« La charité jaillit de la prière et de l’adoration »

L’attention aux plus pauvres lui brûle le cœur. Co-fondateur de l’APA (Association pour l’Amitié) et fondateur de Lazare (colocations entre jeunes actifs et sans-abris), des pèlerinages Fratello et des Villages de François, Étienne Villemain a pour moteur l’Esprit Saint !

LE DOSSIER 

D’où vous vient ce désir
de servir les plus démunis ?

Trop souvent, les pauvres restent au seuil de nos églises. Or, si l’on prend l’Évangile au sérieux « Chaque fois que vous l’avez fait aux plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40), la place des pauvres, c’est au cœur de l’Église. Accueillir les pauvres, c’est accueillir Jésus Lui-même. Les laisser à la porte, c’est courir le risque de crever sur nous-mêmes…

C’est donc la foi qui vous anime ?

Sans Dieu, nous ne sommes rien. On est sur terre pour apprendre à aimer. Si l’on accueille notre incapacité à y parvenir et que l’on crie vers Lui, Dieu nous remplit de son Amour. Alors, nous pouvons dire : « Jésus, je crois que Tu es présent à travers des pauvres. » Demandons-Lui un cœur de compassion. « C’est de l’adoration que naît la compassion et de la compassion que naît l’évangélisation » exhortait Pierre Goursat, fondateur de la communauté de l’Emmanuel.

La charité serait donc indéfectiblement liée à la foi ?

Sans celui qui est la source de tout Amour, il n’est pas de charité véritable ! Trop souvent, nous sommes tentés par deux impasses. Le tout spirituel : on oublie les indigents. Ou l’activisme social : on délaisse le spirituel. Or, quels sont les commandements clés ? « Aime ton prochain comme toi-même et Dieu de toutes tes forces. » Faisons avec Jésus l’expérience de la charité qui vient du cœur, d’un cœur à cœur : je donne, mais aussi je me donne. Si l’on demande à l’Esprit Saint de prendre les manettes de notre vie, si l’on se fait tout petit, alors Il accomplit des miracles. Dieu écoute la prière des pauvres : reconnaissons-nous pauvres, mettons-nous à genoux, et ensuite retroussons nos manches avec le sourire pour « être avec » les plus petits.

C’est une réponse à l’appel du pape François à bâtir « une Église pauvre pour les pauvres » ?

« Allez dans les rues chercher les boiteux, les aveugles, les pauvres en vue du grand festin » (Luc, 14, 21) ! Plus on accueille les pauvres, plus la société devient humaine et juste. Il y a là quelque chose d’assez mystérieux : à travers eux, la présence du Christ se déploie.

Expliquez-nous comment

Les pauvres sont si vrais, sans filtre aucun ! En nous faisant toucher du doigt nos limites, ils font tomber notre suffisance. Puis, ils sont si démunis que Dieu s’engouffre aisément dans leurs cœurs. Je repense à cette confidence : « Le soir, on dort sous un pont ou sur un trottoir. On n’a pas d’autre lieu où se reposer que le cœur du Christ ».

Pendant plus de 10 ans, vous avez vécu avec des personnes de la rue, d’abord seul, puis en famille. Et aujourd’hui ?

Notre famille a quitté la vie de collocation. Avec mon épouse, nous sommes engagés en paroisse auprès des jeunes, comme famille en mission. Il n’est pas évident que nous rejoignions un Village de François. Le moment venu, nous discernerons ce qui est bon pour notre famille.

Qu’est-ce qu’un Village de François ?

Une initiative née d’une expérience fondatrice et extraordinaire : des retraites mêlant personnes de la rue et personnes handicapées de l’Arche. Il faut décloisonner, mixer les publics : les personnes fragiles et celles qui le semblent moins. La rencontre est source de joie. D’où ce projet de villages où cohabiteraient familles, sans-abris, personnes âgées ou handicapées, ex-prostituées, jeunes en difficulté… Des lieux de vie partagée autour de trois axes : des relations authentiques et empreintes de bienveillance, le développement d’activités économiques où chacun est cocréateur pour redonner du sens au travail et l’écologie humaine intégrale.

Crédit photo : ©DR

Où en est ce projet ?

Le premier village a ouvert en 2020 à l’abbaye du Désert, près de Toulouse : 6 familles résident sur place, une trentaine de personnes « fragiles » s’apprêtent à les rejoindre, 30 emplois seront créés. À terme, 120 à 150 personnes devraient s’y installer. Un autre Village pourrait voir le jour à Lourdes.

Au sein de ces différentes initiatives, vous témoignez de votre foi auprès des pauvres ?

