C’est ma seconde famille

Edwige est venue de Côte d’Ivoire pour poursuivre ses études en communication,
en France, en 2019. Auprès de la Conférence jeunes de Dijon, elle a trouvé une seconde famille.

 

L’INVITÉE

25 janvier 2021

C’était le plus grand choc de ma vie, le chaos de plus » confie Edwige avec émotion lorsqu’elle évoque le décès de son père en septembre dernier, alors qu’elle n’avait pas encore digéré la perte de son frère l’année précédente. « C’est ce qui a été le plus difficile pour moi ces derniers mois ».
Venue en France avec la ferme intention de valider son diplôme en Master 2 Sciences du langage, la jeune femme de 24 ans souhaite acquérir une solide formation pratique pour compléter la théorie reçue en Côte d’Ivoire de manière parcellaire : « Avec les grèves des enseignants pour de meilleurs salaires et des étudiants qui réclamaient des bourses et des connexions internet, on avait du mal à avancer. C’est ce qui m’a décidée à venir en France pour me former. Ma demande via Campus France a été acceptée. »

Gabrielle est une sœur. C’est plus qu’une amie,
c’est mon ange.

Mais c’était sans imaginer les difficultés qui s’imposeraient à elle dans un pays nouveau pour elle et avec la crise sanitaire qui a impacté le monde entier, sans épargner la France.
« Je réside à Dijon depuis septembre 2019. C’était la première fois que je prenais l’avion et que je quittais la Côte d’Ivoire où vit toute ma famille. Quand je suis arrivée en France, j’avais des soucis financiers. Mon père, qui me soutenait, souffrait d’une tumeur en phase terminale et les soins en Côte d’Ivoire sont très couteux. Il n’était plus en mesure de m’aider. J’étais donc à court de moyens. »

Le soutien de la communauté

Seule, dans un pays inconnu, dès son arrivée à Dijon, Edwige a spontanément cherché une paroisse, un point de repère pour cette catholique pratiquante. « C’est lors d’une messe à Sainte-Jeanne d’Arc que j’ai entendu qu’il y avait des rencontres pour les jeunes, tous les jeudis. J’ai rencontré le père Matthieu qui s’occupe de la jeunesse et qui m’a orientée vers la Conférence Sainte-Elisabeth-de-la-Trinité en me disant qu’elle pourrait m’accompagner et m’aider. Les jeunes de la Conférence faisaient partie de ce groupe. J’y suis donc allée et j’ai exposé ce que je vivais. Il y avait Gabrielle qui était là pour m’écouter. Elle m’a aidée dans mes démarches et on est restées intimement liées. J’étais toute seule dans ma chambre de 12 m², sans amis, et là, c’était un nouveau monde qui s’ouvrait à moi. »

Une aide précieuse

Auprès de la Conférence, Edwige a pu trouver un précieux soutien matériel et moral. « Au début, j’avais un problème pour payer mon loyer, mais j’ai pu trouver un travail. 

Ils m’ont apporté des aliments et des vêtements chauds pour le froid. Parce que quand je suis arrivée, je n’avais pratiquement rien. Lorsque j’ai perdu mon père, ils ont pris en charge le billet d’avion aller-retour pour la Côte d’Ivoire et le père Matthieu a célébré une messe. La pandémie a accentué mes difficultés car j’ai perdu mes deux emplois, alors que je travaillais pour me prendre en charge. »

Gabrielle se souvient très bien de sa première rencontre avec Edwige : « Comme Edwige, la plupart des personnes que nous accompagnons découvrent la Conférence par le bouche-à-oreille. Grâce à lui, nous rencontrons chaque semaine de nouvelles personnes ! Je m’entends très bien avec Edwige, nous avons plus une relation d’amie à amie que d’une personne aidée avec une personne aidante. Dans la Conférence, notre objectif est d’instaurer une relation d’égal à égal entre les bénévoles et les personnes que nous accompagnons. Edwige m’avait même appelée en visio, en Côte d’Ivoire, pour me présenter à toute sa famille, c’était vraiment adorable ! Toutes les personnes aidées par la Conférence cette année proviennent d’Afrique. Certaines d’entre elles sont réfugiées politiques ou, dans la plupart des cas, sont des personnes qui désirent poursuivre leurs études en France. En arrivant ici, elles sont très souvent surprises par le coût de la vie, car la valeur de leur monnaie est fortement dévaluée. Elles ont du mal à joindre les deux bouts, et souvent se retrouvent sans argent après avoir payé leurs frais de scolarité et leur caution. »

Une seconde famille

« Gabrielle, c’est mon ange » raconte Edwige. « Aujourd’hui, je dis que Gabrielle est une sœur, une épaule pour moi. C’est plus qu’une amie. La Conférence c’est ma seconde famille. Heureusement, les rencontres du jeudi avec les jeunes ont pu être maintenues via les réseaux sociaux pendant le confinement.

Le père Matthieu a mis en place un partage biblique. J’ai choisi de partager le psaume 24 : « Le Seigneur est mon berger. Rien ne saurait me manquer. » J’ai expliqué que je suis venue dans un monde où je ne connais personne, mais que le Seigneur m’a secourue et que j’ai une nouvelle famille. Il a dit que rien ne saurait me manquer, alors je n’ai rien à craindre, et je peux témoigner qu’il est avec moi. »

Anne-Marie Tossou, rédactrice en chef

Une équipe d’étudiants au service des étudiants

La Conférence jeunes Sainte-Elisabeth-de-la-Trinité a été créée à Dijon en 1997. Rattachée à l’aumônerie étudiante du centre catholique universitaire (CCU), ses actions ciblent les étudiants sur le campus dijonnais. En temps ordinaire, la Conférence réalise des colis alimentaires, des dons vestimentaires et de produits d’hygiène, voire des dons financiers. Pendant le confinement, des cours d’anglais en visioconférence ont été mis en place et le nombre de personnes accompagnées a été multiplié par trois.

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