Formation des bénévoles : quels enjeux ?
Parce que les bénévoles, par leur générosité et leurs talents, sont les piliers des associations caritatives, ces dernières ont de plus en plus à cœur de les former, en vue d’une plus grande fécondité. Un mouvement de fond qui s’annonce prometteur.
Son horizon immédiat, c’est le bac scientifique à décrocher en juin prochain. Pour autant, Camille n’entend pas délaisser cette année les personnes âgées qu’elle visite depuis deux ans : c’est sa manière à elle de « se sentir utile. » Dynamique, elle a pris la responsabilité de la Conférence de Senlis, qui rassemble une douzaine de jeunes, sans avoir reçu de formation ni en éprouver le besoin : « les échanges avec les personnes accompagnées se font dans la simplicité. »
l’exercice de la charité ne requiert pas de formation en tant que telle, néanmoins chacun de nous a reçu des talents qu’il est invité à faire fructifier, pour le « bien commun » si cher à Frédéric Ozanam, fondateur de l’association. Tout bénévole déploie l’un ou l’autre de ses talents dans le domaine d’action qui est le sien : Camille aurait-elle pris la responsabilité d’une équipe si ses neuf années de scoutisme ne l’avaient habituée à assumer des responsabilités et à encadrer
un groupe ?
LE BÉNÉVOLAT DE COMPÉTENCES
Certains bénévoles qui maîtrisent pleinement leur sujet peuvent aussi ne pas être demandeurs de formation : et pour cause ! Ils ont choisi de rendre service à des personnes ou mouvements dans le domaine d’activité qui est le leur (informatique, comptabilité, journalisme…). C’est ce qu’on appelle le bénévolat de compétences : mettre gratuitement son savoir-faire, ponctuellement ou durablement, à la disposition d’une association. Cette dernière peut ainsi pourvoir à certains de ses besoins : chacun y trouve son compte.
Indéniablement séduisante, cette formule n’a cessé de faire des émules en une ou deux décennie(s) : les retraités sont les premiers conquis, mais pas seulement. La flexibilité de la démarche la rend attrayante pour des actifs manquant de temps, des jeunes peu enclins à se fixer ou des personnalités jalouses de leur indépendance pour qui toute adhésion s’apparente à un embrigadement ! Tant et si bien que le bénévolat de compétences s’est en quelque sorte calqué sur le monde professionnel : il a désormais ses règles, ses associations phares, ses applications et sites ressources (1)…
BÉNÉVOLES AUX MILLE VISAGES
À l’inverse, certains bénévoles qui ont un métier en lien direct ou indirect avec l’accompagnement des personnes préfèrent exercer des tâches toutes différentes dans leur bénévolat (photographie, communication, cuisine…) pour ne pas risquer la saturation et laisser s’exprimer d’autres aspects de leur personnalité. « C’est la force du monde associatif que de s’appuyer sur un bénévolat tous azimuts, respectueux des itinéraires et des profils de chacun », insiste Guillaume Douet, directeur de l’IEDH(2).
Constat partagé par Aurélie Mercier, l’une des responsables de la formation au Secours Catholique : « nos bénévoles n’ont pas vocation à devenir des travailleurs sociaux. Nous essayons simplement de leur fournir les outils nécessaires pour accomplir leur mission avec sérieux. »
Tel est le défi à relever : professionnaliser le tissu associatif autrement qu’en s’alignant sur les processus de recrutement chers aux entreprises. Il y perdrait son âme…
« En France, précise Benoît Pesme, en charge de la formation à la SSVP, nos Conférences sont implantées dans 91 départements : chacune a ses spécificités, il n’y a pas d’homogénéité possible. L’important, c’est de s’appuyer sur des compétences extérieures à notre société, voire de développer des partenariats entre associations. » Les Vincentiens du Morbihan l’ont bien compris : pour la préparation d’un repas distribué chaque lundi à Vannes à plusieurs dizaines de personnes, ils font appel à une retraitée d’un bar-brasserie, Anne-Marie. Elle n’est pas membre de la Société, mais a accepté de bon cœur « pour soulager la détresse de tous ces gens dans la misère. »
SE FORMER, UNE CHANCE !
