compte vraiment c’est l’écoute. Et même si cela me paraît évident, j’ajoute cela : il faut oser dire ce qu’on a dans le cœur ! Moi, je n’extériorise pas ma foi. Je suis plutôt du genre à attendre qu’on me pose des questions pour y répondre. Lourdes est ce lieu où certaines paroles se disent : nous avons eu une soirée magnifique d’échanges après une messe. Mais j’insiste : nous ne l’avons pas provoqué ; on n’a pas dit : « ce soir-là, on va faire ça ! » Non, ce n’était pas prévu, on s’est laissé porter par le lieu.
Kheira : Le plus important pour moi, c’est d’échanger pour pouvoir avancer. Vouloir connaître encore des choses pour retrouver son chemin. Se lier d’amitié avec Catherine, c’est Dieu qui est là et qui nous a mis en relation. Dieu, pour moi, Il m’écoute, Il est là. Que sa volonté soit faite. Et peut-être, quelquefois, Il fait aussi ma volonté. Je parle à Jésus comme à un ami.
Catherine : Ce séjour était mon deuxième à Lourdes en six mois et j’en fais un troisième bientôt alors que je n’ai jamais été attirée par des sanctuaires mariaux. Cela me fait dire qu’il y a quelque chose de neuf en moi qui se passe : cette espèce de rigidité que j’avais face à une foi populaire qui me heurtait un peu est en train de fondre complètement ; je me laisse donc faire…
Propos recueillis par Émilie Chanson


Pourquoi ce lieu ?
Pour nous mettre à l’écoute des expériences spirituelles des plus pauvres : ils ont des choses à nous dire sur leur rencontre avec Dieu et leur vision de la vie. Prendre en compte, cela nous aidera à les rendre acteurs de leur chemin de résurrection (cf. notre Règle Internationale 7.5).
Contact : Émilie Chanson