Françoise, confinée volontaire par amour


Accueillie il y a deux ans à l’hôtel social à Nantes dans un état moral très dégradé, Françoise y a noué de belles amitiés et a conservé des liens étroits après son départ.Le 16 mars, apprenant la situation catastrophique de l’hôtel social au moment du confinement, elle propose de s’y confiner avec les résidents pour en prendre soin de l’intérieur.

L’INVITÉ

15 Juillet 2020

Si vous voulez, je reste ! » s’exclame Françoise. « Je n’ai pas d’enfant à charge, je n’ai plus de travail, alors je peux rester ! Et de toute façon, ils vont aller où ? » Nous sommes le 16 mars, et la situation à l’hôtel social est dans l’impasse. Deux des salariés sont indisponibles (garde d’enfant et congé maladie), une autre est fragile et doit restreindre son activité et la dernière ne peut assumer seule la charge de la gestion des onze résidents présents qui n’ont pas réussi à trouver de solution d’hébergement en vue du confinement.

Quand je ne savais pas quoi faire, j’écoutais mon cœur.

L’hôtel social Saint-Vincent-de-Paul comprend des espaces qui permettent de se ressourcer.

Françoise explique : « Je n’ai pas réfléchi, j’ai eu un grand coup de cœur car la situation était urgente et je ne pouvais pas rester sans rien faire. Je suis tellement attachée à ce lieu où j’avais pu me poser, me loger, prendre du temps pour réfléchir, et aussi recommencer à travailler. »

Une expérience extraordinaire

Après deux mois de confinement, Françoise a quitté l’hôtel social avec, certes le plaisir de retrouver en partie sa vie d’avant, mais avec le cœur et l’âme enrichis de nouvelles amitiés et d’incroyables moments d’émotions.
« Cela s’est vraiment bien passé, » raconte-t-elle, « même s’il y a eu des moments compliqués. J’ai été plusieurs fois confrontée à des situations tendues et angoissantes, face auxquelles je me suis souvent demandé ce que je devais faire. Je n’osais pas téléphoner à ma responsable en plein milieu de la nuit, surtout que je savais qu’elle était elle-même atteinte du Covid. Alors, quand je ne savais pas quoi faire, j’écoutais mon cœur. Lorsque Lazare, un monsieur ivoirien est tombé malade en pleine nuit, j’ai été très inquiète. J’ai appelé SOS Médecins, qui a imposé sa quarantaine. Je me suis alors occupée de ses médicaments et de la préparation de tous ses repas. Il restait dans sa chambre et je venais lui apporter ses repas, sur une chaise placée devant sa porte. Quand il prenait son plateau, avec son masque, je ne voyais que ses mains et ses yeux. On échangeait des mots amicaux. Comme je craignais qu’il s’ennuie, je lui ai proposé de lui trouver une télévision. Je n’en ai pas besoin, m’a-t-il répondu, j’ai ma Bible…
Quelques jours plus tard, j’ai appris que mon fils, gendarme dans le sud de la France, était atteint du Covid, et j’étais très inquiète. Il a prié pour lui, et a même fait célébrer une messe à distance pour sa guérison. Il nous est plusieurs fois arrivé de pleurer d’émotion ensemble, juste relié par le regard. 

Il a quitté l’hôtel social pour une place dans un foyer qui s’est libérée, avant la fin du confinement. En partant il m’a dit :  » Un jour on se fera la bise, et je vais prier pour l’hôtel social « . « Il y a eu Seko aussi, à qui j’avais conseillé de mieux se nourrir et qui me regardait avec les yeux d’un enfant de 3 ans. Quand il nous a quittés aussi, il m’a dit : « J’ai trouvé une oreille bienveillante avec toi, et grâce à toi, maintenant je mange des fruits et des légumes.  » »

Des liens se sont créés

Quand elle a quitté l’hôtel social le 11 mai, Françoise avec son habituel et lumineux sourire a expliqué à sa responsable : « Je n’ai pas besoin de reconnaissance, je veux au contraire vous remercier de tout cœur de m’avoir fait confiance. Ceux que j’ai aidés m’ont remercié à leur façon comme Roméo, jeune camerounais de 19 ans, abandonné à 12 ans en Espagne, et avec qui je parlais souvent le soir. Un jour où je lui proposais de recevoir un appel d’une psychologue bénévole qui s’était mise à la disposition de Saint-Vincent-de-Paul pour aider ceux qui en avait besoin, il m’a répondu :  » Mais je vais bien Françoise, et, si j’ai besoin de parler, c’est toi que je viendrai voir.  » »
Françoise raconte aussi comment elle a décidé de sortir sur le trottoir avec quelques résidents les soirs à 20h pour applaudir les personnels soignants. « Le voisinage a très vite commencé à nous poser des questions et à nous demander qui on était. En effet, peu d’entre eux savait ce qu’il y avait derrière l’écriteau Saint-Vincent-de-Paul.  » Mais on ne savaient pas ! «  se sont-ils exclamés. Et à partir de ce moment, on a reçu de plus en plus de dons de leur part : des masques, des oreillers, des livres. Plusieurs fois, un voisin est venu nous apporter du pain frais, d’autres des vêtements. On a reçu plein de témoignages de sympathie qui ont créé des liens. Certains sont devenus des amis. 

Une personne nous a même dit :  » Dans deux ans je pars à la retraite. Je viendrai vous aider à Saint-Vincent-de-Paul !  » »

Un nouveau départ

Aujourd’hui, Françoise est de nouveau amoureuse et elle se réinstalle avec son compagnon qu’elle avait quitté il y a deux ans pour aller à l’hôtel social. Il se produit vraiment de petits miracles dans l’hôtel social Saint-Vincent-de-Paul à Nantes… 

En 1995, le  Conseil départemental  de Loire-Atlantique a acheté une résidence à des sœurs franciscaines pour créer l’hôtel social Saint-Vincent-de-Paul. L’hôtel comprend 25 chambres ainsi que des locaux communs permettant de se ressourcer dans une atmosphère sécurisée et bienveillante. Il accueille plus particulièrement des femmes victimes de violences et des personnes sans logement et en difficulté administrative.

Benoit Royal, président de la SSVP de Loire-Atlantique

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