NOTRE HISTOIRE 

17 février 2020

Le projet vincentien au cœur de l’innovation

Au 19e siècle, c’est dans les villes que la pauvreté s’est déplacée et où se trouvent les indigents. « C’est en ville que le catholicisme connaît un nouveau souffle » avec la création des Conférences de Charité par de jeunes laïcs.

Ce grand but, ce but sublime, l’abolition de la misère. » clame Victor Hugo dans son Discours sur la misère en 1849 et il évoque dans Les Misérables la terrible histoire de Fantine, ouvrière au chômage, réduite à se prostituer pour éviter la misère et payer la pension de sa fille, Cosette.
Balzac dans le prologue de La Fille aux yeux d’or écrit : « Examinez le monde qui n’a rien. L’ouvrier, le prolétaire… qui outrepasse ses forces, attelle sa femme à quelque machine, use son enfant et le cloue à un rouage. » Hector Malot fera le tableau des maisons de la pauvreté : « un sale grabat, des paillasses, des familles entassées, l’air infect, des enfants chétifs, maigres… »
Frédéric Ozanam exprime dans l’Ère Nouvelle dans « La lettre aux Gens de bien », ce que ses amis fondateurs et étudiants de la Conférence de Charité ont vu de près à Paris, les misères de la cité parfois cachées et avec un serrement de cœur. « Il reste un ennemi que vous ne connaissez pas assez, dont vous n’aimez pas que l’on vous entretienne et, dont nous avons résolu de vous parler : la misère. »

Car, il s’adresse aussi aux Gens d’une Église malmenée par les révolutions, où la vie religieuse s’est déplacée des campagnes vers les villes.

Le souffle novateur et créatif de l’engagement

L’immense nouveauté des Conférences de Charité, un jour de 1833, est qu’il n’est pas le fait de religieux, mais de laïcs, de jeunes catholiques fervents, une équipe d’étudiants venus de province avec une haute notion de l’amitié s’incarnant dans l’action. Ils auraient pu fermer les yeux sur la misère, passer sans voir. Sur le conseil de Sœur Rosalie, ils se sont rapprochés de ces indigents pour les servir et les aimer.
Ce qui est novateur, c’est la visite à domicile, l’œuvre fondamentale, où ils acquièrent un savoir-faire « charitable » : « apporter le pain du corps mais aussi une aumône spirituelle » en prenant soin de toute la personne. 

Ce qui est novateur, c’est la visite à domicile, l’œuvre fondamentale, où ils acquièrent un savoir-faire « charitable » : « apporter le pain du corps mais aussi une aumône spirituelle » en prenant soin de toute la personne. C’est aussi l’enracinement paroissial : la Conférence doit porter le nom de la paroisse et de plus l’expérience missionnaire dans la France urbaine : « le confrère est un nouveau croisé de la foi » en mission chez les païens. C’est en outre l’organisation des Conférences qu’ils mettent au point par un règlement et des Conseils de décisions car elles se multiplient en province et à l’étranger. Ce qui est créatif, c’est leur engagement dans la question sociale de leur temps : « Or, nous autres, nous sommes trop jeunes pour intervenir dans la lutte sociale ; resterons-nous inertes au milieu du monde qui souffre et qui gémit ? »* et qui fera naître, 60 ans plus tard, la Doctrine sociale de l’Église.

C’est la conviction qu’ils ont un rôle à jouer au nom de leur foi sous la houlette de leur saint patron Saint Vincent de Paul qui n’est pas « une enseigne banale. » C’est le bel optimisme pour mener à bien le projet de restauration du catholicisme par le grand rendez-vous des jeunes gens chrétiens aux Conférences de Carême à Notre-Dame du père Lacordaire où ils viennent puiser un ressourcement pour la vitalité de leur foi.

L’APOSTOLAT DES LAÏCS AVANT VATICAN II

Nous avons la surprise de découvrir sous la plume de Frédéric Ozanam, à 22 ans, l’expression « apostolat des laïcs » (participation des laïcs à la mission de l’Église) dans une lettre à François Lallier. Il dit aussi sa conception du rôle du chrétien ou du laïc à Léonce Curnier : « c’est donner au ciel tout ce qu’on en a reçu, son or, son sang, son âme tout entière ». La vocation de laïc va lui apparaître comme une évidence, voulue par Dieu.

EN SAVOIR +

La SSVP au 19e : Un fleuron du Catholicisme social de Matthieu Brejon de Lavergnée

Matthieu Brejon De Lavergnée Trace Dans Son œuvre Les Contours De La Voie VincentienneL’auteur trace les contours de la « voie vincentienne », mystique active qui trouve le Christ dans la rencontre avec les pauvres et l’exercice d’un audacieux apostolat des laïcs. Il met en lumière le parcours de plusieurs centaines de jeunes catholiques vincentiens et d’une œuvre qui était devenue, à la veille de la Commune en 1871, l’une des principales œuvres du monde catholique. Il expose aussi le tableau des œuvres et des dons charitables en particulier à Paris où taudis et indigents abondent. La petite Conférence de Charité née à Paris en 1833 qui invente l’homme d’œuvres et qui a connu une irrésistible ascension en France et à l’étranger, est signe que « la voie vincentienne » est universelle. En introduction, il cite François Mitterrand : « La Conférence de Saint-Vincent-de-Paul est une de ces vieilles dames dont on parle sans respect mais avec vénération. »
  • Il annonce et dénonce comme étudiant dans la Conférence d’histoire puis comme professeur dans son cours de Droit commercial et à la Sorbonne, des « vérités sévères », et dans de nombreux articles dans les journaux sur la question sociale et sur la situation ouvrière. Il voit venir la lutte des classes et croit qu’il est possible de construire un ordre social chrétien.
  • Il enseigne en portant une extrême attention dans le choix des actions des Conférences pour l’éducation du peuple par des cours pour les conscrits et les ouvriers.
  • Il exprime clairement l’objectif de la Société vincentienne, un mouvement spirituel à vocation caritative, en mettant la foi sous la protection de la charité.
  • Il vit avec son épouse Amélie une spiritualité conjugale élevée et portée comme offrande, que l’on découvre dans leurs correspondances.
    Et quant à la place prise par les confrères auprès des clercs, il précise l’indépendance laïque pour les Conférences : « Une Œuvre laïque sous le patronage de MM. les Curés », c’est pour ainsi dire le premier apostolat des laïcs.

    Réf : * Extraits des Lettres de jeunesse de Frédéric Ozanam

    Philippe Menet, bénévole de la SSVP

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