Travailler en réseau ne dispense pas de se donner les moyens d’être plus compétent dans le service qu’on a choisi de rendre. D’où la multiplication des propositions de formation à destination des bénévoles : les petits frères des Pauvres ont ainsi mis sur pied il y a dix ans un centre à cet effet, dont profitent chaque année 2 000 de leurs membres. Au Secours Catholique, 35 journées annuelles sont proposées. Les parcours s’adaptent à la diversité du public : néophytes, bénévoles confirmés, responsables d’équipe… La SSVP n’est pas en reste.
« Nous insistons chaudement pour que les nouveaux arrivants participent à la journée d’intégration, rapporte Ingrid Sangiovanni, l’une des responsables de la formation des petits frères. Il faut pouvoir porter et vivre le projet associatif. Pour le reste, nous essayons de coller au plus près aux attentes des bénévoles sur le terrain. »
Fait nouveau, ces dernières années, les formations dispensées sont davantage reconnues dans le monde professionnel. Elles sont un gage de sérieux. « Le bénévolat peut préparer le retour à l’emploi », affirme Thibaut Dary d’Ecclésia RH. Les exemples abondent : femmes au foyer qui font valoir leurs différents engagements bénévoles pour se réinsérer sur le marché du travail, étudiants postulant à leur premier poste, actifs en quête de sens en pleine reconversion…
Tous peuvent mettre en avant les apports théoriques reçus et plus encore l’enrichissement tiré du partage des expériences ; car insiste Benoît Pesme, « les formations ne visent pas d’abord l’efficacité. Elles sont aussi un lieu de découverte de soi-même et de rencontre avec d’autres. »
1 Voir page 18.
2 Voir son interview page 16.
ALLER PLUS LOIN
L’enquête 2017 « La France associative en mouvement » : une enquête qui fait référence. En savoir plus
Chiffres clés
13 millions de bénévoles en France 37 % citent la formation au premier rang de leurs attentes
LES PROCHAINES FORMATIONS DE LA SSVP
Formations organisées
en partenariat
avec les Conseils Départementaux
• Pour les nouveaux vincentiens
Accueil :
– 1er contact avec un bénévole
– À mettre en place par chaque CD
Intégration :
– Pour les membres de Conférences
– Prochaine session le 15 décembre à Lyon
• Pour tout vincentien
L’écoute dans la relation d’aide : (2 J) 7-8 décembre, Orléans (45)
18-19 janvier, Bordeaux (33)
Connaissance des pauvretés et mécanismes de l’exclusion : (1 J) 9 mars, Lyon (69)
La communication sur le terrain : Sur demande
• Pour ceux qui prennent des responsabilités
au sein de leur Conférence ou de leur CD
Président de CD et d’AS : (2 J) Une session nationale annuelle à Paris
Trésorier de CD : (1 J)Une session nationale à Paris
Président de Conférence en poste ou en devenir : ( Formation régionale 1 J)12 janvier, Beauchamps (95)26 janvier, Metz (57) 2 mars, Nice (06)
Pour ceux appelés à intervenir comme formateurs du réseau : (Animer une formation) 1re session annuelle nationale, Paris
Pour les animateurs spirituels : (Animer la vie spirituelle d’une Conférence)Un nouveau parcours de formation est en cours de préparation
SUITE DU DOSSIER "FORMATION DES BÉNÉVOLES QUELS ENJEUX"
Micro-Trottoir
Entretiens avec des bénévoles. Témoignages de leurs engagements.
Vous souhaitez faire appel aux compétences de bénévoles ?
Voici trois sites Internet à consulter