NOTRE HISTOIRE
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Mars 1832 : le choléra frappe Paris
Au début de l’année 1832, Paris est frappée par une épidémie de choléra dont Frédéric Ozanam est le témoin. Elle va avoir une influence,par son aspect social, sur sa réflexion en tant que catholique.
Frédéric Ozanam, 19 ans, vient d’arriver à Paris pour y faire ses études au début de l’année 1832. C’est un changement de vie important : c’est la première fois qu’il quitte ses parents et il faut, alors, trois jours et trois nuits en diligence pour faire le trajet de Lyon à Paris. Enfin, le seul moyen de communiquer est la lettre. Ce n’est pas un étudiant pauvre mais il n’est pas riche non plus, il doit compter, comme en atteste sa correspondance avec son père. On ne peut donc pas dire que son moral soit au beau fixe. L’épidémie, qui frappe majoritairement les pauvres, provoque partout des émeutes : la France n’y échappera pas.
L’épidémie et ses manifestations
Le choléra est apparu en Inde dès 1817, mais il ne gagne l’Europe, avec la Russie, qu’en 1830 et, de là, va accélérer sa progression. Berlin est touchée en 1831, les îles britanniques au début de 1832. Le premier cas est attesté à Paris le 26 mars 1832.

Le duc d’Orléans visitant les malades de l’Hôtel-Dieu durant l’épidémie de choléra, en 1832 – Alfred Johannot – Musée Carnavalet
En dépit d’une anticipation des autorités qui prennent des mesures de protection dès la fin de 1831, l’épidémie, vu l’état sanitaire déplorable de la ville, qui n’a guère évolué depuis le Moyen Âge, fera environ 19 000 morts en six mois dans la capitale, et 100 000 en France. Aucune couche sociale n’y échappera.
Frédéric Ozanam lui consacre l’essentiel d’une lettre à sa mère datée du 8 avril 1832. Il y raconte ce qu’il voit : le nombre de victimes (3 075 en quatorze jours dont 1 200 décès, 717 personnes atteintes en une journée, le 7 avril), le spectacle macabre des chariots chargés de cinq, dix ou douze cercueils. Il mentionne les personnalités atteintes, Casimir Périer, Président du Conseil, M. Lagarde, conseiller d’état, et aussi des étudiants en médecine. Mais surtout, il entrevoit l’ampleur du fléau : « Il semble que partout où il a passé auparavant ce ne fut qu’un jeu, et qu’il ait été créé… pour punir notre ville coupable : le peuple s’alarme, le commerce est renversé… Je crains beaucoup des mouvements séditieux. Il périra autant d’hommes par le glaive que par la maladie… » Il est déjà témoin de mouvements de foule.
Au milieu de ces tristes spectacles, la charité ne se lasse point
Les émeutes sanglantes se produiront, effectivement, les 5 et 6 juin. Il en fait le récit dans une lettre à son ami Ernest Falconnet le 16 juillet : « C’était la foule qui, lasse de misère, se répandait dans les rues et sur les places… Aux armes ! Vive la République criaient les jeunes chefs du mouvement. Aux armes ! répondaient mille bouches affamées. Peu après retentirent les salves des fusils… En vingt-quatre heures… se joua cette horrible tragédie qui a coûté à notre patrie deux ou trois mille hommes valeureux. »
Les élans de charité
Dans ce contexte, Ozanam souligne, malgré tout, les élans de charité qui se manifestent, notamment, de la part de l’Église. À sa mère, il écrit : « Au milieu de ces tristes spectacles, la charité ne se lasse point ». Il fait état de l’archevêque de Paris qui ouvre un séminaire et sa maison de campagne « pour en faire des hospices » et donne aussi de l’argent, des Lazaristes qui ont ouvert leur maison aux malades, des prêtres, qui ouvrent leurs presbytères, des Sœurs hospitalières « qui se sacrifient au soulagement de l’infortune ». Il s’indigne, aussi, des procès d’intention, qui sont faits par les « libéraux » à toutes ces personnes généreuses.
Parmi les religieuses, se trouve sœur Rosalie Rendu, qui guidera les premiers pas des confrères de la Conférence de Charité moins d’un an plus tard. Armand de Melun, qui sera membre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, décrit son action dans la biographie qu’il lui a consacrée.
Christian Dubié,
président de la SSVP du Cher
EN SAVOIR +
Naissance du catholicisme social
« Si la question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous n’est ni une question de personnes ni une question de formes politiques, mais une question sociale ; si c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop, si c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas, notre devoir, à nous chrétiens, est de nous interposer entre ces ennemis irréconciliables, et de faire que… l’égalité s’opère autant qu’elle est possible entre les hommes. » Lettre de Frédéric Ozanam à François Lallier, 5 novembre 1836