Des raisons d’espérer… pour avancer

Et si la crise sanitaire avait aussi permis de belles choses, malgré les drames bien réels et l’incertitude qu’elle a provoqués ? À travers ce dossier, Ozanam magazine a choisi de se pencher sur les bonnes occasions et sur les prises de conscience que la crise a suscitées, en particulier dans le monde associatif. Pour que, portés par l’espérance, nous puissions aller à la rencontre des plus démunis, forts de ces enseignements.

Par Sophie le Pivain, journaliste

«Personnellement, la crise m’a donné l’occasion de m’engager encore plus auprès de ceux qui en ont besoin, et cela fait ma joie », témoigne avec enthousiasme Christiane, nouvelle bénévole de la Conférence de la SSVP de Saint-Étienne, à la faveur des appels à l’aide survenus au cœur de la pandémie. Bien sûr, qui n’a pas été bousculé depuis que le Covid-19 a mis le monde à l’arrêt, l’obligeant par la suite à se conformer à mille et une adaptations sanitaires, sur fond de souffrances et d’incertitude ? Le secteur associatif l’a été, lui aussi, de plein fouet, sidéré et coupé de ses moyens d’agir au début du premier confinement. Puis obligé de se réinventer en un temps record, pour porter assistance aux personnes les plus fragiles, en première ligne face au virus. Pour autant, cette période a aussi suscité de belles occasions, braquant les projecteurs sur une réalité généralement tenue hors des écrans radars, donnant lieu à une générosité sans précédent, obligeant institutions publiques et associations à marcher main dans la main, et à faire preuve d’une créativité à la hauteur de l’événement, historique.

« Nous nous sommes tous un peu découverts nous-mêmes »

Appels au bénévolat, plate-forme de mobilisation citoyenne, reportages dans les médias, réseaux sociaux ont rencontré une émotion populaire, en plus d’une disponibilité inédite : l’engagement bénévole massif est l’un des faits les plus marquants de cette période. Du jamais vu, de mémoire de responsable associatif : « Dès la première vague, nous avons eu 600 à 700 volontaires supplémentaires, alors que nous tournons généralement avec 4 800 à 5 000 bénévoles », expose Samuel Coppens, porte-parole de l’Armée du Salut. « Les gens étaient prêts à se lever pour être à proximité de ceux qui souffraient. Pour d’autres, c’était aussi un moyen de rompre la solitude. » Certains bénéficiaires sont même devenus aidants à leur tour, quand des salariés fragiles ou malades manquaient à l’appel, ou simplement par désir de prendre part à l’effort collectif :

« Dans un de nos établissements, des sans-papiers africains se sont mis à fabriquer des centaines de masques. Si on sait ouvrir les yeux, il y a vraiment eu de belles choses… » Pendant cette période si particulière, « nous nous sommes tous un peu découverts nous-mêmes », relit Émilie Chanson, chargée de la démarche Fraternité à la Société de Saint-Vincent-de-Paul : « Des personnes qui n’avaient jamais pensé à donner de leur temps l’ont fait. D’autres, à l’inverse, ont senti qu’elles avaient besoin d’un temps de recul pour ne pas se noyer dans l’urgence. Une crise révèle ce que nous sommes, nous donne à être en vérité, en assumant nos désirs profonds, mais aussi nos limites. » Financièrement, la période s’est aussi révélée fructueuse pour les associations : « Nous avons vu un afflux important de nouveaux donateurs, ainsi que la réactivation de certains anciens donateurs », témoigne Claude Bobey, à la direction du Secours Catholique-Caritas France. « Et ce, alors que nous étions sur le point de lancer une réflexion quant à une révision de notre modèle économique, puisque nous étions en déficit depuis plusieurs années ».

«Personnellement, la crise m’a donné l’occasion de m’engager encore plus auprès de ceux qui en ont besoin, et cela fait ma joie », témoigne avec enthousiasme Christiane, nouvelle bénévole de la Conférence de la SSVP de Saint-Étienne, à la faveur des appels à l’aide survenus au cœur de la pandémie. Bien sûr, qui n’a pas été bousculé depuis que le Covid-19 a mis le monde à l’arrêt, l’obligeant par la suite à se conformer à mille et une adaptations sanitaires, sur fond de souffrances et d’incertitude ? Le secteur associatif l’a été, lui aussi, de plein fouet, sidéré et coupé de ses moyens d’agir au début du premier confinement. Puis obligé de se réinventer en un temps record, pour porter assistance aux personnes les plus fragiles, en première ligne face au virus. Pour autant, cette période a aussi suscité de belles occasions, braquant les projecteurs sur une réalité généralement tenue hors des écrans radars, donnant lieu à une générosité sans précédent, obligeant institutions publiques et associations à marcher main dans la main, et à faire preuve d’une créativité à la hauteur de l’événement, historique.

