INTERVIEW 
Photo Pascal Ide Juin 2021 Bernardins

© Bernardins

Père Pascal Ide :
« Guérir de ses blessures facilite le pardon »

Le CV du père Pascal Ide donne le tournis : à la fois docteur en médecine, en philosophie et en théologie, ce prêtre du diocèse de Paris rattaché à la Communauté de l’Emmanuel, a publié pas moins de 30 ouvrages. Il nous offre ici une éclairante synthèse de celui sur le pardon.

Pouvez-vous nous donner une définition du pardon ?
Le pardon, c’est l’acte par lequel je remets la dette de l’autre : j’annule en quelque sorte la violence que l’autre a commise à mon endroit pour recréer le lien.

J’annule, cela veut dire « je fais comme si rien n’avait eu lieu » ?
LSurtout pas ! La notion de pardon est fréquemment l’objet de contresens, auquel il faut tordre le cou pour saisir sa signification profonde.
Ainsi, le pardon n’est pas une négation de la justice. Le tort commis doit être réparé : c’est ainsi que l’on peut évaluer la sincérité de l’offenseur. Que penser, par exemple, d’un automobiliste qui s’excuserait d’avoir enfoncé votre pare-chocs sans être prêt à faire les démarches nécessaires pour vous indemniser ? Veillons à ne pas récupérer le pardon pour bâillonner la victime. Pour les Vincentiens, ce pourrait être par exemple rétablir la vérité quand on a versé dans la calomnie.

Le pardon, dites-vous,
n’est pas non plus l’oubli.

C’est une autre de ses contrefaçons. Passer l’éponge trop vite sans avoir pu exposer ses griefs n’est pas sain : tôt ou tard, l’injustice refoulée réapparaît. L’offensé doit reconnaître le mal subi : se confier à un tiers attentif et non jugeant peut déjà soulager.

Mais si l’offenseur
ne reconnaît pas le mal ?

Voilà la troisième confusion ! Il arrive même qu’on l’ait perdu de vue ou qu’il soit mort. L’essentiel est d’avoir pardonné intérieurement. De poser un acte gratuit qu’on ne saurait imposer à l’autre : le pardon n’est pas nécessairement une réconciliation. Quand l’offenseur reconnaît son tort, le lien de communion est restauré : ça n’est pas toujours possible.

Que faut-il faire concrètement pour prendre l’habitude du pardon ?
Le pardon suppose un chemin. Il demande d’abord de travailler sur soi. Dans un conflit, une grande part de la tension ressentie provient non pas de l’autre, mais de ma problématique personnelle non résolue. Si j’ai été abandonné enfant, je ressentirai douloureusement l’éloignement, parfois légitime, de l’autre. Ce dernier – conjoint, ami, coéquipier vincentien… – n’est que le révélateur de ma blessure. Nommer mon problème évite de le projeter sur mon interlocuteur, qui n’est pas responsable de ma tension intérieure. Se connecter à soi, identifier ses besoins est capital. Pour ce qui concerne la SSVP, il serait intéressant de faire réfléchir les bénévoles sur leurs motivations : leur générosité peut cacher un grand besoin de reconnaissance. Ainsi, le premier pas du pardon, c’est la guérison : prenez le temps et les moyens de guérir, le pardon tombera comme un fruit mûr !

Il devient alors aisé ?
Pas si vite ! Il est aussi utile d’apprendre à gérer les conflits et les tensions. Pour ce faire, il existe un excellent outil : la Communication Non Violente (CNV), formalisée dans les années 1960 par le psychologue américain Marshall Rosenberg. Elle se décline en quatre étapes (lire page 18) qu’il est bon d’avoir en tête, mais qui ne sont pas l’essentiel. Ce qui importe, c’est l’empathie dont on doit faire preuve envers l’autre. Qu’elle devienne chez chacun de nous une manière d’être, les relations en seront considérablement simplifiées !

