« Des projets ?
Retrouver ma vie

Sheulder, 38 ans, accompagné par la Conférence Saint-Etienne-du-Mont à Paris, raconte sa vie de galère dans la rue.

Crédit photo : Adobestock

ACTUALITÉ DE LA SSVP • L’INVITÉ

J‘avais 28 ans quand je me suis retrouvé à la rue. La première nuit, on essaie de se dire quelque chose, mais en fait, on ne trouve rien à dire. La première nuit, elle est terrible, parce qu’on perd cette sécurité qu’on a dans un appartement. Parce que dans un appartement, on ferme la porte à clé, donc on sait que rien ne peut nous arriver : on est entre quatre murs.

Je dois continuer à vivre, m’en sortir, avoir un toit, retrouver ma vie

Témoignage de Sheulder dans l’émission « Ça commence aujourd’hui » sur France 2.

Crédit photo : DR

Si on a froid, on peut allumer le chauffage, prendre une douche. Mais quand vous êtes dehors, non. Vous êtes livré à vous-même.
Il y a la lumière, le bruit, c’est stressant. Vous avez peur. Il y a une angoisse qui est en vous. Le cerveau se déconnecte. Pour oublier : l’alcool, il n’y a que ça. Vous vous endormez sur l’alcool et vous vous réveillez le lendemain matin. Tout est là et vous vous dites : « Non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible ! » L’alcool, encore et encore.

La révolte, puis le déclic

Les gens vous tendent la main. Mais à un moment donné, vous êtes dans la négation. Pour vous, ce n’est pas de votre faute, c’est de la faute des autres. En fait, vous cherchez des excuses. Vous incriminez tout le monde. Donc ceux qui essaient avec la bonne gentillesse de vous tendre la main, comme certaines associations… non. Vous êtes
dans votre truc.
Vous en voulez à tout le monde parce que vous ne comprenez pas ce que vous avez fait à cette vie. Pourquoi ça vous arrive à vous, pourquoi ce n’est pas l’autre, alors que vous travaillez, que vous avez
ceci, cela ?
Le déclic a été de me dire : « Cette vie n’est pas faite pour moi. » Et même s’il y a un fossé avec ma mère, je me disais : « Ils [ndlr : les parents] sont venus ici [ndlr : en France] pour trouver une solution, pour nous changer de vie.

Et moi, qu’est-ce que j’en fais ? En plus avec la mort de mon père… » Ça donne des remords et on voit la situation dans laquelle on est. Et on voit les gens qui nous entourent et ce qu’ils deviennent parce qu’il faut dire que dans la rue, on dépérit. Les SDF dépérissent avec l’alcool. On a une mauvaise alimentation. L’hygiène n’est pas terrible. Parfois il n’y a pas d’hygiène du tout. Certains se laissent carrément aller. Il y a la drogue. Donc à un moment donné, on se demande : « Qu’est-ce que je vais devenir ? Que puis-je faire et comment ? »

Changer de vie

On décide de changer de vie, d’aller voir ailleurs pour voir s’il n’y a pas autre chose. De Juvisy, je suis allé à Paris et là, on fait des rencontres. On voit qu’il y en a d’autres qui ont pu s’en sortir et qu’il y en a d’autres qui ne boivent pas, qui mènent une vie « normale ». Ils sont dans la rue, ils vivent de la débrouille, mais ils ne boivent pas.

On s’ouvre à un moment donné. On est obligé de s’ouvrir aux autres. On ne peut pas rester dans l’isolement. Parce que dans l’isolement, on se tue, on meurt quoi qu’il advienne. On s’ouvre parce que les autres ont quelque chose à nous dire aussi. On ne peut pas rester fermé sur soi-même.

Tout ce que je sais, c’est que je dois vivre. Je dois continuer à vivre, reprendre ma vie comme elle était, mais en éliminant tout ce qui me faisait défaut.

Des projets pour l’avenir ?
Oui, c’est m’en sortir, avoir un toit, retrouver ma vie. Pour tout ceux qui disent qu’il faut retrouver de la dignité, je pense que même en étant dans cette situation, je reste digne. Mais mon projet, c’est retrouver une vie. Quoi ? Je ne sais pas. C’est me poser aussi. Parce que j’en ai marre de jouer l’escargot avec mon sac à dos. Ça pèse à un moment donné. J’ai envie de me sentir léger. Là, je n’ai plus le sac à dos, je me sens léger. Je n’ai pas à me soucier de savoir si on va me le voler ou quoi que ce soit. Est-ce qu’on va fouiller dedans ? Même si j’ai peu de choses. On y tient quand même.
Je me sens très lourd, on gamberge malgré tout. Même si on fait un travail sur soi-même. Je pense qu’en ayant une situation, j’arrêterai peut-être de gamberger. Je poserai mes affaires en me disant : « Voilà où tu en es. Qu’est-ce que tu veux faire réellement ? » Je pense qu’à partir de là, je pourrai répondre pleinement à la question.

Anne-Marie Tossou, rédactrice en chef

Situation d’urgence pour les SANS-ABRI

Dans le contexte de pandémie du Covid-19 et du confinement qui en découle, la situation des sans-abri, déjà difficile, s’est particulièrement dégradée en France. La SSVP et plusieurs associations ont alerté sur la gravité de la situation et incité la population à agir en aidant les sans-abri. Par exemple, en leur apportant un sac d’aliments et de nécessaire d’hygiène, en respectant les mesures de précaution sanitaire.