« Nous nous sommes tous un peu découverts nous-mêmes »

Appels au bénévolat, plate-forme de mobilisation citoyenne, reportages dans les médias, réseaux sociaux ont rencontré une émotion populaire, en plus d’une disponibilité inédite : l’engagement bénévole massif est l’un des faits les plus marquants de cette période. Du jamais vu, de mémoire de responsable associatif : « Dès la première vague, nous avons eu 600 à 700 volontaires supplémentaires, alors que nous tournons généralement avec 4 800 à 5 000 bénévoles », expose Samuel Coppens, porte-parole de l’Armée du Salut. « Les gens étaient prêts à se lever pour être à proximité de ceux qui souffraient. Pour d’autres, c’était aussi un moyen de rompre la solitude. » Certains bénéficiaires sont même devenus aidants à leur tour, quand des salariés fragiles ou malades manquaient à l’appel, ou simplement par désir de prendre part à l’effort collectif : « Dans un de nos établissements, des sans-papiers africains se sont mis à fabriquer des centaines de masques. Si on sait ouvrir les yeux, il y a vraiment eu de belles choses… » Pendant cette période si particulière, « nous nous sommes tous un peu découverts nous-mêmes », relit Émilie Chanson, chargée de la démarche Fraternité à la Société de Saint-Vincent-de-Paul : « Des personnes qui n’avaient jamais pensé à donner de leur temps l’ont fait. D’autres, à l’inverse, ont senti qu’elles avaient besoin d’un temps de recul pour ne pas se noyer dans l’urgence. Une crise révèle ce que nous sommes, nous donne à être en vérité, en assumant nos désirs profonds, mais aussi nos limites. » Financièrement, la période s’est aussi révélée fructueuse pour les associations : « Nous avons vu un afflux important de nouveaux donateurs, ainsi que la réactivation de certains anciens donateurs », témoigne Claude Bobey, à la direction du Secours Catholique-Caritas France. « Et ce, alors que nous étions sur le point de lancer une réflexion quant à une révision de notre modèle économique, puisque nous étions en déficit depuis plusieurs années ».

Chiffres clés

395 €
c’est le montant moyen des dons faits en 2020 aux associations caritatives par les donateurs français, contre 300 € en 2019. (Baromètre de la solidarité Ipsos/Fondation Apprentis d’Auteuil – avril 2021)

Cette période a aussi suscité de belles occasions, braquant les projecteurs sur une réalité généralement tenue hors des écrans radars

Sans compter le soutien extraordinaire de la Caisse d’Allocations Familiales, qui s’est appuyée, entre autres, sur le Secours Catholique, les centres sociaux des conseils généraux étant fermés : « Nous avons obtenu 2 millions d’euros de France Relance, et 4 millions de l’État directement ». Une aide conjoncturelle mais qui, le responsable en est sûr, « devrait s’installer structurellement ». Même son de cloche du côté de l’Armée du Salut, où Samuel Coppens, le porte-parole, note la générosité de l’État, « non seulement en liquidités sonnantes et trébuchantes, mais aussi en nature ».

À l’Armée du Salut, comme dans d’autres associations, l’engagement bénévole massif est l’un des faits marquants de cette période. ©  Armée du Salut
À l’Armée du Salut, comme dans d’autres associations, l’engagement bénévole massif est l’un des faits marquants de cette période. ©  Armée du Salut

Les associations ont remis en question leurs habitudes

Cet afflux de bonnes volontés et de généreux donateurs était bienvenu, alors que les associations ont été très sollicitées par l’État pour faire face à la fermeture de beaucoup de centres d’accueil : « Nous servions 7 000 repas par jour, contre 600 habituellement », reprend Samuel Coppens, qui relève que l’Armée du Salut a tiré de cette expérience de nouvelles compétences en matière de gestion de crise. À qui veut voir « le verre à moitié plein », la crise a aussi été l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences, et, parfois, de remettre en question certaines habitudes. Au Secours Catholique par exemple, « nous avons redécouvert la puissance de l’accompagnement personnalisé », analyse Claude Bobey. « Avant, nous recevions beaucoup de personnes à la fois dans nos locaux, pour répondre à un maximum de demandes, par exemple dans la distribution de colis alimentaires. La crise nous a obligés à les recevoir une par une, et à prendre le temps de la relation. Ce fonctionnement est plus adapté à la première demande des personnes, qui est l’écoute, comme le montre notre dernier rapport statistique ».

