
Comment soigner le lien ?
Plus que jamais, aller vers les personnes : quand on ne peut plus les accueillir aux points de rendez-vous. Même s’il est difficile de se rendre chez elles ou si elles ne le souhaitent pas, aller au-devant des personnes en situation de précarité ou d’isolement. On peut, par exemple, les retrouver, à la porte du domicile, au pied d’un immeuble, l’important est de donner un signe de notre présence.
Veiller sur les « invisibles », ceux qui ne donnent pas ou plus de signe de vie. Souvent, la raison est qu’ils en sont simplement incapables, parce qu’ils ne vont pas bien du tout. Faire comprendre à ces personnes qu’elles comptent à nos yeux : « J’ai besoin de prendre de tes nouvelles, d’être rassuré. Comment vas-tu ? ».
Pourquoi pas se renseigner dans son voisinage, son entourage ou sa paroisse pour savoir s’il y a des personnes âgées ou seules à qui un petit coup de fil ferait plaisir de temps en temps ? On peut aussi distribuer dans les boîtes aux lettres des petits mots portant un message positif ou proposant son aide.
Prier : c’est bien l’un des moyens d’agir qui n’est pas concerné par les mesures barrières ! On peut, par exemple, décider de consacrer un moment de sa journée à l’intercession pour les personnes isolées, tout particulièrement celles que la situation ne nous permet pas de rejoindre physiquement.


Prendre soin de la vie spirituelle des personnes accompagnées, cela fait partie de l’ADN des Vincentiens. L’angoisse liée à la période actuelle accentue le questionnement existentiel. Même quand il n’est pas explicitement exprimé, celui-ci se manifeste parfois par des détours dans la conversation. Témoigner alors naturellement de sa joie d’être chrétien, sans fausse pudeur et sans rien imposer, est souvent mieux accueilli qu’on ne le redoute.
Mettre en contact les étudiants privés de leurs petits boulots dans la restauration et l’hôtellerie avec des personnes ayant besoin d’aide pour un babysitting, un déménagement, du jardinage, en prenant soin de se renseigner sur les conditions légales et de déclaration.
Se renseigner sur toutes les aides habituelles et exceptionnelles mises en place par les institutions pour pouvoir orienter les personnes rencontrées. Elles sont recensées, par exemple, sur les pages du site du Gouvernement : pour-les-personnes-agees.gouv.fr, etudiant.gouv.fr…
Proposer d’agir, en permettant aux personnes accompagnées de servir à leur tour. Étudiants sans stage ou petit boulot, personnes privées de leur emploi, nombreux sont ceux qui perdent leur activité et se retrouvent isolés. Ils disposent de temps pour s’engager au service des autres, et aspirent à se rendre utiles pour redonner ainsi un sens à leur vie et retrouver du lien social.
MICRO-TROTTOIR
©DR Jeannine,
87 ans, retraitée à Melun
« Depuis la crise, je sors beaucoup moins, parce que j’ai mal au genou. Ne pas pouvoir se dégourdir les jambes pendant des semaines a compliqué les choses. Heureusement, j’ai les visites de trois bénévoles des Petits Frères des Pauvres. Ce sont mes meilleurs amis. Ils viennent me voir, et on se téléphone beaucoup. Ils m’ont même fait des cadeaux pour mon anniversaire et pour Noël ! Quand je sais que je vais les voir, ça me met en joie. Je fais très attention aux mesures sanitaires. Le masque ne m’embête pas, j’oublie même parfois de l’enlever une fois seule ! Mais ne plus pouvoir se toucher, s’étreindre, c’est ce qui me manque le plus. »
Marc, jeune retraité
bénévole à Emmaüs Connect à Lille
©DR« À Emmaüs Connect, nous avons trois mots d’ordre : équiper/connecter, accompagner, mobiliser. Les confinements, le télétravail, l’enseignement en ligne ont rendu encore plus urgente la question de l’équipement. Quant à l’accompagnement, il requiert beaucoup de patience et de bienveillance : certaines personnes n’ont même pas d’adresse e-mail ! Chaque situation est individuelle, c’est un accompagnement qui prend du temps, mais c’est la somme de ces petites actions qui change peu à peu la société. »
©DRSara,
25 ans, étudiante à Aix-en-Provence
« Je n’ai pas pu rentrer en Algérie, où vit ma famille, depuis l’été 2019. C’est très long, même si je parle souvent avec eux. Je travaillais au CROUS, mais les contrats ont été arrêtés, sans chômage partiel. Psychologiquement, tout cela est difficile à vivre. Heureusement, à La Sauvageonne, le foyer étudiant lié à la Société de Saint-Vincent-de Paul, où je vis, ils sont très attentifs à notre situation et nous ont offert, à plusieurs reprises, une réduction de 50 % sur notre loyer. La paroisse voisine Saint-Jean-Marie-Vianney nous aide aussi, avec des colis alimentaires et en nous proposant de partager des moments en famille. C’est une bouffée d’oxygène. »
Blandine,
33 ans, bénévole SSVP à Vannes
©DR
« J’avais entendu parler du souhait du Conseil national de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de lancer une retraite pour les jeunes vincentiens. C’est vrai qu’on ne se connaît pas entre nous ! Alors j’ai pris part à celle qui était organisée l’été dernier en Bourgogne sur le thème « Justice et charité », avec des temps spirituels et des ateliers à thèmes. Nous étions une cinquantaine, et ça m’a fait du bien de voir que nous étions nombreux à partager la même volonté d’agir et les mêmes soucis. Nous avons pu échanger sur nos expériences et s’enrichir de nos idées. Vu le contexte, ces moments nous ont tous reboostés. Je me réjouis qu’une nouvelle
rencontre s’annonce. »
SUITE DU DOSSIER "FACE À LA CRISE, RESTER AUX CÔTÉS DES PLUS ISOLÉS"
Face à la crise, rester aux côtés des plus isolés
De confinements en couvre-feu, de gestes barrières en interdiction de rassemblement, la crise a encore fragilisé le lien social des plus démunis. Mais, bien que leur organisation et leurs bénévoles eux-mêmes soient affectés par les contraintes sanitaires, les associations ne ménagent pas leurs efforts et leur créativité pour lutter contre cet isolement grandissant.
Jérôme Perrin « Le besoin d’écoute est immense »
Jérôme Perrin est président du Conseil de Paris de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, et membre du comité national d’éthique du numérique. Il revient sur l’isolement qui touche aussi bien les personnes en situation de précarité que les bénévoles engagés à leurs côtés, et attire l’attention sur une forme de pauvreté que la crise a révélée : l’isolement numérique.