NOTRE HISTOIRE
Disciples d’Ozanam
3 hommes aux avant-postes des avancées sociales
Ozanam est une des premières grandes figures sociales du 19e siècle. Beaucoup de disciples ont poursuivi les avancées sociales qu’il avait initiées. Arrêtons-nous sur trois hommes qui illustrent bien ce fait et à qui notre société moderne doit encore ces progrès sociaux.

C’est par Sœur Rosalie Rendu qu’Armand de Melun (1807-1877) découvre les misérables conditions de vie des ouvriers.

Dans ses lettres, Frédéric Ozanam évoque son précieux réseau d’amitié dont font partie les cofondateurs de la SSVP.

Les très nombreux amis de Frédéric Ozanam ont formé autour de lui un réseau d’amitié, un cercle fraternel et chaleureux. Il a entretenu avec eux une correspondance étroite et régulière, où l’amitié a été le maître-mot. Ce sont d’abord ses amis de jeunesse, de collège et ses deux cousins, qu’il appelle « la gent lyonnaise » : « Nous sommes une dizaine, unis plus étroitement par les liens de l’esprit et du cœur, une espèce de chevalerie littéraire, des amis dévoués. » Ce sont aussi ses amis parisiens, les six cofondateurs de la Conférence de charité dont tous les noms sont dans la mémoire des Vincentiens, « l’aristocratie intellectuelle de la conférence » : François Lallier, Paul Lamache, Jules Devaux, Auguste Le Taillandier, Félix Clavé et Emmanuel Bailly.
Tous disent de leur ami qu’il porte l’espérance : Frédéric s’y entendait pour soutenir un ami dans ses travaux universitaires, pour conseiller un autre dans ses projets, pour raviver celui-là dans sa foi… Il écrit à ce sujet : « De cette époque datent plusieurs de ces amitiés chrétiennes qui sont une des meilleures joies de la vie et que la mort ne détruit point… L’amitié chrétienne est une bien sainte et douce chose. Je remercie Dieu de ce qu’il m’a donné des amis chrétiens. »
LA FÉCONDITÉ de l’amitié DANS LES ŒUVRES
Frédéric fédère autour de lui un petit groupe d’étudiants catholiques bien résolus à ne rien laisser passer aux enseignants qui se permettraient une critique irrespectueuse de la religion. Le professeur de philosophie, Théodore Jouffroy, en fera les frais et promettra de ne plus blesser les croyances. Frédéric trouve de solides amitiés dans les « Conférences d’histoire », un soutien dans la foi et un stimulant intellectuel face aux accusations des incroyants : « Où sont vos œuvres ? ! » Deux œuvres majeures vont naître dans le creuset de ces amitiés étudiantes : les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul et les Conférences de Carême à Notre-Dame de Paris. Ensemble, ils ont voulu que la SSVP soit un mouvement spirituel à vocation caritative pour « Servir ce Dieu que nous ne voyons pas, et ne sachant pas l’aimer autrement nous l’aimerons en servant les pauvres» :
• en partageant une vie fraternelle pour progresser dans une vie
de plus en plus chrétienne (« Nous tâcherons ensemble de devenir meilleurs. »)
• en mettant la foi sous la protection de la charité (« se maintenir fermes dans la foi catholique en la propageant chez les autres par le moyen de la charité. »)
• en s’engageant pour réformer les structures sociales.
Ils ont ainsi fait grandir la « Chère société » : Léonce Curnier, à Nîmes, fut le premier à créer une Conférence hors de Paris, François Lallier à Sens, Paul Lamache à Strasbourg et à Grenoble, Amand Chaurand à Lyon. Frédéric se fera l’apôtre de la SSVP dans ses voyages en Italie, en Allemagne…
Leurs œuvres furent nombreuses dans le « Paris, noir de la misère », en visitant le pauvre à domicile, en créant des « fourneaux philanthropiques », en allant dans les prisons, en créant des cours pour les apprentis et les militaires…
Ils ont voulu une voix nouvelle, moderne et engagée dans la cause sociale. Ils finirent par obtenir l’Abbé Lacordaire qui inaugure les conférences de Carême devant un parterre d’étudiants avides de la vérité divine. C’est dans cette alchimie de l’amitié que Dieu fait les miracles : « Dieu qui rapproche les nuages pour en faire jaillir la foudre, est aussi celui qui rapproche les âmes… pour en faire jaillir l’amour. »
VIVRE L’AMITIÉ FRATERNELLE EN CONFÉRENCE
Vivre l’amitié fraternelle en conférence, c’est ne pas avoir peur d’afficher ses convictions avec simplicité, de dire notre foi et de donner notre témoignage de chrétiens. Frédéric Ozanam écrira à son ami Falconnet en 1834 : « Ce n’est point un bâton fragile qu’il nous faut pour traverser la terre, ce sont des ailes, ces deux ailes qui portent les anges : la foi et la charité. » C’est grâce aux fécondes amitiés étudiantes et aux rencontres stimulantes qu’ils ont compris le monde et les hommes de leur temps, pour en faire jaillir un renouveau du catholicisme au 19e siècle : Albert de Mun, initiateur du Catholicisme social en France, voit en Frédéric et dans la SSVP ceux qui « donnèrent le signal de l’action populaire chrétienne » et l’Église publiera en 1891 la première Encyclique « Rerum Novarum » sur la question ouvrière qui était l’objet de leurs préoccupations : la défense de la condition ouvrière par le moyen de la charité.
Ainsi, vivre l’amitié fraternelle en Conférence, c’est penser et mettre en œuvre un nouveau catholicisme qui pourrait faire naître aujourd’hui encore une grande œuvre à l’exemple de la SSVP et qui donnerait du fruit parce que fondée sur le Christ. Car « Dieu… est aussi celui qui rapproche les âmes quand il lui plaît » pour servir avec espérance.
Références
• Prier 15 jours avec Frédéric Ozanam, Christian Verheyde,
éditions Nouvelle Cité
• Lettre de Frédéric Ozanam –
Lettres de jeunesse (1819-1840)
• Frédéric Ozanam, l’homme d’une promesse, Mgr Renaud de Dinechin,
éditions Desclée de Brouwer
EN SAVOIR +
À MÉDITER AVEC LE CŒUR
Que les Vincentiens soient assidus à lire la « Règle » et les « Lettres de jeunesse » de Frédéric Ozanam pour vivre en Conférence l’amitié fraternelle, faire fructifier leurs actions et rayonner pour que des paroissiens aient envie de les rejoindre. La Règle de la Société N°1-9 et les suivantes nous parlent de « Confiance et amitié » : « Rendons grâce à Dieu… à force de patience et d’amour de faire naître dans son cœur l’amitié ». « C’est en lisant les lettres de Frédéric que vous apprendrez à bien le connaître » dira sa femme, Amélie Soulacroix, surtout les premières qui expriment sa pensée sur l’amitié : que de « morceaux choisis » à comprendre avec le cœur, à relever et à méditer et qui réjouissent.