MICRO-TROTTOIR 

15 Décembre 2018

Guillaume Douet 
« La formation doit s’appuyer sur les réalités du terrain »

Fin connaisseur du milieu associatif où il roule sa bosse depuis son adolescence, Guillaume Douet a été en charge du département Bénévolat au Secours Catholique. Il est aujourd’hui directeur de l’IEDH, organisme de formation au service du monde associatif.

INTERVIEW 

Pourquoi l’IEDH ?

L’IEDH est né dans les années 90 de l’intuition de formateurs en entreprise : sollicités par deux associations pour mettre sur pied une formation de qualité professionnelle à destination de leurs bénévoles, ils se sont aperçus que le milieu associatif avait des exigences spécifiques auxquelles il fallait répondre.

Que proposez-vous ?

Des formations (stages, ateliers, Conférences, formations individualisées…) au service des personnes, des familles, et des associations. Grosses structures ou communautés plus modestes, ces dernières ont toutes à cœur de travailler à la professionnalisation de leurs bénévoles. Nous en formons 3 à 4 000 par an, issus d’une trentaine d’associations.

Quels sont les besoins récurrents des bénévoles ?

Il y en a surtout deux : ceux qui ont pris la tête d’une équipe nous sollicitent régulièrement pour que nous les aidions à progresser dans le management de cette dernière : on n’anime pas des bénévoles comme des salariés.
Les bénévoles de terrain, eux, ont un vrai besoin de formation lié à l’accueil et l’accompagnement des publics : l’écoute, la prévention, la juste proximité… sont des thématiques qui rencontrent un franc succès.

Et les besoins plus ponctuels ?

Il s’agit de formations plus spécifiques, en lien avec le public accompagné, par exemple sur les droits des migrants ou l’enseignement du français ; ou de formations techniques (comptabilité, informatique…). Ce qui me paraît capital, c’est de partir des besoins concrets de ceux qui se donnent, d’être à leur écoute.

La formation doit-elle être pour eux un passage obligé ?

Les procédures trop rigides découragent les bénévoles qui n’ont pas envie, à juste titre, que le milieu associatif singe celui de l’entreprise. Si les associations partent des réalités du terrain et proposent à leurs membres des formations adaptées, ces derniers auront le désir de s’y inscrire.

Ce constat est-il partagé par l’ensemble du monde associatif ?

Les propositions de formation n’ont eu de cesse de se multiplier ces dernières années : stages, formations à la carte, groupes d’analyse de pratiques… voire mise en place de tutorat ou de compagnonnage. Les nouveaux bénévoles, jeunes et moins jeunes, ont une attente forte en la matière : ils savent que leur engagement sera d’autant plus fécond. Les anciens peuvent être plus réticents : ils se sont formés sur le tas et ont acquis une expertise au fil du temps.

Cette réticence s’exprime-t-elle aussi chez ceux qui mettent leurs compétences professionnelles au service d’une association ?

Ils gagneront toujours à suivre au moins une formation sur l’histoire et la spécificité de l’association concernée… Ce bénévolat, dit de compétences, ouvre des perspectives intéressantes à la fois pour les responsables associatifs qui peuvent ainsi recruter des personnes capables de répondre immédiatement à un besoin ; et pour les actifs qui aspirent à trouver un engagement conciliable avec leur rythme de vie.
Le bénévolat est multiforme, et c’est une vraie richesse.

Ces formations sont-elles reconnues dans le monde professionnel ?

Si elles sont dispensées par un institut de formation agréé – comme l’IEDH –, elles ont d’autant plus de chance d’être prises en compte. Mais l’engagement en lui-même est un atout pour les recruteurs : les qualités humaines et relationnelles qui vont de pair avec le bénévolat sont de plus en plus recherchées. Une belle revanche pour les bénévoles, longtemps privés de reconnaissance !

L’IEDH partenaire de la SSVP

Depuis 2016, l’IEDH est partenaire de la SSVP. Les formateurs de l’IEDH interviennent, dans le cadre de la formation des présidents de CD, sur le management d’équipes bénévoles et sur la connaissance des pauvretés et de l’exclusion. Ce partenariat permet une prise en charge par le national de 50% des frais du formateur.

PLUS D’INFOS

Sur les formations proposées par l’IEDH : En savoir plus

ET À LA SSVP ? 

Des réponses adaptées,
une offre qui évolue

La règle du mouvement souligne l’importance de se former. Dans les faits, toute réunion et tout rassemblement de la SSVP le permettent. Mais il existe aussi des outils spécifiques : Ozanam magazine et les sites Internet et Intranet ; ainsi que des formations élaborées en interne ou par l’IEDH (voir ci-contre) et l’Institut Astrée.

« La formation sur les fondamentaux de l’association – son histoire, sa spiritualité – me semble capitale, note Gabrielle Pister, présidente du CD de Moselle : elle permet d’en avoir une vision globale. Celles sur l’accueil et l’écoute sont de plus en plus plébiscitées par les bénévoles, du fait de l’apparition de nouvelles pauvretés. »
Analyse corroborée par Benoît Royal, président du CD de Loire-Atlantique, qui suggère de « mettre l’accent pour la formation sur tout ce qui touche au relationnel », quitte à renforcer la collaboration avec d’autres organismes pour des questions plus concrètes (distribution alimentaire par exemple).
Bonne nouvelle pour les Vincentiens qui, à l’instar de Manuel Rémond, président du CD d’Ille-et-Vilaine, aimeraient que les formations leur soient proposées plus en amont et qu’elles soient décentralisées en région : « ces deux points font partie de nos priorités » insiste Benoît Pesme, responsable de la forma­tion à la SSVP.
Reste à rassurer ceux qui craignent que la multiplication des formations ne dénature l’esprit de l’engagement vincentien : « Il y a des formations indispensables, si l’on accompagne des personnes en fin de vie ou atteintes de maladies mentales, reconnaît Christine Martin, présidente d’une Conférence clermontoise. Pour le reste, il me semble que c’est au cœur de parler. Vivre de la charité, c’est faire l’expérience de sa propre pauvreté et laisser toute sa place au Christ pour qu’Il marche avec nous. »
Des craintes ou des attentes qu’entend Benoît Pesme, qui souhaite que les propositions du siège s’ajustent aux demandes du terrain, pour faire de la formation « un gage d’épanouissement dans le bénévolat. »

SUITE DU DOSSIER "FORMATION DES BÉNÉVOLES QUELS ENJEUX"

Formation des bénévoles : quels enjeux

Formation des bénévoles : quels enjeux

Parce que les bénévoles, par leur générosité et leurs talents, sont les piliers des associations caritatives, ces dernières ont de plus en plus à cœur de les former, en vue d’une plus grande fécondité.

lire la suite

Précédent

Prochain

Share This