
C’est aussi celui qui, avant de trouver la foi grâce à son professeur de philosophie, avoue avoir connu le doute : « Je doutais (…) et cependant je voulais croire, je repoussais le doute, je lisais tous les livres où la religion était prouvée et aucun (…) ne me satisfaisait pleinement. » (idem)
Ozanam s’en souviendra toujours et ce sera pour lui un motif d’indulgence. « On m’accuse quelquefois d’un excès d’indulgence et de douceur envers ceux qui ont le malheur de ne pas croire. Lorsque, comme moi, on a passé par les tortures du doute, il y aurait cruauté et ingratitude à se montrer sévère pour ceux à qui Dieu n’a pas fait encore ce don inestimable de la foi. »
Servir humblement
Pour comprendre le fondement de l’humilité d’Ozanam, sans doute faut-il s’arrêter sur sa promesse. « Je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la vérité qui me donnait la paix. » Dans sa biographie de 1856, le p. Lacordaire note : « Il professait sa foi avec la courageuse humilité du chrétien qui connaît le peu qu’est le monde et, si le respect des âmes lui inspirait une exquise modération, le respect de la sienne s’élevait au-dessus de toute crainte humaine. »
Ozanam est humble parce qu’il veut servir Dieu avec humilité : « il semble qu’il faille voir pour aimer, et nous ne voyons Dieu que des yeux de la foi, et notre foi est si faible ! »
L’humilité dans la charité
Ce qui peut passer chez lui pour un manque de confiance en soi est la crainte de ne pas être à la hauteur vis-à-vis des autres et du sens qu’il veut donner à sa vie. Ainsi en est-il de son hésitation à se marier : « Je prie surtout pour qu’ [une épouse] vienne avec une âme excellente (…) qu’elle vaille beaucoup mieux que moi (…) Qu’elle soit fervente parce que je suis tiède dans les choses de Dieu. » Quant à sa vocation de prêtre, il demande conseil à son ami Lallier : « L’abbé Lacordaire sera de retour dans quelques mois et alors, si d’anciennes velléités se changent en vocation réelle, j’essayerai d’y correspondre. Ma perplexité est très grande (…) Je ne me connais pas encore assez pour me résoudre. Donnez-moi vos conseils. » (25 décembre 1839)
On sait par son épouse que le « brillant professeur » passait un temps considérable à préparer ses cours car il avait peur de ne pas délivrer le message qu’il voulait faire passer. Il évoque aussi son « extrême difficulté d’écrire » dans une lettre au p. Lacordaire (26 août 1839). Dans la « Prière de Pise », à la fin de sa vie, il parle de ses « projets d’étude où se mêlait peut-être plus d’orgueil que de zèle pour la vérité ? »
Il aborde, enfin, la question sociale avec un constat de faiblesse. « Dieu sait, avec la faiblesse naturelle de mon caractère, quels dangers aurait eus pour moi la mollesse des conditions riches ou l’abjection des classes indigentes. Je sens aussi que cet humble poste où je me trouve me met à portée de mieux servir mes semblables. »
Exclure l’orgueil
Ozanam n’hésite pas, non plus, à inciter ses confrères de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à l’humilité dans la charité : « l’humilité est obligatoire pour les associations comme pour les individus, et l’appuyer, par l’exemple de saint Vincent de Paul qui réprimanda sévèrement un prêtre de la Mission pour avoir nommé la Compagnie : notre sainte Compagnie. (…) Il faudrait ensuite insister sur les caractères de l’humilité et montrer comme elle doit exclure cet orgueil collectif.» Le mot apparaît deux fois en quelques lignes !
En conclusion, « ce qu’on peut retenir de la personne d’Ozanam, c’est son effort constant pour mettre sa vie et son action en conformité avec sa foi.» (Christine Franconnet – Lyon janvier 2008). C’est grâce à cela qu’il sera toujours tolérant. « Apprenons à défendre nos convictions sans haïr nos adversaires, à aimer ceux qui pensent autrement que nous, à reconnaître qu’il y a des chrétiens dans tous les camps et que Dieu peut être servi aujourd’hui comme toujours ! »
Le « serviteur inutile » refuse le piédestal
« Jamais je ne vous ai donné lieu de concevoir de moi cette ambitieuse espérance dont vous parlez ; jamais je n’aspirai à remplacer les grands hommes dont vous déplorez la chute. Je me connais depuis longtemps, et si Dieu a bien voulu m’accorder quelque ardeur au travail, je n’ai jamais pris cette grâce pour le don éclatant du génie. Sans doute, au rang inférieur où je suis, j’ai voulu consacrer ma vie au service de la foi, mais en me considérant comme un serviteur inutile, comme un ouvrier de la dernière heure que le maître de la vigne ne reçoit que par charité… » à Alexandre Dufieux
14 juillet 1850.
Christian Dubié,
Président du CD du Cher