NOTRE HISTOIRE
Frédéric Ozanam
Le face-à-face avec Dante
Toute sa vie, Frédéric Ozanam s’est couvert du manteau de Dante, poète, écrivain, penseur et homme politique florentin des 12e et 13e siècles. La fin de sa vie fut une ascension vers Dieu, comme dans l’œuvre de Dante.
Le Parnasse, fresque de Raphaël (1509-1511) au Vatican, représentant Dante, dont Frédéric Ozanam évoque le face-à-face dans sa thèse. Crédit photo : ©DRIl n’est pas étonnant le rapprochement entre le premier verset de l’« Enfer » dans La Divine Comédie de Dante, « Au milieu du chemin de notre vie… », et ceux de la Prière de Pise de Fréderic
Ozanam : « Je sais que j’accomplis… plus que la moitié du chemin de la vie… » C’est le commencement du cantique d’Ezéchias qui souffrait d’une maladie mortelle (Isaïe 38).
Au terme de ses études classiques, Frédéric Ozanam a fréquenté les auteurs de l’Antiquité, historiens, orateurs et poètes, avec de bons maîtres, réputés professeurs d’humanités. Il reçoit les premiers prix de vers latins. Il écrit des poèmes, des odes, en latin. À sa mère, il écrit : « Je lis de beaux et bons livres et assez variés : le Dante, Tite Live, Pascal » et, plus tard, il écrit « qu’il prend les notes nécessaires pour sa thèse de lettres ». Il rédige aussi une série d’études sur Dante dans une revue.
On dira de lui plus tard, après sa mort, dans le Petit Larousse : « Ozanam, auteur de travaux sur Dante et à l’étranger ». La postérité a retenu qu’il est l’auteur de Dante et la philosophie catholique au XIIIe siècle (1839). Cette renommée le suit lors de son dernier voyage en Italie.
Une thèse devenue un volume
Dans l’introduction de sa thèse, Frédéric évoque le face-à-face qu’il a eu avec la fresque de Raphaël au Vatican. Au milieu d’un groupe de personnages, on reconnaît Dante « vêtu d’une robe triomphale, la tête ceinte d’une couronne de lauriers ».
Sans cesse, il dit : « Je m’occupe de mon Dante ». Il dit à son ami Louis Janmot : « Ma thèse m’a conduit à une longue étude de ce poète que j’admire de plus en plus… elle est devenue un volume ». Il la publie mais n’obtient qu’« un succès d’estime, peu bienfaisante pour sa bourse ».
L’engouement d’Ozanam pour Dante était déjà présent lorsqu’il étudiait à la Sorbonne. Il le rend encore plus prégnant lorsqu’il obtient la Chaire de Littérature comparée en s’étendant longuement sur l’Italie et La Divine Comédie. Sa fiancée, Amélie, lui écrit : « Je vous prierai de délaisser de temps en temps Dame Littérature pour vous occuper un peu d’une autre Dame, car ce qui doit sortir de votre plume ne viendra plus de l’esprit, mais du cœur. » À Rome, il est reçu avec Amélie, en audience par le Pape Pie IX, précédé de la réputation de la version romaine de sa thèse. Il sera fait Chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire.
Lorsque Frédéric parlait, ses amis disaient de lui : « Sa physionomie s’éclairait de sa lumière intérieure…il disait son âme à son auditoire… il n’y avait plus qu’un poète inspiré… »
Ozanam remania ainsi son essai sous un titre plus large pour remettre en pleine lumière le poème de Dante en abordant le côté philosophique, la doctrine, les idées et en défendant son orthodoxie. Ce qui n’avait jamais été fait.
Il n’a pas eu le temps de terminer son œuvre de commentaires, mais nous retenons surtout sa prédilection pour les 33 chants du Purgatoire, un chapitre sur Béatrice et les sources de Dante.