Les nouveaux bénéficiaires représentaient 70 % des personnes accueillies au Secours Catholique : ce chiffre a baissé, signe d’un meilleur accompagnement dans la durée, et d’un passage du « quantitatif au qualitatif ». Pour Claude Bobey, la crise a aussi favorisé le cheminement des acteurs associatifs vers « l’aller–vers », une démarche largement encouragée dans la lutte contre la précarité, consistant à aller au-devant des personnes, même quand elles n’en font pas la demande. Au Secours Catholique, l’opération FraterNoël, au cours de laquelle des paniers étaient distribués en partenariat avec des restaurateurs, ou encore ce camion qui a circulé en Bourgogne, surmonté d’un immense panneau affichant « On pense à vous », ont été accueillis très positivement. Autant de pas pour rompre l’isolement des « invisibles », ceux qui n’ont plus l’énergie de se manifester.

La crise a favorisé « l’aller-vers »

« De nouveaux bénévoles sont venus, avec leur jeunesse et leur nouveau regard », témoigne Émilie Chanson, à la SSVP. « Pour les plus anciens, l’enjeu est de leur faire une place : une équipe de bénévoles est-elle un club fermé, avec des personnes qui se connaissent depuis longtemps ?

Je crois que la crise nous a plutôt révélé que nous avons tous à donner et à recevoir réciproquement ». À l’heure du retour à un rythme plus normal, la responsable de la Démarche Fraternité invite chaque équipe à prendre un temps de recul après l’épreuve de la pandémie, pour « cheminer ensemble, et échanger sur les questions existentielles que la crise a inévitablement posées à chacun d’entre nous ». Pour que les enseignements de celle-ci ne soient pas vains.

PLUS D’INFOS

Le site gouvernemental consacré aux associations donne de nombreuses informations sur l’impact de la crise sur leur fonctionnement, et sur les différentes mesures en leur faveur, sur sa page spéciale www.associations.gouv.fr/info-coronavirus.html

Les associations ont remis en question leurs habitudes

Cet afflux de bonnes volontés et de généreux donateurs était bienvenu, alors que les associations ont été très sollicitées par l’État pour faire face à la fermeture de beaucoup de centres d’accueil : « Nous servions 7 000 repas par jour, contre 600 habituellement », reprend Samuel Coppens, qui relève que l’Armée du Salut a tiré de cette expérience de nouvelles compétences en matière de gestion de crise. À qui veut voir « le verre à moitié plein », la crise a aussi été l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences, et, parfois, de remettre en question certaines habitudes. Au Secours Catholique par exemple, « nous avons redécouvert la puissance de l’accompagnement personnalisé », analyse Claude Bobey. « Avant, nous recevions beaucoup de personnes à la fois dans nos locaux, pour répondre à un maximum de demandes, par exemple dans la distribution de colis alimentaires. La crise nous a obligés à les recevoir une par une, et à prendre le temps de la relation. Ce fonctionnement est plus adapté à la première demande des personnes, qui est l’écoute, comme le montre notre dernier rapport statistique ». Les nouveaux bénéficiaires représentaient 70 % des personnes accueillies au Secours Catholique : ce chiffre a baissé, signe d’un meilleur accompagnement dans la durée, et d’un passage du « quantitatif au qualitatif ». Pour Claude Bobey, la crise a aussi favorisé le cheminement des acteurs associatifs vers « l’aller–vers », une démarche largement encouragée dans la lutte contre la précarité, consistant à aller au-devant des personnes, même quand elles n’en font pas la demande. Au Secours Catholique, l’opération FraterNoël, au cours de laquelle des paniers étaient distribués en partenariat avec des restaurateurs, ou encore ce camion qui a circulé en Bourgogne, surmonté d’un immense panneau affichant « On pense à vous », ont été accueillis très positivement. Autant de pas pour rompre l’isolement des « invisibles », ceux qui n’ont plus l’énergie de se manifester.

La crise a favorisé « l’aller-vers »

« De nouveaux bénévoles sont venus, avec leur jeunesse et leur nouveau regard », témoigne Émilie Chanson, à la SSVP. « Pour les plus anciens, l’enjeu est de leur faire une place : une équipe de bénévoles est-elle un club fermé, avec des personnes qui se connaissent depuis longtemps ? Je crois que la crise nous a plutôt révélé que nous avons tous à donner et à recevoir réciproquement ». À l’heure du retour à un rythme plus normal, la responsable de la Démarche Fraternité invite chaque équipe à prendre un temps de recul après l’épreuve de la pandémie, pour « cheminer ensemble, et échanger sur les questions existentielles que la crise a inévitablement posées à chacun d’entre nous ». Pour que les enseignements de celle-ci ne soient pas vains.

PLUS D’INFOS

Le site gouvernemental consacré aux associations donne de nombreuses informations sur l’impact de la crise sur leur fonctionnement, et sur les différentes mesures en leur faveur, sur sa page spéciale www.associations.gouv.fr/info-coronavirus.html

L’ENTRETIEN 

« Dieu déploie sa force dans nos faiblesses »

Aumônier national du Secours Catholique et conseiller spirituel de la SSVP dans le Morbihan, le père Hervé Perrot apporte son éclairage spirituel pour affronter les défis qui s’annoncent, dans l’espérance.

