Renforcer la solidarité internationale
face à la pandémie

Menace terroriste, dérives d’un capitalisme oublieux de l’humain, accroissement des inégalités entre riches et pauvres, dégâts écologiques et maintenant crise sanitaire de dimension mondiale… L’humanité serait-elle dans une impasse ? Pas si nous nous souvenons, dans le sillage du pape François, que la solidarité se pense à l’échelle mondiale.

Crédit photo : ©DR

Quelle est la spécificité de votre communauté ?

Nous sommes 25 frères et pères de tous âges et de 12 nationalités, tournés vers l’accueil et l’évangélisation : nous animons les chapelles de Saint-Vincent-de-Paul et de la rue du Bac à Paris, proposons une formation universitaire pour laïcs et animons des missions populaires, d’au moins une semaine, dans des secteurs ruraux déchristianisés.

Que révèle cette crise sanitaire mondiale ?

Elle nous ramène au réel : nous nous pensions tout puissants, nous nous découvrons humains et faillibles. L’aspect positif, c’est que nous sommes tous embarqués dans la même galère : si les pays riches n’avaient pas été si touchés, se serait-on tant mobilisés pour trouver un vaccin ? Comme toute l’humanité « trinque », nous nous rappelons que nous sommes des frères et sœurs faits de la même glaise. Un monde nouveau peut naître de cette prise de conscience
salutaire.

En voyez-vous déjà les prémices ?

Je note au moins deux points positifs : la forte mobilisation du tissu associatif, qui témoigne de la vitalité de ce secteur, en sus des mesures prises par les États, qui ne peuvent tout assumer. Tout un maillon invisible se retrousse les manches au service des plus démunis.
Et un certain frémissement au niveau spirituel : la religion peut aider à relire et donner du sens à cet évènement qui nous ébranle en profondeur. Ne laissons pas prospérer les sectes sur le terreau de la détresse humaine grandissante ! Le pape insiste sur l’aspect anthropocentrique du christianisme. Une religion autant centrée sur l’homme ne saurait se recroqueviller sur ses églises : elle doit se préoccuper de ceux qui n’y vont pas et ont besoin de consolation.

Que fait votre congrégation face à la pandémie ?

À Paris, nous voyons croître l’angoisse et la solitude. Notre pôle d’accueil et d’écoute s’est renforcé. L’Évangile a mis au cœur du monde l’amour et la compassion : à nous d’en être des témoins ! Mais nous sommes dépassés et savons qu’il n’y a de réponse que globale : les prêtres doivent travailler avec les laïcs, les chrétiens avec les croyants d’autres horizons. Plus que jamais, il faut faire face ensemble. C’est ce qui a permis à la famille vincentienne d’ouvrir à Paris un accueil pour femmes de la rue, l’Accueil Louise & Rosalie. Une goutte d’eau… mais chaque goutte compte !

En quoi consiste cet Accueil Louise & Rosalie ?

C’est le fruit d’un partenariat entre la Fédération Française des Équipes Saint-Vincent, la SSVP et la Congrégation de la Mission. Jusqu’à 20 femmes pourront être accueillies, 5 demi-journées par semaine, par des professionnels et des bénévoles, pour une écoute, un repas chaud, des soins, l’élaboration d’un projet de vie (voir https://louiseetrosalie.com).

Au plan international, comment votre Congrégation se mobilise-t-elle ?

La Congrégation de la Mission est une société de vie apostolique de 3 106 membres (prêtres et frères vivant en communautés), active dans cinq continents. Elle se consacre à la formation des prêtres et laïcs, mais surtout à l’évangélisation des plus pauvres aux quatre coins du globe. Nous faisons nôtres ces mots de saint Luc (4,43) : « Nous avons été envoyés pour évangéliser les pauvres. »
Quand la dimension apologétique est impossible (Soudan du Sud, Mauritanie, Afrique du Nord), nous nous concentrons sur la prière et l’aide concrète.

Donnez-nous des exemples d’action menée ?

Certains projets, antérieurs à la pandémie mondiale, ont pris, avec elle, davantage d’ampleur. Nous avons secouru les sinistrés de l’ouragan qui a dévasté le Honduras et le Nicaragua, sommes très engagés dans l’aide aux Libanais… Il y a aussi un projet en cours qui implique 146 organisations de l’ensemble de la famille vincentienne : chacune d’elles s’est engagée à construire 13 maisons pour l’accueil des sans-abri.
Conséquence des ravages du coronavirus, une aide d’urgence est apportée au Togo, en Éthiopie, aux Philippines, en Tanzanie, au Soudan du Sud… Le caractère international de notre congrégation est une chance : nous rassemblons nos forces dans des actions concrètes, avec le même charisme, en nous appuyant sur les richesses de chacun. Nous témoignons que la fraternité est possible au-delà des différences
culturelles.

ET À LA SSVP ? 

Association
Baobab

Promulguer les valeurs vincentiennes à l’international la taraudait. Mère adoptive de deux enfants burkinabés, Isabelle Vuillet a choisi l’Afrique pour, il y a 20 ans, un projet fou qui a fait florès.
Elle considère Vincent de Paul comme son maître spirituel. Présidente de la Conférence Saints-Romain-et-Lupicin (Jura), de 2000 à 2008, Isabelle ressent un vif appel à promulguer, au-delà des frontières, « les valeurs d’amour, partage et service qu’incarne le saint ». Elle y associe des jeunes désœuvrés de son village. Partie de rien, elle s’envole au Burkina Faso avec trois d’entre eux, en 2002 : « mon désir d’épauler des frères en humanité vivant à 5 000 kilomètres dans des conditions plus que précaires m’a donné des ailes. » Forte de l’excellent accueil que lui fait sur place un chef traditionnel ancestral de village et du soutien du président national de la SSVP-Burkina Faso, elle crée, avec ses premiers collaborateurs, des commissions : santé, éducation, développement durable, agriculture… Sept villages sont impliqués.

Une collaboration Nord-Sud

L’une des Conférences de Ouagadougou prête main forte à Isabelle : « c’était capital que des autochtones s’impliquent, note-t-elle. Le développement passe par la collaboration Nord-Sud, mais plus encore par la collaboration Sud-Sud. C’est aux populations d’initier des projets. »
Vingt ans plus tard, son association Baobab, devenue en 2006, Association spécialisée de la SSVP, compte une vingtaine d’adhérents et une centaine de sympathisants. Un dispensaire, un moulin, des écoles, des forages sont nés de cette fructueuse collaboration avec la France, ainsi que toute une économie locale, fondée sur le micro-crédit. « Ce succès, nous le devons à l’appui constant de la SSVP. Il a même conduit des ethnies de ces villages à se réconcilier. Quand je doutais, un souffle vincentien me portait : j’y puisais l’énergie de continuer. »
Un conseil à ceux qui voudraient marcher sur ses traces ? « Cultiver le bonheur de vivre ensemble au-delà de nos différences. C’est notre carburant ! »

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SUITE DU DOSSIER "RENFORCER LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE FACE À LA PANDÉMIE"

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