LE BON LARRON
J’étais en prison, et vous êtes
venus jusqu’à moi !
À Auffargis, une petite commune des Yvelines, des anciens détenus vivent en communauté dans une maison, mise à la disposition de la Fraternité du Bon Larron par le diocèse de Versailles. Cette Association Spécialisée de la Société Saint-Vincent-de-Paul s’est donné pour mission d’apporter un soutien moral, spirituel et matériel aux personnes qui sortent de prison. Un véritable défi .
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Gérard était un brigand, un vrai. Vols, agressions, braquages… des crimes qui l’ont conduit en prison à de nombreuses reprises. Au total,
Gérard a passé 20 ans derrière les
barreaux. À sa sortie, il n’avait pas
de travail. Très vite, il aurait pu replonger dans la délinquance, dans
ce cercle infernal de la violence et
de la haine. Mais, Henri, un agriculteur de la Sarthe, lui a permis
de vivre une aventure extraordinaire.
Il lui a permis de devenir un
homme libre.
SORTIR DU CERCLE
INFERNAL DE LA HAINE
Henri est bénévole au sein de la Fraternité du Bon Larron, une association fondée en 1981 par le Père Yves Aubry, le premier aumônier de la prison de Bois-d’Arcy, dans les Yvelines. Ce prêtre avait compris que les détenus devaient être accompagnés et qu’aucun crime, aussi grand soit-il, ne pouvait condamner un homme à la solitude et à l’isolement. Amitié, présence aimante, prière… les outils utilisés par les membres de la fraternité pour aider les personnes incarcérées n’ont rien d’extraordinaire mais ils changent des vies. « La haine engendre la haine », raconte Gérard. « C’est la haine qui pousse à commettre des crimes, c’est elle qui conduit en prison et c’est elle encore qui permet de survivre derrière les barreaux. » Henri, en s’intéressant à lui, en lui rendant visite en prison et en lui proposant de s’installer dans une maison de la fraternité à sa sortie, lui a permis de mettre un terme à cet engrenage. « Les bénévoles de cette association sont habités par quelque chose que je ne connaissais pas : l’amour. » Pour la première fois depuis de très longues années, les membres de la Fraternité vont en effet poser sur lui un regard de miséricorde.
SE SAVOIR AIMÉ ET PARDONNÉ
L’exemple de Gérard n’est pas isolé. La Fraternité du Bon Larron a permis à de très nombreux anciens détenus de démarrer une nouvelle vie. « Quand ils sortent de prison, certains détenus craignent de faire appel à leur famille qu’ils ont déjà fait tant souffrir, ils sont donc heureux de pouvoir séjourner quelques temps dans la maison d’Auffargis », explique Béatrice Kiener, vice-présidente de l’association. « Nous souhaitons qu’ils reprennent confiance en eux, qu’ils se sentent aimés et pardonnés. » Au total, l’association compte 1 150 membres, répartis sur toute la France. Des membres qui se réunissent en groupes de prière régulièrement. Il en existe une centaine mais l’association souhaiterait qu’il y ait autant de groupes de prière que de prisons (159 en France en 2014). Cette vie de prière tient une place très importante. Pour Michel, un ancien détenu qui s’est converti en prison, pendant une messe de Noël, la prière est indispensable pour découvrir cette liberté intérieure que tous recherchent. « Depuis des années, je témoigne de mon changement de vie et de ma conversion », confie-t-il. « Je veux montrer que l’on peut devenir heureux après l’épreuve de l’incarcération. » Aujourd’hui encore, plus de quarante ans après sa sortie de prison, Michel peut compter sur le soutien de la Fraternité. « J’ai dû faire récemment un séjour à l’hôpital et je sais que la communauté a prié pour moi », raconte-t-il. Une véritable consolation. « Nous avons le sentiment d’appartenir à une véritable famille. »
TROUVER DU RÉCONFORT ET DE L’ÉCOUTE
Au sein de la Fraternité, près de 200 bénévoles correspondent avec 300 personnes incarcérées. « Celles qui ont le plus de succès ce sont les soeurs », s’amuse Béatrice Kiener. Cette correspondance est très réconfortante, elle vient combler un vide et permet aux personnes détenues de se sentir moins seules. « Il faut du temps pour s’apprivoiser », explique soeur Françoise, une clarisse qui écrit à des détenus depuis des années. « Il leur faut beaucoup de courage pour se livrer à des inconnus. » Cette idée de correspondre avec des personnes incarcérées lui est venue quand son propre frère a fait un séjour en prison. Elle a alors réalisé combien ces lettres étaient importantes. « J’ai le souci de ne pas laisser passer trop de temps entre chaque lettre pour ne pas qu’ils se sentent abandonnés », ajoute-t-elle. « Ils ont besoin d’une parole qui ne juge pas et qui les encourage. » En prison, en effet, le risque est grand de nourrir une colère intérieure ou de sombrer dans le désespoir. Les membres de la Fraternité ont donc à coeur de faire sentir aux détenus qu’ils sont des personnes à part entière, dignes d’être aimées. Pour Gérard, la clé de la réinsertion est là. « Ils sont trop rares ces gens qui prennent le temps de s’occuper des personnes comme nous. Le soutien logistique, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Pour se tenir debout, il faut se savoir aimé. » C’est le message qu’il veut transmettre en se rendant dans les lycées et les paroisses. Et si on changeait notre regard sur ces personnes à qui on ne prête plus aucune humanité ?
