MICRO-TROTTOIR 

Initiatives exemplaires :

Des bénévoles présents face à la crise

Se montrer constructif et impliqué dans la vie sociale

Charles Martre,
président de la SSVP des Bouches-du-Rhône/Marseille

Après l’appel des évêques à susciter des « groupes d’échanges et de propositions » au sein des paroisses et des mouvements, j’ai proposé à nos Conférences de consacrer l’une de leurs réunions à cette question. À Marseille, la mobilisation des Gilets jaunes n’a jamais été très importante. Mais il me semblait important qu’une association catholique puisse se montrer constructive et impliquée dans la vie sociale, surtout à l’heure où l’Église est discréditée par les dysfonctionnements en son sein. Ici, les principales difficultés recensées concernent la cherté des logements et le manque d’hébergement des personnes SDF. Nous allons nous rapprocher d’autres associations spécialisées dans ces domaines et voir comment les aider. De telles concertations sont riches en enseignements parce que la pauvreté change. Pourquoi ne pas renouveler l’expérience régulièrement ?
Ils ont exprimé le désir d’être entendus
Maggy Tournaille,
volontaire permanente d’ATD Quart-Monde à Caen

Notre mouvement organise régulièrement des Universités populaires, assemblées qui réunissent militants (personnes qui connaissent la précarité) et alliés (ceux qui les accompagnent) autour d’un thème, pour recueillir la pensée des uns et des autres, et bâtir une réflexion commune. En janvier, nous avons choisi de parler des Gilets jaunes. Les participants étaient heureux de pouvoir s’exprimer sur ce thème. Parmi ce qui est ressorti, ils se sentaient à la fois concernés et pas représentés par le mouvement social. « S’ils représentent le peuple, nous sommes le sous-peuple », nous a dit une femme. Plusieurs participants ont exprimé le désir d’être entendus, de pouvoir dialoguer avec le gouvernement, tout en dénonçant fortement la violence.
Les inviter à dire leurs difficultés et leurs priorités
Martine Elies, secrétaire générale du Secours populaire du Finistère

Nous nous sommes saisis du contexte du Grand Débat National en nous disant que les personnes en difficulté auraient du mal à y participer et à prendre la parole. Le Secours populaire avait lancé en 2000 une démarche intitulée « le dire pour agir », qui invitait les personnes à exprimer leurs difficultés sur des carnets mis à disposition. Nous avons repris cette idée, en éditant cette fois une simple feuille, tenant compte de l’appréhension de certains pour l’écrit. Les participants étaient invités
à dire d’une part, leurs difficultés, d’autre part, les priorités qu’ils aimeraient voir mises en œuvre. Sur les 150 contributions qui sont arrivées de nos 27 antennes, j’ai été frappée de voir que la majorité demande un travail qui leur permette de vivre décemment, ce qui va à l’encontre de certains préjugés.
Le “Café Sourire” répond à une soif d’aujourd’hui

Didier Bohl,
président de la SSVP des Alpes-de-Haute-Provence et fondateur du « Café Sourire »
Sisteron, petite ville de 7 500 habitants en plein territoire rural, est concernée par tous les sujets qui ont défrayé la chronique : ici, les problèmes médicaux sont courants, et sans voiture on est mort ! Depuis 2016, nous y avons lancé le « Café Sourire », un lieu où tout le monde est accueilli gratuitement, chaque matin, de 9 h à 12 h du lundi au vendredi, juste pour partager et discuter. On n’y donne rien, à part un café et de l’écoute. Nous avons une centaine de passages par semaine ! Les gens qui viennent ont de 35 à 80 ans, et on trouve des routards, des personnes SDF, des gens qui vont au marché, des migrants… Leur seul point commun est la solitude. Même mariés parfois, ils se sentent seuls. Cette proposition répond vraiment à une soif d’aujourd’hui. Plusieurs villes des alentours ont le projet de créer un Café Sourire. Il y a très peu de lieux d’écoute pure.
Un pas vers le pouvoir d’agir
Eve Casanova,
déléguée du Secours catholique du Loir-et-Cher

Nous avons organisé quatorze débats sur notre délégation, où cent cinquante personnes ont pu s’exprimer. Nous avons ensuite invité les responsables institutionnels à une rencontre le 8 mars. L’évêque de Blois, Mgr Batut, un député de notre région et le maire de Mer, une commune rurale, ont répondu présent. Les personnalités présentes choisissaient un des huit thèmes que nous avions sélectionnés, écoutaient le témoignage correspondant d’une personne en précarité, puis nous les invitions à restituer à l’ensemble ce qu’elles en avaient retenu. Certains ont joué le jeu, d’autres pas. Si les solutions ne sont pas immédiates, cela donne déjà à entendre le témoignage de personnes très éloignées de la vie citoyenne. Leur avoir permis de s’exprimer, en les formant et en créant cette occasion, est un pas énorme vers le pouvoir d’agir, un sujet qui nous est cher. À nous, dans l’accueil fraternel, de surfer sur cet élan.
Quand le superflu devient essentiel
Katia Duclos
Vincentienne de Gironde

Je suis engagée au Pain de l’Amitié, association spécialisée de la SSVP qui dispose notamment d’une épicerie sociale, fréquentée par beaucoup de femmes courageuses, au niveau de vie bien inférieur à celui des Gilets jaunes. Or, j’ai été frappée par le témoignage d’une femme de ce mouvement qui se plaignait non seulement d’avoir du mal à joindre les deux bouts, mais aussi de ne pas profiter de moments agréables, partir en vacances ou tout simplement s’occuper d’elle-même. J’ai donc organisé le 6 mars un temps spécifique pendant lequel, avec l’aide d’esthéticiennes, nous leur avons offert des ateliers de maquillage et de manucure. Les enfants étaient pris en charge par l’association « Lire et Faire Lire ». Un paquet cadeau de produits de beauté était remis à toutes les femmes. Il fallait voir les étoiles dans leurs yeux. Ils n’ont pas besoin que de « pain », mais aussi d’amitié et de temps gratuit. Parfois, le superflu devient essentiel…

Crédit photo : Julie Rabanel

SUITE DU DOSSIER "FORMATION DES BÉNÉVOLES QUELS ENJEUX"

Être gilet bleu pour porter l’Espérance

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Elles n’ont pas attendu le mouvement des Gilets jaunes pour constater sur le terrain la fracture grandissante entre deux France, ni pour lancer des actions envers les populations les plus accablées. Ces derniers mois, les associations ne sont également pas restées sourdes à la crise sociale qui agite le pays. Au-delà des réponses politiques, elles apportent leur réponse, profonde et essentielle.
Sophie Le Pivain, journaliste

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Pour Ozanam, la vraie réponse est spirituelle 

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