Frédéric Ozanam a démontré comment le christianisme avait su tirer des ruines romaines une société nouvelle. Dante fut, à la fois, un point de départ et d’arrivée de toute la méditation qu’Ozanam a pu faire à partir de ses recherches littéraires. En particulier, il nous a montré que, avec Dante, le devoir de charité chrétienne ne devait pas exclure le devoir de justice. Il a exalté le rôle d’un laïc philosophe.
Dante est « poète de la miséricorde
de Dieu »

Dante est nôtre
L’œuvre de Dante fait partie intégrante de notre culture, elle nous renvoie aux racines chrétiennes de l’Europe et de l’Occident.
Il est de tradition que les hommages pontificaux, chaque 25 mars, jour de l’Annonciation, à l’occasion des anniversaires de la naissance de Dante, en 1265, ou de sa mort, en 1321, célèbrent l’événement historique et littéraire du grand poète de La Divine Comédie : « Poème sacré où le ciel et la terre ont mis la main. »1
Dante se décrit comme « un pèlerin pensif et exilé » qui a pensé sa condition et son itinéraire existentiels avec « un point de départ, le cheminement du désir, de l’Enfer au Paradis, inscrit dans l’âme humaine, et un point d’arrivée : le bonheur, donné par la vision de l’Amour qui est Dieu ».
Pour Benoît XVI, le visage de Dieu qui apparaît à Dante dans le cercle central de la Lumière est celui du Christ : un visage et un cœur humain.
Dans sa lettre apostolique Splendeur de la vie éternelle, le pape François nous dit que Dante est « prophète d’espérance », « poète de la miséricorde de Dieu et de la liberté humaine ». Il a un message pour notre temps. Il apporte l’éclat de la lumière éternelle sur le mystère de l’Incarnation.
Philippe Menet, bénévole vincentien
1La Divine Comédie, Paradis, chapitre 26, verset 2
Il n’est pas étonnant le rapprochement entre le premier verset de l’« Enfer » dans La Divine Comédie de Dante, « Au milieu du chemin de notre vie… », et ceux de la Prière de Pise de Fréderic
Ozanam : « Je sais que j’accomplis… plus que la moitié du chemin de la vie… » C’est le commencement du cantique d’Ezéchias qui souffrait d’une maladie mortelle (Isaïe 38).
Au terme de ses études classiques, Frédéric Ozanam a fréquenté les auteurs de l’Antiquité, historiens, orateurs et poètes, avec de bons maîtres, réputés professeurs d’humanités. Il reçoit les premiers prix de vers latins. Il écrit des poèmes, des odes, en latin. À sa mère, il écrit : « Je lis de beaux et bons livres et assez variés : le Dante, Tite Live, Pascal » et, plus tard, il écrit « qu’il prend les notes nécessaires pour sa thèse de lettres ». Il rédige aussi une série d’études sur Dante dans une revue.
On dira de lui plus tard, après sa mort, dans le Petit Larousse : « Ozanam, auteur de travaux sur Dante et à l’étranger ». La postérité a retenu qu’il est l’auteur de Dante et la philosophie catholique au XIIIe siècle (1839). Cette renommée le suit lors de son dernier voyage en Italie.
Une thèse devenue un volume
Dans l’introduction de sa thèse, Frédéric évoque le face-à-face qu’il a eu avec la fresque de Raphaël au Vatican. Au milieu d’un groupe de personnages, on reconnaît Dante « vêtu d’une robe triomphale, la tête ceinte d’une couronne de lauriers ».
Sans cesse, il dit : « Je m’occupe de mon Dante ». Il dit à son ami Louis Janmot : « Ma thèse m’a conduit à une longue étude de ce poète que j’admire de plus en plus… elle est devenue un volume ». Il la publie mais n’obtient qu’« un succès d’estime, peu bienfaisante pour sa bourse ». L’engouement d’Ozanam pour Dante était déjà présent lorsqu’il étudiait à la Sorbonne. Il le rend encore plus prégnant lorsqu’il obtient la Chaire de Littérature comparée en s’étendant longuement sur l’Italie et La Divine Comédie. Sa fiancée, Amélie, lui écrit : « Je vous prierai de délaisser de temps en temps Dame Littérature pour vous occuper un peu d’une autre Dame, car ce qui doit sortir de votre plume ne viendra plus de l’esprit, mais du cœur. » À Rome, il est reçu avec Amélie, en audience par le Pape Pie IX, précédé de la réputation de la version romaine de sa thèse. Il sera fait Chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire.