Avez-vous perçu la présence de Dieu au cœur de cette crise ?

J’aime ces paroles d’une chanson enfantine : « L’espérance est un trésor. Même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or. » Quelles franges d’or cette crise a-t-elle révélées ? J’ai entendu cette parole d’une personne en grande précarité : « Quand tout s’écroule, c’est ma foi qui me fait tenir. » Cette expérience de l’écroulement, que nous avons tous faite, peut devenir le point d’appui de notre foi. Dans l’histoire du Salut, Dieu se révèle toujours dans ces moments un peu critiques : Il déploie sa force dans les faiblesses de notre monde.

Qu’est-ce que la crise sanitaire a suscité de bon ?

Elle nous a interrogés sur notre culture de la relation, et sur cette fraternité qui ne peut pas faire l’impasse des plus pauvres, en l’occurrence les étudiants ou les personnes dans les EHPAD.

Nous avons perçu l’inhumanité de certaines mesures, et avons pris conscience que chacun a son rôle pour lutter contre l’isolement. À la Société de Saint-Vincent-de-Paul, il y a cette phrase « être présent, tout simplement ». Je la trouve très juste. Dieu lui-même n’est-il pas « présent, tout simplement » dans nos Galilées d’aujourd’hui ? Dans cette crise, les équipes de bénévoles de la SSVP ont su avoir une inventivité et une créativité démultipliées au service des plus pauvres.

Comment rester dans l’espérance ?

Les temps qui viennent ne vont pas être les plus joyeux en termes de misère et de précarité. Mais nous, associations confessionnelles, savons que c’est en une Personne que nous avons mis notre espérance, et que Celle-ci nous précède en Galilée. Invoquons l’Esprit Saint « père des pauvres » pour oser affronter ces nouveaux défis.

Et avançons à partir des plus pauvres, ce sera le garant de notre action. Comme dit le pape François, dans Fratelli Tutti, quand il évoque « le torrent d’énergie morale qui naît de la participation des exclus à la construction d’un avenir commun ». 

Crédit photo : ©DR

Avez-vous perçu la présence de Dieu au cœur de cette crise ?

J’aime ces paroles d’une chanson enfantine : « L’espérance est un trésor. Même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or. » Quelles franges d’or cette crise a-t-elle révélées ? J’ai entendu cette parole d’une personne en grande précarité : « Quand tout s’écroule, c’est ma foi qui me fait tenir. » Cette expérience de l’écroulement, que nous avons tous faite, peut devenir le point d’appui de notre foi. Dans l’histoire du Salut, Dieu se révèle toujours dans ces moments un peu critiques : Il déploie sa force dans les faiblesses de notre monde.

Qu’est-ce que la crise sanitaire a suscité de bon ?

Elle nous a interrogés sur notre culture de la relation, et sur cette fraternité qui ne peut pas faire l’impasse des plus pauvres, en l’occurrence les étudiants ou les personnes dans les EHPAD. Nous avons perçu l’inhumanité de certaines mesures, et avons pris conscience que chacun a son rôle pour lutter contre l’isolement. À la Société de Saint-Vincent-de-Paul, il y a cette phrase « être présent, tout simplement ». Je la trouve très juste. Dieu lui-même n’est-il pas « présent, tout simplement » dans nos Galilées d’aujourd’hui ? Dans cette crise, les équipes de bénévoles de la SSVP ont su avoir une inventivité et une créativité démultipliées au service des plus pauvres.

Comment rester dans l’espérance ?

Les temps qui viennent ne vont pas être les plus joyeux en termes de misère et de précarité. Mais nous, associations confessionnelles, savons que c’est en une Personne que nous avons mis notre espérance, et que Celle-ci nous précède en Galilée. Invoquons l’Esprit Saint « père des pauvres » pour oser affronter ces nouveaux défis. Et avançons à partir des plus pauvres, ce sera le garant de notre action. Comme dit le pape François, dans Fratelli Tutti, quand il évoque « le torrent d’énergie morale qui naît de la participation des exclus à la construction d’un avenir commun ».

Crédit photo : ©DR

SUITE DU DOSSIER "Des raisons d’espérer… pour avancer"

Comment avancer sur le chemin de la fraternité ?

Comment avancer sur le chemin de la fraternité ?

Et si la sortie de cette période de crise était l’occasion de revisiter notre manière d’agir ? À l’aide des « défis fraternels » proposés en vidéo sur notre réseau interne Workplace, ces derniers mois, nous pouvons faire l’expérience que certaines façons d’être favorisent une fraternité authentique entre nous, bénévoles, et ceux que nous rencontrons.

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