Il y a donc des moyens concrets de se connaître pour ne pas agresser l’autre. Mais quand on est l’offensé, comment s’y prend-on concrètement ?
Pardonner est une décision. Pour commencer, on peut renoncer à se venger : bouder, se fermer à l’autre, lui adresser une petite pique bien sentie est contraire à la charité… Pour les autres étapes, on peut se référer au livre de Jean Monbourquette (Comment pardonner) qui est une mine.

À vous entendre, nous avons tous les outils en main pour être à même de donner ou recevoir un pardon ?
Face à une offense grave, les outils ne suffisent pas, la grâce de Dieu est nécessaire ! En effet, le pardon est une re-création. Puisque Dieu seul est Créateur, Il est le seul à pouvoir nous aider à pardonner. Au contraire du ressentiment qui est destructeur, le pardon apporte une vraie paix. Les chrétiens que nous sommes ont donc deux atouts majeurs pour devenir des « pros du pardon » : la prière (demander la grâce pour avoir le courage de faire le premier pas ou pour pardonner en répétant, chaque fois que ressurgit le souvenir de l’offense, « Avec ta grâce, Seigneur, je pardonne à Untel ») et le sacrement de réconciliation : pardonné par Dieu, il devient possible de pardonner à l’autre (cf. Mt 18, 21-34). Quelle force recevons-nous de Celui qui est toute miséricorde !

ET À LA SSVP ? 

Vigilance-Bientraitance

 

Connaissez-vous la cellule Vigilance-Bientraitance mise en place par la SSVP pour assainir les relations entre Vincentiens ou entre Vincentiens et personnes aidées ? On vous dit tout !

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© SSVP

Depuis plusieurs années, la SSVP – comme d’autres associations du secteur – avait entamé une réflexion sur la bienveillance et la prévention des abus. Elle a mis en place, il y a deux ans, la cellule Vigilance-Bientraitance. Chaque président de Conférence a reçu des cartes et un film pour son équipe, des affiches destinées aux locaux recevant du public, des modèles de lettres à adresser à la police ou au procureur pour les cas les plus graves. « Il s’agit d’abord, précise Sylvie Courtois, membre de cette cellule au titre de sa charge d’administratrice, de traiter des situations graves, telles que les violences ou menaces de bénévoles envers un bénéficiaire. L’on peut aussi être amené à reprendre un bénévole qui s’approprierait une personne visitée. »
La cellule se préoccupe également des agressions tournées contre les Vincentiens (maltraitances lors des distributions alimentaires, harcèlement téléphonique, demandes financières, chantages au suicide).
Occasion de rappeler l’importance des règles édictées par la SSVP : être toujours en binôme, garder son portable sur soi, ne pas en donner le numéro, ne pas servir d’alcool, consigner toutes les dépenses faites. « Et surtout, savoir dire non et tirer à temps la sonnette d’alarme, en partageant avec son binôme et avec l’équipe toute difficulté rencontrée. »

Au-delà de ces cas extrêmes, cette instance peut être saisie en ultime recours pour aider à dénouer des conflits entre Vincentiens n’ayant pu se résoudre au niveau local (médisances, calomnies). « Quand tout a échoué, ne reste que le pardon, estime Sylvie Courtois. Nous espérons contribuer à l’établissement d’une vraie fraternité au sein des équipes. »

PLUS D’INFOS

Cellule Vigilance-Bientraitance :

06 73 00 98 32 / alertecomportements@ssvp.fr
SSVP-Cellule Vigilance Bientraitance 120 avenue du Général Leclerc 75014 Paris.

 

SUITE DU DOSSIER "La question du pardon dans la relation à l’autre"

La question du pardon dans la relation à l’autre

La question du pardon dans la relation à l’autre

S’engager, c’est se donner. Mais pour tenir dans la durée, le don nécessite le pardon ! Envers les personnes aidées aussi bien qu’avec ses coéquipiers. Et si chaque Vincentien mettait à profit la parenthèse estivale pour réfléchir à la manière dont il prend – ou pas – soin des autres au sein de la SSVP ?

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