Lorsque Frédéric parlait, ses amis disaient de lui : « Sa physionomie s’éclairait de sa lumière intérieure…il disait son âme à son auditoire… il n’y avait plus qu’un poète inspiré… »
Ozanam remania ainsi son essai sous un titre plus large pour remettre en pleine lumière le poème de Dante en abordant le côté philosophique, la doctrine, les idées et en défendant son orthodoxie. Ce qui n’avait jamais été fait.
Il n’a pas eu le temps de terminer son œuvre de commentaires, mais nous retenons surtout sa prédilection pour les 33 chants du Purgatoire, un chapitre sur Béatrice et les sources de Dante.
Frédéric Ozanam a démontré comment le christianisme avait su tirer des ruines romaines une société nouvelle. Dante fut, à la fois, un point de départ et d’arrivée de toute la méditation qu’Ozanam a pu faire à partir de ses recherches littéraires. En particulier, il nous a montré que, avec Dante, le devoir de charité chrétienne ne devait pas exclure le devoir de justice. Il a exalté le rôle d’un laïc philosophe.
Dante est « poète de la miséricorde
de Dieu »

Dante est nôtre
L’œuvre de Dante fait partie intégrante de notre culture, elle nous renvoie aux racines chrétiennes de l’Europe et de l’Occident.
Il est de tradition que les hommages pontificaux, chaque 25 mars, jour de l’Annonciation, à l’occasion des anniversaires de la naissance de Dante, en 1265, ou de sa mort, en 1321, célèbrent l’événement historique et littéraire du grand poète de La Divine Comédie : « Poème sacré où le ciel et la terre ont mis la main. »1
Dante se décrit comme « un pèlerin pensif et exilé » qui a pensé sa condition et son itinéraire existentiels avec « un point de départ, le cheminement du désir, de l’Enfer au Paradis, inscrit dans l’âme humaine, et un point d’arrivée : le bonheur, donné par la vision de l’Amour qui est Dieu ».
Pour Benoît XVI, le visage de Dieu qui apparaît à Dante dans le cercle central de la Lumière est celui du Christ : un visage et un cœur humain.
Dans sa lettre apostolique Splendeur de la vie éternelle, le pape François nous dit que Dante est « prophète d’espérance », « poète de la miséricorde de Dieu et de la liberté humaine ». Il a un message pour notre temps. Il apporte l’éclat de la lumière éternelle sur le mystère de l’Incarnation.
Philippe Menet, bénévole vincentien
1La Divine Comédie, Paradis, chapitre 26, verset 2
EN SAVOIR +
Qui est Béatrice pour Dante ?
Dans le poème, Dante célèbre trois femmes : Marie, « la plus belle fleur que j’invoque sans cesse », figure de la charité ; Lucie, image de la foi ; et Béatrice, symbole d’espérance.
Dans sa prime jeunesse, il rencontre à 9 ans une jeune fille, Béatrice, aimée, qu’il évoque dans un premier écrit, La Vita nuova, et qu’il perçoit comme une figure théophanique.
Dante épousera Gemma Donati et aura quatre enfants. Béatrice sera une âme, guide de Dante dans le Paradis. Elle lui dit : « Ce que tu vois, revenu là-bas, fais que tu l’écrives »2. Elle sera une dame et il la perçoit alors comme « ce qui n’a jamais été dit d’aucune, dont la beauté dépasse la mesure humaine, que seul son créateur jouit d’elle ».