RÉFLECHIR 

Comme des lumières dans les ténèbres

Des signes d’espérance

Qu’est-ce qui est lumière dans nos ténèbres pour nous aujourd’hui et qui nous encourage à espérer ? N’est-ce pas le fait de se guérir mutuellement en faisant preuve de tendresse et d’attention, en s’intéressant aux autres, notamment aux plus démunis dans un monde souvent marqué par la violence et l’indifférence ? La conversion à la douceur, à l’image du Christ, n’est-elle pas indispensable au cœur de nos actions ?

Jésus nous a recréés de la racine et puis nous a fait avancer avec son enseignement, avec sa doctrine […] qui guérit, toujours

La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière

Pour ouvrir le cœur des autres et les inviter à la conversion, il faut de la douceur, de l’humilité et de la pauvreté.

© Julien Spiewak

Le pape François, dans son discours à la Curie Romaine le 21 décembre 2018, évoquant les scandales qui ont affecté l’Église, a mis en valeur les réalités positives vécues par ceux qui travaillent dans un esprit de service : « La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière » (Romains 13, 11-14a). D’un côté, l’arrogance, le pouvoir pour lui-même, conduisant aux abus et à la souffrance, de l’autre côté la lumière des Béatitudes (Matthieu 5, 3-12) !
Comme des lumières qui brillent et guident dans les ténèbres, les Béatitudes sont des chemins d’espérance pour l’humanité, tout en douceur, fragilité, délicatesse, si loin de l’arrogance ! En parler aujourd’hui semble faire référence à un autre monde. La violence aux mille visages s’étale devant nos yeux : entre les nations et les groupes humains, dans les foyers, entre conjoints et à l’endroit des enfants, dans la société entre les individus, envers des personnes âgées ou invalides. Les violences sont multiples : verbales et non-verbales, psychologiques…

Doux et humble
de cœur

Jésus s’est défini comme « doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29). En le contemplant, nous voyons que la douceur ne se confond pas avec la mièvrerie ou l’impuissance. Jésus traite avec douceur tous ceux qui se présentent à lui, jusqu’aux pécheurs qu’il relève, jusqu’à Judas qu’il appelle « ami » (Matthieu 26, 50). 

Mais il sait aussi « parler en homme qui a autorité » (Marc 1, 27). Il discute par exemple avec les scribes et répond fermement au grand prêtre : « Si j’ai mal parlé, montre où est le mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18, 22). Mais il ne réplique ni à l’insulte ni aux coups. Et il enseigne à ses disciples à ne pas molester ni même injurier un frère (Matthieu 5, 22) et à ne pas « riposter au méchant » (5, 39). Il prêche la non-violence et l’amour des ennemis (Matthieu 6, 44). Loin d’être marque de faiblesse, son extrême douceur ne peut jaillir que de sa toute-puissance d’amour. Nous Vincentiens, que faisons-nous pour suivre les pas du Christ dans cette voie ? Le pape François, lors de son homélie du 7 février 2019, à partir de l’Évangile de Marc (6, 7-13) nous livre des clés qui ouvrent le chemin vers l’espérance d’une humanité nouvelle. « Pour ouvrir le cœur des autres et les inviter à la conversion, il faut de la douceur, de l’humilité et de la pauvreté, en suivant les pas du Christ, et non pas se croire supérieur ou chercher quelque intérêt humain. »

Une nécessaire conversion

« Jésus nous a recréés de la racine et puis nous a fait avancer avec son enseignement, avec sa doctrine […] qui guérit, toujours ». Il donne le commandement de la conversion, qui consiste à « ouvrir son cœur, pour que la Parole puisse entrer (…), à regarder ailleurs. Si le cœur est fermé, il ne peut être guéri ».
Le pape invite donc à la « pauvreté, à l’humilité, à la douceur ».

Comme l’exhorte Jésus, « s’ils ne vous reçoivent pas, partez, en secouant la poussière de vos sandales ». « Si un apôtre, un envoyé […] est un peu méprisant, se croit supérieur aux autres, ou cherche […] une place dans l’Église, il ne guérira jamais personne, il ne réussira à ouvrir le cœur de personne, parce que sa parole n’aura aucune autorité. L’autorité, le disciple l’aura s’il suit les pas du Christ. Il s’est anéanti ! Il s’est dépouillé ! C’est la pauvreté qui porte à la douceur, à l’humilité. »

Se guérir
les uns les autres

Le pape François nous rappelle aussi que « les envoyés du Christ guérissaient aussi les corps, oignant d’huile les infirmes ». Les apôtres doivent apprendre « cette sagesse des caresses de Dieu ». Chacun de nous a le pouvoir de guérir ses frères et sœurs « avec une bonne parole, de la patience, un conseil, un regard, mais comme l’huile, avec humilité ». « Tous, nous avons besoin d’être guéris, parce que nous avons tous des maladies spirituelles […] Que le Seigneur nous donne cette grâce de guérir comme il guérissait, lui : avec la douceur, l’humilité, avec la force contre le péché », « je guéris quelqu’un et je me laisse guérir par un autre. C’est cela une communauté chrétienne. » 

 

François de Furst et Philippe Wasser

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