RÉFLECHIR 

Quitter Dieu pour Dieu…
et revenir à la chapelle

Vincentien actif versus vincentien contemplatif ? Nous considérons qu’il est parfois juste de délaisser Dieu, de cesser de prier pour se rendre disponible pour aider, écouter, visiter une personne dans le besoin. Mais notre prière cesse-t-elle pendant ce temps que nous consacrons à un autre que Lui ? Et une fois cette visite terminée, qu’en est-il de Lui ?

Philippe Wasser, diacre permanent et Vincentien du Bas-Rhin

Avons-nous perdu la « connexion » avec Dieu ?

Faut-il occulter Dieu, faire le deuil de la relation que nous avons établie avec lui ?

L'hospitalité, à l'imitation du Christ, nous fait un en Dieu.

N’hésitons pas à aller dans cette chapelle, ouverte à l'autre…

Nous éloignons-nous de Dieu lorsque nous nous laissons interpeller, lorsque nous sommes en visite ? Nous agissons, et nous ne prions pas. Nous avons l’impression que nous ne sommes plus en la présence de Dieu. Peut-être culpabilisons-nous ? Nous nous posons probablement toutes ces questions, individuellement ou en Conférence : le pauvre que nous rencontrons, que nous visitons, qui nous interpelle, qui nous met en action, nous éloigne-t-il de Dieu ? Ce que nous pensons être la relation que nous avons établie avec Dieu est-elle rompue ?

charité par dessus tout

Monsieur Vincent l’avait très certainement perçu, lorsqu’il a écrit ce texte aux Filles de la Charité : « Or, il y a certaines occasions dans lesquelles on ne peut garder l’ordre de l’emploi de la journée ; par exemple, on viendra à votre porte au temps de votre oraison, pour qu’une fille aille voir un pauvre malade qui est pressé, que fera-t-elle ? Elle fera bien de s’en aller et quitter son oraison, ou plutôt en la continuant, parce que Dieu lui commande cela. Car voyez-vous, la charité est par dessus toutes les règles, et il faut que toutes se rapportent à celle-là. C’est une grande dame. Il faut faire ce qu’elle commande. C’est donc en ce cas, laisser Dieu pour Dieu. Dieu vous appelle à faire l’oraison et en même temps il vous appelle à ce pauvre malade. Cela s’appelle quitter Dieu pour Dieu » (saint Vincent de Paul, Entretiens aux Filles de la Charité, Pierre Coste, tome X, 595).

Sommes-nous surpris ? Le propos de Monsieur Vincent est clair : quitter Dieu pour Dieu ! Et nous pourrions même ajouter : quitter Dieu pour Dieu… et revenir à la chapelle ?
Non pas une chapelle dans laquelle nous nous enfermons et restons entre nous. Mais ce lieu où nous nous réunissons, en présence de notre créateur, de celui qui nous appelle à le rejoindre, dans sa famille, auprès de lui. Celle de Jésus, ouverte à tous ceux qui font la volonté de Dieu (Mc 4, 34-35). Car Dieu est hospitalité, accueil, charité. Ce dilemme, si nous acceptons de nous y confronter, nous permet en fait d’avancer.
Faut-il occulter Dieu, faire le deuil de la relation que nous avons établie avec lui ? Mais Lui, la relation qu’Il a établie avec nous, avec toute l’humanité, comme Il nous l’a annoncé, vécue par Jésus-Christ, par le mystère pascal et par le souffle de l’esprit, cette relation n’est pas perdue !

Dieu en premier

Peut-être faut-il utiliser le langage d’aujourd’hui : avons-nous perdu la « connexion » avec Dieu ? Actuellement, lorsque nous arrivons quelque part, nous demandons : « Y a-t-il le wifi, quel est le code ? » Nous, humains, cherchons, établissons, rétablissons, la connexion.
Dieu, vient toujours en premier. Lui maintient cette connexion, quoi qu’il arrive. Cette connexion directe de Dieu avec nous, par la grâce reçue, mais aussi établie par celui que nous rencontrons, que nous visitons, celui qui vient à notre rencontre et qui vient nous interpeller, qui sollicite notre aide. Ce pauvre vient établir la connexion entre lui et nous. Et Dieu y est présent. Il ne nous dérange pas. 

Celui qui vient vers nous, celui vers qui nous allons, est fait comme chacun de nous d’argile et d’esprit, comme nous le rappelle saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Co, 15, 45-49), nous qui sommes membres d’un même corps. L’hospitalité, à l’imitation du Christ, nous fait un en Dieu.
Dieu est présent, dans l’autre, dans la rencontre, dans la préoccupation portée à l’autre, à son intérêt propre, quel qu’il soit. Nous établissons alors un lien avec cet autre humain, être physique et spirituel aimé de Dieu, tout comme chacun de nous. La relation vraie et établie avec lui restaure notre relation personnelle à Dieu.
Vivre la continuité
Nous pouvons remercier celui qui vient nous solliciter, réclamer notre aide, notre accompagnement : il nous renforce, dans l’acceptation de l’alliance que Dieu nous offre, Lui qui vient toujours en premier. Saint Vincent nous montre qu’il y a continuité entre Dieu cherché dans
la prière et les pauvres rencontrés
dans la vie.
Cette chapelle dont il est parlé ci-dessus n’est pas alors un lieu clos, confidentiel, renfermé égoïstement sur nous. Mais au contraire ouvert à la plénitude de l’amour de Dieu et où nous rencontrons, entraînons, celui que nous avons rencontré, sollicité, directement et physiquement, ou en union de prière ou de pensée. Celui qui est devenu un ami et qui connaît l’amitié de Dieu. Ce n’est pas un temps perdu, c’est au contraire un temps gagné, utile tout en étant gratuit. N’hésitons pas à aller dans cette chapelle, ouverte à l’autre, où la connexion avec Dieu et tout un chacun est maintenue. 

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