Comment ne pas partager notre trésor ? Cela nécessite beaucoup de délicatesse, en laissant infiniment libre. Jésus ne nous demandera pas « combien de baptêmes grâce à toi ? » Mais « As-tu aimé ? » Au Village de François, comme à Lazare, les personnes fragiles sont accueillies sans distinction. Mais, les familles s’engagent à vivre leur mission en priant (laudes, adoration, retraites). Le Saint-Esprit prend les commandes de nos vies pour que nous ne fassions pas des œuvres pour Dieu, mais que nous fassions Son œuvre. 

ET À LA SSVP ? 

Une pause spirituelle pour se ressourcer

Nombre d’équipes de la SSVP proposent, une fois par an, une halte spirituelle : un temps que les Vincentiens plébiscitent pour prendre de la hauteur. Témoignage de deux équipes enchantées de l’expérience.

Crédit photo : ©SSVP

Secrétaire départemental du Conseil départemental de Loire-Atlantique et bénévole à la SSVP depuis 15 ans, Paul a été ravi de la recollection initiée en juin dernier par l’équipe de Châteaubriant (44) : « Les jeunes Vincentiens expriment un fort besoin de spiritualité, qui rejoint mes aspirations. L’ancrage dans la foi est pour moi une vraie valeur ajoutée de la SSVP. Cette journée m’a regonflé ! » Un bel hommage de ce sexagénaire au dynamisme de l’organisatrice, Catherine, qui a rejoint la SSVP en 2010, après sa conversion : « Cette conversion a chamboulé ma vie et transformé mon regard sur les autres. L’attitude du Christ qui accueille, sans juger ses interlocuteurs, est devenue mon modèle. Aussi, j’ai choisi pour m’engager une structure catholique plutôt qu’une ONG ou un mouvement aconfessionnel. » Désireuse de densifier la vie spirituelle de son équipe « pour ne pas se perdre dans le faire et se retremper dans l’esprit vincentien », elle a voulu cette retraite, en collaboration avec deux aumôniers d’équipe, pour que « chacun puisse partager ce qu’il vit et le relier au Christ ».
Concrètement, Catherine souhaite fusionner la réunion d’équipe et le temps de prière mensuels – aujourd’hui distincts – pour que les distributeurs de colis et les visiteurs de personnes à domicile, qui se côtoient peu, soient soudés par leur foi. Ressouder l’équipe, après une année bousculée par la pandémie, a aussi été l’objectif de Pauline, présidente de l’équipe jeunes professionnels de Dijon. Pour ce faire, elle l’a conduite au monastère de Taizé (Saône-et-Loire) : « Il fallait libérer les frustrations, repenser notre Conférence, se recentrer sur l’essentiel. » Pari gagné après 48 heures de prière à l’unisson, à échanger sans fin, chanter ensemble autour d’une guitare… Aux dires de Clémence, 29 ans, « c’était top ! » 
Secrétaire départemental du Conseil départemental de Loire-Atlantique et bénévole à la SSVP depuis 15 ans, Paul a été ravi de la recollection initiée en juin dernier par l’équipe de Châteaubriant (44) : « Les jeunes Vincentiens expriment un fort besoin de spiritualité, qui rejoint mes aspirations. L’ancrage dans la foi est pour moi une vraie valeur ajoutée de la SSVP. Cette journée m’a regonflé ! » Un bel hommage de ce sexagénaire au dynamisme de l’organisatrice, Catherine, qui a rejoint la SSVP en 2010, après sa conversion : « Cette conversion a chamboulé ma vie et transformé mon regard sur les autres. L’attitude du Christ qui accueille, sans juger ses interlocuteurs, est devenue mon modèle. Aussi, j’ai choisi pour m’engager une structure catholique plutôt qu’une ONG ou un mouvement aconfessionnel. » Désireuse de densifier la vie spirituelle de son équipe « pour ne pas se perdre dans le faire et se retremper dans l’esprit vincentien », elle a voulu cette retraite, en collaboration avec deux aumôniers d’équipe, pour que « chacun puisse partager ce qu’il vit et le relier au Christ ». Concrètement, Catherine souhaite fusionner la réunion d’équipe et le temps de prière mensuels – aujourd’hui distincts – pour que les distributeurs de colis et les visiteurs de personnes à domicile, qui se côtoient peu, soient soudés par leur foi. Ressouder l’équipe, après une année bousculée par la pandémie, a aussi été l’objectif de Pauline, présidente de l’équipe jeunes professionnels de Dijon. Pour ce faire, elle l’a conduite au monastère de Taizé (Saône-et-Loire) : « Il fallait libérer les frustrations, repenser notre Conférence, se recentrer sur l’essentiel. » Pari gagné après 48 heures de prière à l’unisson, à échanger sans fin, chanter ensemble autour d’une guitare… Aux dires de Clémence, 29 ans, « c’était top ! » 

SUITE DU DOSSIER "La foi qui nous anime"

La foi qui nous anime

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