Face à la crise, rester aux côtés des plus isolés

De confinements en couvre-feu, de gestes barrières en interdiction de rassemblement, la crise a encore fragilisé le lien social des plus démunis. Mais, bien que leur organisation et leurs bénévoles eux-mêmes soient affectés par les contraintes sanitaires, les associations ne ménagent pas leurs efforts et leur créativité pour lutter contre cet isolement grandissant.

Quel constat faites-vous de l’impact des contraintes sanitaires actuelles sur la vie des personnes en situation de précarité ?

La situation actuelle isole encore plus les personnes que nous accompagnons, qu’elles vivent à domicile ou dans la rue. Sur le plan matériel, les difficultés qui sont nées lors du premier confinement demeurent, ayant fragilisé la situation des personnes à long terme, et parce que la situation globale n’est pas revenue à la normale. Elle est toujours très difficile, par exemple, pour les personnes en régime auto-entrepreneur ou qui travaillent dans l’aide à domicile. Au-delà de la question matérielle, l’incertitude par rapport à l’avenir pèse beaucoup sur les personnes que l’on rencontre, et les difficultés psychologiques ont d’autant plus de mal à se résorber dans ce contexte. Le besoin d’écoute est immense.

Comment s’organisent les équipes parisiennes de la SSVP pour faire face à cette situation ?

Nos bénévoles souffrent aussi de cette période, dans la mesure où le contact humain, en particulier les visites à domicile qui font partie des fondamentaux de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, est rendu difficile. On essaie d’avancer malgré tout pendant cette période compliquée. Certaines équipes m’inquiètent, d’autres rebondissent et la plupart font preuve de beaucoup de créativité. Je suis témoin d’un vrai dynamisme : depuis le confinement, des équipes se sont lancées dans la collecte alimentaire, et nous avons inauguré plusieurs nouveaux points de distribution. Les paroisses parisiennes ont mis en place de nombreux points d’accueils, de cafés, de rencontre, sur lesquels nous nous appuyons encore aujourd’hui pour répondre aux demandes multiples et au sentiment d’isolement important.

La vie d’équipe est très importante pour un Vincentien. Comment les équipes elles-mêmes s’organisent-elles pour la maintenir ?

Depuis le confinement, beaucoup de chaînes de téléphone et de prière se sont organisées, des groupes WhatsApp se sont montés. Les bénévoles ont un grand besoin d’une parole à la fois humaine et spirituelle, et de parler entre eux des personnes qu’ils rencontrent. C’est pour cela que notre réunion bimensuelle ou mensuelle habituelle est vitale. Malheureusement, certaines n’en ont pas eu pendant plusieurs mois. D’autres ont adapté leur horaire au couvre-feu, ou se retrouvent dans une église pour un temps de prière… Avec toutes ces contraintes, il faut cependant admettre que tout le monde ne peut pas tout. Les uns sont fragiles, d’autres ne peuvent pas se rendre présents aux nouveaux horaires… Il y a sans doute une forme de renoncement à avoir, tout en veillant à ce que chacun y trouve son compte d’une manière ou d’une autre.

En tant que membre du comité national pilote d’éthique du numérique, vous êtes particulièrement attentif à l’exclusion numérique. Quels en sont les enjeux ?

La fermeture des guichets administratifs, lors du premier confinement, n’a fait que mettre en lumière un mouvement de fond : l’objectif affiché est de tout dématérialiser fin 2022. Les personnes en situation de précarité vivent souvent cette situation comme une injonction qui génère chez elles beaucoup de stress. Aujourd’hui, 30 % des Français se disent peu à l’aise avec l’usage du numérique. 10 % d’entre eux auront toujours besoin d’un accompagnement. Il faut prendre les choses de manière positive : le numérique n’est pas l’enfer, et il rend beaucoup de services, mais il est nécessaire d’accompagner les personnes.

Crédit photo : ©DR

Comment lutter contre cet isolement numérique ?

J’encourage toutes les équipes de la SSVP à s’investir dans cet accompagnement, avec leur spécificité, et en complément de ce qui existe. Celui-ci doit être fraternel et se tenir dans un contexte d’écoute, où l’on dispose de temps. Il peut être proposé par exemple, dans le cadre d’un Café Sourire ou d’un point accueil. On doit veiller à faire avec, plutôt que faire à la place des personnes, et être attentif à ce qu’elles soient bien équipées. L’objectif est que les personnes soient moins stressées et plus autonomes. C’est pourquoi, il est important de les sensibiliser aussi à la vertu de prudence nécessaire au bon usage du numérique, que ce soit face aux arnaques ou addictions liées au numérique. Il ne s’agit pas d’agir en réaction contre le développement du numérique, mais d’être conscient que l’exclusion numérique va devenir une nouvelle forme de pauvreté, qu’il va falloir apprendre à envisager. 

PLUS D’INFOS

Le site lesbonclics, plate-forme au service de l’inclusion numérique, propose un grand nombre de contenus pédagogiques à l’usage de toute personne volontaire pour se former à l’accompagnement numérique.

ET À LA SSVP ? 

Crédit photo : ©SSVP

Une maraude lancée à Vannes

 « À quelque chose malheur est bon », dit le dicton… À Vannes, la situation sanitaire a été l’occasion, pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul, de lancer une maraude chaque samedi soir auprès des sans-abris de la ville. « L’idée nous trottait dans la tête depuis pas mal de temps, témoigne Blandine Le Coroller, l’équipe des jeunes, mais la procédure administrative était très contraignante. Du fait de la pandémie, les choses se sont beaucoup allégées. » Avec le soutien de l’équipe aînée d’Arradon, les jeunes vincentiens ont fait leur première tournée en décembre 2020, sur le circuit emprunté par la Croix-Rouge le reste de la semaine.

Dans la joie de se retrouver

Chaque semaine, une équipe se retrouve pour préparer des repas chauds conditionnés en barquettes, qu’une autre équipe part distribuer, arrêtant sa camionnette à cinq points de la ville. Parmi les personnes rencontrées, certains sont d’anciens habitués de l’accueil de jour qui ouvrait ses portes tout le week-end, offrant café, chaleur et écoute à une trentaine de personnes, chaque jour, et qui est malheureusement resté fermé depuis plus d’un an… « Ils sont heureux de nous retrouver ! » témoigne Patrick Tourvieille, président de l’équipe d’Arradon, et fidèle enthousiaste de la maraude. « Avec le couvre-feu, il n’y a plus personne dans la rue dès le début de soirée, et ils souffrent beaucoup de la solitude. L’un deux m’a dit : « Le plus important, dans ce que vous nous apportez, c’est d’avoir quelqu’un avec qui discuter » ». D’une semaine sur l’autre, les bénévoles transmettent aux autres équipes de Vannes les demandes exprimées – vêtements chauds, produits d’hygiène – et peuvent y répondre rapidement grâce à ce réseau.

SUITE DU DOSSIER "FACE À LA CRISE, RESTER AUX CÔTÉS DES PLUS ISOLÉS"

Comment soigner le lien ?

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Huit pistes glanées auprès des interlocuteurs de ce dossier pour maintenir le lien quand les contraintes sanitaires nous empêchent de le faire comme nous en avions l’habitude.

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