NOTRE HISTOIRE 

15 Octobre 2019

La charité chrétienne fait des prodiges

Comment expliquer l’engouement des étudiants parisiens pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul et le développement rapide des premières Conférences entre 1833 et 1870 ?

Frédéric Ozanam à l’âge de 20 ans

Père Lacordaire, accompagnateur spirituel des premières Conférences parisiennes

Première Conférence au 18 rue Saint-Sulpice,
Paris 6e

« Cest Dieu qui a voulu et qui a fondé notre Société. » C’est ainsi que Frédéric Ozanam parle de la fondation et du développement de sa « chère Société » à la Conférence de Florence le 30 janvier 1853.
Il raconte la naissance de la Société, le 21 avril 1833, lorsqu’un étudiant de la Conférence d’Histoire les interpelle : « Qu’espérez-vous donc faire ? Vous êtes sept pauvres jeunes gens, et vous avez la prétention de secourir les misères qui pullulent dans Paris ? » Celui qui les interpellait ainsi ne savait pas que, 20 ans après, « à Paris seulement », les Vincentiens seraient 2 000, visiteraient 5 000 familles et constitueraient 500 Conférences en France. Il y en avait aussi « en Angleterre, en Espagne, en Amérique et jusqu’à Jérusalem. » Ce fut ensuite « l’irrésistible ascension » entre 1833 et 1870 en France et à l’étranger. Ainsi, 1 708 Conférences furent agrégées en France.

Un creuset d’étudiants catholiques du Quartier latin

Un groupe d’étudiants à l’esprit fraternel, ferme dans la foi, a constitué le groupe fondateur qui a recruté en deux ans environ 250 membres. Ce sont les étudiants d’un lieu : le Quartier latin ; d’un milieu social : la bourgeoisie qui a souffert de la Révolution ; d’un contexte intellectuel : le recrutement se fait par réseaux d’amis d’enfance et de sociabilité, de camaraderie, de sérieux et d’émulation intellectuelle, des jeunes sortant des Collèges de Juilly, de Stanislas, de la Conférence d’Histoire et quelques Lyonnais. C’est une génération catholique et romantique qui veut servir l’Église : « Il se passe des choses merveilleuses dans les âmes ; c’est le souffle de Dieu sur le monde… Il me paraît impossible que ce flot de la vérité recule désormais » écrit le père Lacordaire à un ami en 1839.

Il se passe des choses merveilleuses dans les âmes

« Notre but fut de nous maintenir fermes dans la foi catholique et de la propager chez les autres par le moyen de la charité », explique Frédéric Ozanam.
En effet, Frédéric est perturbé dans ce « Paris en gris et noir » marqué par la misère ouvrière, le chômage, la crise du logement. Il écrit ses sentiments à ses amis dans plusieurs lettres en 1831 : « Derrière la révolution politique, il y a une révolution sociale… »
La France, en 1830, est déchristianisée à la sortie de la Révolution et de l’Empire. Il y a bien eu Chateaubriand et son livre le Génie du Christianisme, mais le clergé, plus nombreux dans les campagnes et qui n’a pas évolué avec son temps, est désemparé. Il trouve dans les Conférences le moyen de revivifier la foi dans les paroisses urbaines. La Société se coule dans la France urbaine où beaucoup de légitimistes trouvent un champ d’action à la mesure de leurs convictions religieuses.

La charité au secours des plaies et des douleurs

De la « Révolte des Canuts à l’effervescence des Trois glorieuses », entre 1813 et 1853, la France connaît des troubles d’une rare violence : révoltes, barricades, choléra, misère économique qui accompagne les débuts de l’industrialisation et l’exode rural… « Les maux dont nous sommes affligés sont grands », dira sœur Rosalie Rendu.
Les misères de la cité, parfois cachées, qu’ils ont vues certainement avec un serrement de cœur, ont appelé à leurs yeux les soins et les secours de la charité : « Nous sommes trop jeunes pour intervenir dans la lutte sociale… Non… avant de faire le bien public, nous pouvons essayer de faire le bien de quelques-uns, avant de régénérer la France, nous pouvons soulager quelques-uns de ses pauvres… », écrit Frédéric Ozanam (Lettre N°77 à Ernest Falconnet du 21 juillet 1834).

 

 

Les écrivains s’en mêlent : Eugène Sue, Balzac, Victor Hugo, dans son discours à l’Assemblée du 9 juillet 1849, s’élèvera contre la misère : « Je ne suis pas de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui croient qu’on peut détruire la misère. » Les doctrines philosophiques à l’origine des doctrines socialistes fleurissent : saint-simonisme, fouriéristes, déistes, matérialistes…
Dieu a choisi des jeunes pour faire grandir leur foi, pour servir et aimer les indigents et soulager les misères. « C’est ainsi », explique Frédéric Ozanam, « qu’en commençant humblement on peut arriver à faire de grandes choses, comme Jésus-Christ qui, de l’abaissement de la crèche, s’est élevé à la gloire du Thabor .»

Références

  • Frédéric Ozanam, Discours de Florence du 30 janvier 1853
  • La SSVP au 19e : Un fleuron du Catholicisme social, Matthieu Brejon de Lavergnée
  • 1833, Pages de feu, Lettres d’amour,
    Bruno Dardele

EN SAVOIR +

L’ILe Discours de Florence, 30 janvier 1853

Frédéric Ozanam a réalisé quatre voyages en Italie à des moments décisifs de sa vie : en 1833 un pèlerinage familial, en 1844 un voyage de noces enchanteur, en 1847 en chercheur et pèlerin, en 1853 à l’épreuve de la maladie. Invité à Florence par la Conférence locale, il y exprime l’esprit fraternel. Il exhorte à faire ce qui plaît le plus à Dieu : « secourir le prochain et mettre notre foi sous la protection de la charité.»
Quant à la fondation de la Société, il déclare : « C’est Dieu qui a voulu et qui a fondé notre Société. Il est bien consolant de penser qu’au milieu de cet accroissement si rapide, notre société n’a rien perdu de son esprit primitif. »

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