Je dois continuer à vivre, m’en sortir, avoir un toit, retrouver ma vie

Témoignage de Sheulder dans l’émission « Ça commence aujourd’hui » sur France 2.

Crédit photo : Charles Plumey

J‘avais 28 ans quand je me suis retrouvé à la rue. La première nuit, on essaie de se dire quelque chose, mais en fait, on ne trouve rien à dire. La première nuit, elle est terrible, parce qu’on perd cette sécurité qu’on a dans un appartement. Parce que dans un appartement, on ferme la porte à clé, donc on sait que rien ne peut nous arriver : on est entre quatre murs.

Si on a froid, on peut allumer le chauffage, prendre une douche. Mais quand vous êtes dehors, non. Vous êtes livré à vous-même.
Il y a la lumière, le bruit, c’est stressant. Vous avez peur. Il y a une angoisse qui est en vous. Le cerveau se déconnecte. Pour oublier : l’alcool, il n’y a que ça. Vous vous endormez sur l’alcool et vous vous réveillez le lendemain matin. Tout est là et vous vous dites : « Non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible ! » L’alcool, encore et encore.

La révolte, puis le déclic

Les gens vous tendent la main. Mais à un moment donné, vous êtes dans la négation. Pour vous, ce n’est pas de votre faute, c’est de la faute des autres. En fait, vous cherchez des excuses. Vous incriminez tout le monde. Donc ceux qui essaient avec la bonne gentillesse de vous tendre la main, comme certaines associations… non. Vous êtes
dans votre truc.
Vous en voulez à tout le monde parce que vous ne comprenez pas ce que vous avez fait à cette vie. Pourquoi ça vous arrive à vous, pourquoi ce n’est pas l’autre, alors que vous travaillez, que vous avez
ceci, cela ?
Le déclic a été de me dire : « Cette vie n’est pas faite pour moi. » Et même s’il y a un fossé avec ma mère, je me disais : « Ils [ndlr : les parents] sont venus ici [ndlr : en France] pour trouver une solution, pour nous changer de vie.

Et moi, qu’est-ce que j’en fais ? En plus avec la mort de mon père… » Ça donne des remords et on voit la situation dans laquelle on est. Et on voit les gens qui nous entourent et ce qu’ils deviennent parce qu’il faut dire que dans la rue, on dépérit. Les SDF dépérissent avec l’alcool. On a une mauvaise alimentation. L’hygiène n’est pas terrible. Parfois il n’y a pas d’hygiène du tout. Certains se laissent carrément aller. Il y a la drogue. Donc à un moment donné, on se demande : « Qu’est-ce que je vais devenir ? Que puis-je faire et comment ? »

Changer de vie

On décide de changer de vie, d’aller voir ailleurs pour voir s’il n’y a pas autre chose. De Juvisy, je suis allé à Paris et là, on fait des rencontres. On voit qu’il y en a d’autres qui ont pu s’en sortir et qu’il y en a d’autres qui ne boivent pas, qui mènent une vie « normale ». Ils sont dans la rue, ils vivent de la débrouille, mais ils ne boivent pas.

On s’ouvre à un moment donné. On est obligé de s’ouvrir aux autres. On ne peut pas rester dans l’isolement. Parce que dans l’isolement, on se tue, on meurt quoi qu’il advienne. On s’ouvre parce que les autres ont quelque chose à nous dire aussi. On ne peut pas rester fermé sur soi-même.

Tout ce que je sais, c’est que je dois vivre. Je dois continuer à vivre, reprendre ma vie comme elle était, mais en éliminant tout ce qui me faisait défaut.

Des projets pour l’avenir ?
Oui, c’est m’en sortir, avoir un toit, retrouver ma vie. Pour tout ceux qui disent qu’il faut retrouver de la dignité, je pense que même en étant dans cette situation, je reste digne. Mais mon projet, c’est retrouver une vie. Quoi ? Je ne sais pas. C’est me poser aussi. Parce que j’en ai marre de jouer l’escargot avec mon sac à dos. Ça pèse à un moment donné. J’ai envie de me sentir léger. Là, je n’ai plus le sac à dos, je me sens léger. Je n’ai pas à me soucier de savoir si on va me le voler ou quoi que ce soit. Est-ce qu’on va fouiller dedans ? Même si j’ai peu de choses. On y tient quand même.
Je me sens très lourd, on gamberge malgré tout. Même si on fait un travail sur soi-même. Je pense qu’en ayant une situation, j’arrêterai peut-être de gamberger. Je poserai mes affaires en me disant : « Voilà où tu en es. Qu’est-ce que tu veux faire réellement ? » Je pense qu’à partir de là, je pourrai répondre pleinement à la question.

Anne-Marie Tossou, rédactrice en chef

Situation d’urgence pour les SANS-ABRI

Dans le contexte de pandémie du Covid-19 et du confinement qui en découle, la situation des sans-abri, déjà difficile, s’est particulièrement dégradée en France. La SSVP et plusieurs associations ont alerté sur la gravité de la situation et incité la population à agir en aidant les sans-abri. Par exemple, en leur apportant un sac d’aliments et de nécessaire d’hygiène, en respectant les mesures de précaution sanitaire.

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