RÉFLECHIR 

LA GRÂCE DE LA PAIX
Oser être dans l’agir et le repos de Dieu

Notre mission est de « […] (servir) ceux qui sont dans le besoin […] », selon la Règle de la SSVP 1. Mais n’est-il pas paradoxal de parler de repos ? Percevons-nous parfois, des signes de découragement, de lassitude ?

Ressentons-nous des difficultés de repérage des nouvelles pauvretés, de la vulnérabilité des personnes ? Faut-il attendre d’être sollicité ? Oser la demande, la rencontre, le questionnement ?

Vincentien, je peux me retrouver dans cet Agir et ce Repos de Dieu qui n’a rien à voir avec l’oisiveté, la passivité, l’indifférence.

Nous croyons en un salut promis et accompli en Christ, manifesté pleinement à la fin des temps.

Les actions de solidarité mises en œuvre dans notre monde sont nombreuses, variées, importantes dans le processus de paix sociale. Mais nourrir, vêtir, visiter ne suffit pas. Vincentiens, nous participons au service des personnes en situation de pauvreté, avec élan et conviction. Les pauvres ont beaucoup à nous apprendre. Leur chemin de vie est jalonné d’obstacles. Par exemple, assumer une charge de famille quand on est seul(e) est compliqué, ce qui n’empêche pas de pratiquer l’entraide et le partage. Cette solidarité de proximité permet à ces personnes de trouver des solutions aux problèmes du quotidien. Au cours de nos visites elles s’ouvrent, la relation s’enrichit à travers l’amitié et la confiance. C’est tout le sens que nous voulons donner à nos actions.

Diaconie,
l’agir en Dieu

Nous croyons en un salut promis et accompli en Christ, manifesté pleinement à la fin des temps. Nous participons à la diaconie de l’Église, qui est mise en œuvre dans l’Évangile au service de la personne, fondement théologique et dimension spirituelle de l’acte de solidarité, à l’exemple du Christ (CEF) 2.
Mais parfois la lassitude survient. L’irruption de nouveaux pauvres nous interpelle, pouvant faire douter de l’efficacité de notre action ou de la structure au sein de laquelle nous œuvrons. Ressentons-nous des difficultés de repérage des nouvelles pauvretés, de la vulnérabilité des personnes ? Faut-il attendre d’être sollicité ? Oser la demande, la rencontre, le questionnement ?

Jésus n’a-t-il pas dit : « Des pauvres, en effet, vous en aurez toujours avec vous, et quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien. Mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. » Mc 14,7. S’il n’y a plus les fruits attendus de l’action, s’il n’y a pas de guérison apparente, quelle est la validité de l’action ? Mais ne faut-il pas voir que l’action est une relation engagée ? Qu’elle est un passage du « Pourquoi » au « Parce que c’est Toi ».  Faire le deuil du désir de guérison de l’autre. Réviser les manières de penser le salut : celui-ci n’est pas seulement libération de ce qui pèse sur nos existences et nous empêche de vivre, mais c’est aussi la relation aux autres. Il est recherche de la joie, de ce qui transforme. Il est une Visitation, faisant de la parole des pauvres une parole d’autorité, bien dans l’esprit de la démarche Diaconia (E. Grieu 3).
Bien en phase avec la formule « Les pauvres sont nos maîtres », de saint Vincent de Paul. Mais cet Agir de Dieu n’est-il pas discontinu ?

Le repos de Dieu,
mon Repos

« Dieu bénit le septième jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l’œuvre que lui-même avait créée par son action ». Gn 2, 3. Dieu célèbre Sa Création et y fait participer Sa Créature. Dieu nous fait entrer authentiquement dans son repos, par la participation à son œuvre, nous proposant de contempler Sa Création.
Vincentien, je peux me retrouver dans cet Agir et ce Repos de Dieu qui n’a rien à voir avec l’oisiveté, la passivité, l’indifférence. Ce repos m’ouvre à l’accueil de la Grâce de l’Espérance, de la Paix, de la Joie, au Salut de Dieu.

Je suis en proximité avec Lui, en Conférence, en SSVP, avec le monde dans lequel je vis.

LA GRÂCE DE LA RELATION À DIEU, DE LA RELATION AU FRÈRE

Cet Agir de Dieu contient une relation juste avec mon frère, sujet et objet de la solidarité. Vincentien, acteur bénévole, j’ai été appelé, envoyé, reconnu. Je fais partie d’un groupe, en Église. Chrétien, j’accueille la grâce de l’Amour de Dieu, j’en témoigne, j’annonce sa Miséricorde. Ai-je conscience du Don qui m’est fait, de mon Appel, de mon Oui ? Mais quel est le danger pour moi, pour mon groupe, pour celui ou celle que je rencontre, si je ne vis plus cette action habitée ? Suis-je en risque de prendre un autre chemin : celui de la désillusion, de la désespérance, de la déshumanisation, de moi-même, de la relation que je ne peux plus établir ? Avec le Tout Autre, ma Conférence,
la SSVP, l’Église ?

AVANCER EN PAIX, ESPÉRANCE, HUMANITÉ

Nous ne pouvons pas dissocier la spiritualité de l’action sociale. L’action par elle-même doit avoir du sens et cela suppose de donner la parole et d’écouter. Donner la parole, c’est adopter la posture de Jésus quand il disait à Bartimée « que veux-tu que je fasse pour toi ? » Mc 10, 51. En relation à Dieu et nos frères, en prière, soyons des semeurs de paix et de fraternité, soyons des semeurs de justice et d’humanité, soyons des semeurs d’espérance.

Philippe Wasser et Alex Rahmani

 

1 – Règle de la Confédération Internationale de la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
2 – Conférence des Évêques de France.
3 – E. Grieu, Conférence donnée le
09-09-2017 à Lourdes dans le cadre
des journées organisées par
le Centre International du Diaconat.

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