Typhaine de Penfentenyo :
« Faire cohabiter les jeunes et les retraités, c’est l’avenir ! »
Cologne, JMJ 2005 : l’exhortation de Benoît XVI à ne pas laisser nos aînés livrés à eux-mêmes interpelle Typhaine de Penfentenyo. Dans la foulée, elle crée « ensemble2générations », qui permet à des seniors d’héberger des étudiants. Une réponse à la crise du logement, et bien plus encore.

Quel est l’objectif de votre association ?
D’abord de rompre la solitude des personnes âgées. Savez-vous que seules 7 % d’entre elles sont touchées par des maladies invalidantes, qui rendent difficile le maintien à domicile ? Le frein principal pour les 93 % restants, c’est l’isolement. Il ne tient qu’à nous d’y remédier. Nous voyons aussi que les étudiants peinent à se loger, surtout dans les grandes villes : les coûts sont exponentiels. Au point que certains renoncent à suivre la filière qui les attire. La solution, c’est de les faire se rencontrer !
Que proposez-vous ?
D’inciter les seniors à les accueillir chez eux : soit gratuitement, moyennant une présence le soir ou des services rendus (courses, vaisselle…) ; soit en échange d’un loyer modeste, avec l’engagement d’une veille passive. Une charte des droits et devoirs réciproques est signée par les deux parties. Notre équipe assure ensuite un suivi régulier : visites chez le binôme, bilans par téléphone… Au-delà de l’aspect contractuel, nous sommes attentifs à faire cohabiter des personnes qui ont les mêmes attentes, voire des passions à partager.
Et ça marche ?
Au-delà de nos espérances ! En 12 ans, nous avons permis à 4 000 binômes de voir le jour, certains pour plusieurs années consécutives. Nous faisons reculer l’entrée en maison de retraite de 3 à 4 ans. C’est un gain énorme pour la collectivité (20 000 € par an) si on totalise le coût des maisons et l’économie d’APL (Aide personnalisée au logement) dont les étudiants n’ont plus besoin.
Quels sont les ingrédients de ce succès ?
Nous mettons l’accent sur l’aspect relationnel. Les aînés ont beaucoup à nous apprendre, les jeunes un grand désir de se donner. Mais ils sont encore en construction. Quand deux vulnérabilités se rencontrent, elles vont à l’essentiel. Je suis émerveillée de voir les liens qui se tissent : 98 % des retours sont positifs. Chaque binôme créé est une petite « Église domestique ».
Vous parlez d’Église : votre association s’affiche-t-elle comme chrétienne ?
Oui. J’ai dû batailler ferme pour ne pas céder sur ce point. N’est-il pas fondamental que les disciples du Christ investissent le terrain social ? Certains aînés témoignent de leur foi : je pense à ce monsieur qui est devenu le parrain d’un jeune qu’il accueillait. Il a joué un rôle dans sa conversion.Nous sommes cependant ouverts à tous. J’ai longtemps vécu à l’étranger, y compris en terre d’islam. Créer des ponts entre les générations et les religions me tient à cœur. Je songe avec émotion à l’amitié qui est née entre une jeune fille musulmane et la vieille dame juive qui l’a hébergée.
Vous semblez très attachée à l’idée de transmission ?
J’aime la réponse de Jean d’Ormesson à la question « Que conseilleriez vous à un jeune ? » : « Habiter chez un ancien. » J’ai peu connu ma grand-mère, mais trois ou quatre phrases d’elle m’ont propulsée vers ce que je suis devenue. La sagesse de ceux qui ont vécu est un trésor.
Une anecdote qui vous aurait marquée ?
Celle de cette jeune femme guinéenne qui préférait dormir en salle de garde à vue que dans la rue. Logée par nos soins, elle a fait de bonnes études, a épousé un ingénieur et vit désormais au Canada. Sans nous, sa trajectoire aurait peut-être été des plus chaotiques…
Les difficultés que vous rencontrez ?
Les réticences des personnes âgées à faire pénétrer quelqu’un dans leur intimité : elles demandent à être rassurées. Nous avons actuellement 7 demandes d’étudiants pour une chambre disponible. Il faut œuvrer à un changement des mentalités : que cette génération ambitionne de vivre une retraite solidaire plutôt que solitaire !
Qui compose ensemble2générations ?
Une équipe de 7 salariés en Île-de-France et un réseau de 60 bénévoles en province. Nous sommes présents dans 32 villes métropolitaines (Lyon, Lille, Toulouse, Clermont-Ferrand…), à la Réunion et à la Martinique. Et nous avons essaimé à l’étranger, au Canada et au Japon.
Quels sont vos projets d’avenir ?
Il n’y a qu’un million de places en institutions, alors que 10 millions de retraités vont vers le grand âge…
Il est urgent d’agir. Nous allons opérer une levée de fond ambitieuse et nous envisageons de créer le plus de synergies possibles. Nous travaillons déjà avec la SSVP (à Nice par exemple), mais voulons aller plus loin : un partenariat va être signé. Croyez que je m’en réjouis !
ET À LA SSVP ?
Colocations solidaires
Des projets pour
le vivre ensemble
Les membres des Conférences travaillent avec d’autres associations, plus au fait des problématiques liées au mal-logement. Ces partenariats sont appelés à se développer. Illustration avec le soutien accordé par la SSVP à l’association CARACOL.
Mis en place par la SSVP, le concours « INNOVATE ! Pour la Solidarité » encourage les projets innovants d’entrepreneurs en herbe, étudiants de l’enseignement supérieur, pour lutter contre toutes formes de pauvreté.
En 2018, la 2e édition a récompensé une initiative épaulant ceux qui peinent à trouver un toit.
Des solutions sur-mesure
Le projet CARACOL (http://caracol.house) est parti d’un constat : il y a environ 6,8 % de logements vacants en France (100 000 à Paris). Simon Guibert a imaginé de « transformer ces lieux vides en histoire de vie. » Son association propose aux propriétaires des solutions sur-mesure pour leur valorisation, en les mettant temporairement à disposition de réfugiés ayant obtenu le droit d’asile et d’habitants du quartier donné, en quête d’un loyer modéré (étudiants, jeunes actifs, artistes).
Les personnes choisies partagent des intérêts communs et sont motivées par l’expérience d’une colocation multiculturelle. Elles doivent s’impliquer dans la gestion du lieu de vie et sont accompagnées, si nécessaire, pour leur réinsertion par des associations partenaires.
Les résultats des expériences de ce type (Association Pour l’Amitié, Lazare, Comme À La Maison) sont encourageants : 70 % des résidents ont trouvé un logement durable par le biais des liens créés.
Des débuts prometteurs
Une première colocation a débuté dans le Val-de-Marne. D’autres sont à venir (Marseille, la Roche-sur-Yon, Toulouse.)
« En nous faisant confiance, la SSVP a renforcé notre crédibilité auprès de nos partenaires » se réjouit Simon Guibert, « CARACOL a beau n’être qu’une goutte d’eau dans l’océan, nous y croyons dur comme fer ! »

SUITE DU DOSSIER "CRISE DU LOGEMENT RECRÉER DU LIEN "
Crise du logement : recréer du lien
La crise du logement est aussi celle de la famille, de l’aménagement du territoire, de la progression du terrorisme dans le monde…
Tour d’horizon des dispositifs associatifs pour aider à trouver un logement
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