NOTRE HISTOIRE 

5 décembre 2020

Frédéric Ozanam

Douze ans de mariage avec Amélie Soulacroix

Amélie est née le 14 août 1820 à Marseille, il y a 200 ans. Elle épouse Frédéric le 23 juin 1841 après sept mois de fiançailles. Au cours de ses douze années de vie commune, le couple va connaître bien des épreuves : fausses couches répétées pour Amélie, avant de donner naissance à leur fille Marie en 1845 ; maladie pour Frédéric, qu’elle accompagnera jusqu’à sa mort. Par la suite et jusqu’à son décès, en 1894, elle fera vivre la mémoire de son mari et jouera un grand rôle dans la publication de ses œuvres.

«On sait les réserves de Frédéric à l’égard du mariage, qu’il considérait comme un « égoïsme à deux ». On sait aussi qu’il n’avait pas une considération particulière pour les jeunes filles, dont il doutait même de l’intelligence. À l’époque, les occasions de rencontre en dehors du cercle familial ou mondain étaient rares.
Toutefois, notre fondateur eut très tôt des hésitations sur sa vocation de prêtre ou d’époux et l’a écrit à son ami Léonce Curnier dès 1835 :
« Il me semble que j’éprouve depuis quelques temps, les symptômes avant-coureurs d’un ordre nouveau de sentiment, qui m’effraie. Je sens en moi se faire un grand vide que ne remplissent ni l’amitié, ni l’étude. J’ignore qui viendra le combler. Sera-ce Dieu ? Sera-ce une créature ?… »

Touchés par la grâce

En 1839, Frédéric est revenu à Lyon. Sa mère est malade (elle mourra le 14 octobre). Il rencontre plusieurs fois le père d’Amélie, recteur d’académie, qui appuiera sa candidature à la chaire de droit commercial, nouvellement créée. Mais les deux jeunes gens se voient très peu et uniquement lors de visites de Frédéric au recteur Soulacroix ou de réceptions officielles. Ainsi, une fois, Amélie est présente mais dans l’obscurité : « Je ne le vis pas mais je fus charmée par ses paroles ». Une autre fois, la veille du jour de l’an 1840, lors de la réception donnée par le recteur, l’Abbé Noirot, son professeur de philosophie du Collège Royal de Lyon, celui-là même qui lui redonna la foi, entre avec Frédéric dans la pièce où se trouve Amélie, sa mère et son frère Théophile, paralysé, pour offrir un cadeau. 

« Là, Dieu voulut prêter une grâce particulière à une action bien naturelle… pour fixer sur moi l’attention d’un jeune homme, qui cherchait peu la société des femmes et qui ne s’occupait guère de ce que pouvait faire une jeune fille. »En effet, Frédéric est touché par l’affection qu’Amélie porte à ce frère malade et la manière dont elle s’occupe de lui. Pour Frédéric, il n’est pourtant pas encore question de mariage, au moins pour deux raisons : il est dans la période de deuil de sa mère et il lui a été demandé de préparer l’agrégation, ce qui, avec son enseignement de droit commercial, ne lui laisse pas beaucoup de temps. Il est reçu premier le 2 octobre et un poste à la Sorbonne lui est immédiatement proposé. Il y voit un signe de la Providence. Dès lors, il n’est plus question de prêtrise, mais de carrière universitaire et de mariage. Après un voyage en Allemagne, il rentre à Lyon et sa première rencontre avec Amélie, avec l’intention de demander sa main, a lieu le 13 novembre 1840. Les fiançailles deviendront officielles à partir du 24. De son côté, Amélie n’était pas prête, non plus. Elle avait décidé de ne pas se marier pour se consacrer à son frère cadet. Elle avait déjà reçu deux autres demandes, dont une en octobre 1840, rejetée par elle et sa famille.Les choses changent aussi pour Amélie, qui voit, la main de Dieu « qui [lui] faisait une grâce immense et [lui] donnait plus qu’elle ne méritait », dans la demande de Frédéric.

Bien plus qu’une épouse attentive et aimante

Amélie Soulacroix est une jeune fille d’un milieu bourgeois, de son temps, comme Frédéric. Elle est instruite, sans goût particulier pour les études. En revanche, elle excelle au piano. 

Comme les jeunes filles de sa génération, sa vocation est d’être une maîtresse de maison et de s’occuper d’une famille.Elle revendiquera toujours ce second rôle dans l’ombre de son mari, ce qui explique qu’on ne s’intéresse à elle que depuis assez peu de temps et que sa correspondance avec Frédéric n’ait été publiée qu’en 2018. Néanmoins, son rôle auprès de son mari va être immense.Amélie va consacrer son veuvage à faire connaître et honorer la mémoire de Frédéric. Pour citer trois faits importants, c’est elle qui obtiendra qu’il repose dans la crypte de la chapelle des Carmes à Paris, où le couple allait souvent à la messe, c’est elle qui fournira au Père Lacordaire la matière de la première biographie d’Ozanam parue en 1856, c’est elle enfin qui sera à l’origine de la publication de ses Œuvres complètes entre 1855 et 1865 : « c’est en lisant les lettres de Frédéric que vous apprendrez à bien le connaître. » Mais, tout au long de leur vie, Amélie fut bien plus qu’une épouse attentive et aimante. Elle soutenait son mari dans tous ses engagements, charitables, sociaux ou politiques et fut souvent l’inspiratrice de ses travaux littéraires. Avec lui, elle forma un couple précurseur de l’apostolat des laïcs, témoignant de l’Évangile dans tous les aspects de leur vie.

 

Christian Dubié,
président de la SSVP du Cher

Crédit photo : DR

EN SAVOIR +

Prière rédigée par Amélie après la mort de Frédéric

« Ô mon Dieu, Vous qui fécondez nos âmes comme Vous avez fécondé la terre et qui, d’un grain de blé, pouvez couvrir les besoins de l’immensité de la campagne et ses plus riches moissons, Vous qui pouvez multiplier à l’infini une généreuse résolution et la répandre dans une foule d’âmes de telle sorte que, d’une pensée solitaire, vous pouvez embraser les cœurs d’une multitude d’âmes. Mon Dieu, du sein de votre justice, contemplez votre serviteur. Comptez ce que vous lui avez donné à sa naissance et ce qu’il vous a rapporté. A-t-il compté ses bonnes actions, ses pensées généreuses, compté les misérables qu’il a soulagés et les cœurs qu’il vous a ramenés et ceux qu’il a enflammés de votre Saint Amour et de votre divine charité… »

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