Renforcer la solidarité internationale
face à la pandémie
Menace terroriste, dérives d’un capitalisme oublieux de l’humain, accroissement des inégalités entre riches et pauvres, dégâts écologiques et maintenant crise sanitaire de dimension mondiale… L’humanité serait-elle dans une impasse ? Pas si nous nous souvenons, dans le sillage du pape François, que la solidarité se pense à l’échelle mondiale.

Àpremière vue, il y a de quoi avoir le moral en berne : en moins d’un an, le Covid-19 a semé la désolation sur les cinq continents, faisant des centaines de milliers de victimes et des dégâts collatéraux tragiques : 150 millions de personnes supplémentaires risquent de basculer, sous peu, dans l’extrême pauvreté.
UN COUP D’ARRÊT BRUTAL
Sans minimiser la réalité de la pauvreté mondiale (en 2015, 736 millions de personnes vivaient avec moins d’1,90 $ par jour), de nombreux progrès avaient été réalisés ces dernières décennies : le nombre de personnes frappées d’extrême pauvreté a diminué de moitié entre 1990 et 2015, grâce à une croissance économique rapide et une meilleure productivité agricole, le nombre d’enfants non scolarisés au niveau mondial a été divisé par deux et l’espérance de vie a considérablement augmenté…
Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) affichait sa satisfaction, devant les résultats prometteurs des objectifs de développement durable (ODD) élaborés en 2015 par les dirigeants du monde, pour éradiquer la pauvreté dans 170 pays et territoires d’ici 2030. Las ! Un infime virus vient piétiner les immenses efforts réalisés et mettre le doigt sur les défaillances de nos modes de vie et de consommation, préjudiciables aux plus pauvres. Comment ces derniers pourraient-ils faire face à ce tsunami, quand 40 % du total des revenus mondiaux sont perçus par 10 % des personnes les plus riches ?
SUS à L’INDIVIDUALISME
La dénonciation de ces déséquilibres est au cœur de l’encyclique du pape François, Fratelli Tutti (Tous frères), qui appelle tous les hommes de bonne volonté à se mobiliser pour plus de justice : à ses yeux, la fraternité se révèle la seule voie possible pour sortir des ténèbres ; une fraternité fondée sur notre identité d’enfants de Dieu et la « dignité inviolable » de tout homme.
L’augmentation planétaire du niveau de vie était due, avant le Covid, à une hausse de l’aide publique au développement de la part des pays développés (+ 66 % entre 2000 et 2014), ainsi qu’au travail des ONG, associations, communautés religieuses etc. Quelle autre solution que de mettre les bouchées doubles à l’avenir ?
C’est ce qu’ont fait en urgence, pour parer au plus pressé, les institutions (30 millions de dollars versés à 83 pays par le PNUD), les ONG, les associations au rayonnement international (50 000 € versés par la SSVP pour équiper les plus démunis en masques et équipements de protection et 100 000 € débloqués pour 10 pays d’Afrique).
Chiffres clés
Conséquence de la pandémie de Covid-19, en 2020, l’extrême pauvreté touche 9,1 à 9,4 % de la population mondiale contre 7,9 % initialement prévu.
Soyons capables de réagir par un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale qui ne se cantonne pas aux mots.
(Pape François, Fratelli Tutti)

Rencontre des bénévoles des Conférences jumelées Saint-Maron de Tripoli (Liban) et Sainte-Anne de Montjuzet de Clermont-Ferrand avec l’archevêque maronite de Tripoli.
Crédit photo : © DR
Mais, bien évidemment, c’est en multipliant les projets de coopération sur du long terme que l’avenir pourra, à nouveau, se parer des couleurs de l’espoir.
L’Ordre de Malte, le CCFD, Caritas Internationalis, la Croix Rouge, Médecins du Monde, les Missionnaires de la Charité… et tant d’autres se sont retroussé les manches pour répondre aux situations de détresse aux quatre coins de la planète. Nous nous focaliserons ici sur l’implication de la SSVP, au-delà de cette crise, auprès des nécessiteux de tous horizons. Rappelons que la SSVP compte 800 000 membres, dans 150 pays et territoires, qui aident 30 millions de personnes dans le monde.
LA SSVP SUR
TOUS LES FRONTS
Cette mobilisation pour une solidarité sans frontières, voulue par Frédéric Ozanam, est si ancrée dans l’ADN de la SSVP (chapitres 1.6, 4 et 7 de la Règle internationale) qu’elle revêt des aspects multiformes.
Au début, des initiatives individuelles et temporaires : ainsi, en 2013, les Conférences de Haute-Vienne se sont mobilisées pour aider un religieux vincentien responsable d’un patronage d’une centaine d’enfants à Bobo Dioulasso (Burkina Faso). Avec plus de 12 500 € récoltés, un minibus a été acheté et la scolarité de quatre jeunes a été assurée. Temporaires aussi, mais ô combien précieux pour initier des projets durables, sont les envois, pour le compte de la SSVP, de volontaires de solidarité internationale issus de la DCC (Délégation Catholique pour la Coopération) :
un partenariat a été conclu entre les deux structures, qui a permis, par exemple, à deux jeunes adultes, Pierre et Isabelle, d’épauler des Lazaristes dans des écoles camerounaises.
Aujourd’hui, nombre de projets s’inscrivent davantage dans la durée : le jumelage entre deux Conférences offre un cadre juridique idéal pour tisser des liens à l’international avec des frères vincentiens. Liens d’ordres amical et spirituel autant que matériel (voir pages 18-19).Certaines Conférences se montrent très actives, telles celle du Chesnay-Rocquencourt (78), déjà jumelée avec trois Conférences (togolaise, burkinabée et libanaise) et en passe de l’être avec une quatrième, en Inde. Soutien d’un orphelinat, construction d’une salle de réunion SSVP et magasin de denrées pour les pauvres, création d’un réservoir artificiel de 10 000 m2 pour permettre l’irrigation de terres, aide à la scolarisation d’enfants… La coopération entre pays porte de beaux fruits. Mais un seul jumelage permet déjà de sensibiliser les Vincentiens à cette idée d’une solidarité effective se propageant à l’humanité tout entière ! Il suffit de consulter le site internet de la SSVP internationale, le nombre de projets soutenus de par le monde en 2019 (60 dans 41 pays), pour mesurer le chemin parcouru… toujours à poursuivre. Depuis dix ans, au Canada, l’opération Au Nord du 60e, à laquelle collaborent une douzaine de Conférences, permet, par exemple,d’aider des milliers de personnes du Grand Nord, autrefois nomades et en cours de sédentarisation, à se nourrir et se vêtir.
On ne saurait oublier d’évoquer les Associations spécialisées de la SSVP, telles que Baobab (voir page 17) ou Valentina, structure créée, il y a 20 ans, par des Vincentiens de Neuilly, qui aide à la scolarisation d’une centaine d’enfants roumains, de la maternelle jusqu’au bac. Ses membres se sont mobilisés pleinement pour faire face aux conséquences néfastes du coronavirus : suivi téléphonique des élèves, achats de tablettes, fourniture de paniers repas et kits d’hygiène.
Des exemples qui donnent du poids aux propos optimistes tenus par Renato Lima de Oliveira, Président général de la SSVP, en avril dernier : « Confiants dans la Divine Providence, nous sommes certains que (…) l’humanité reviendra plus forte, plus unie et plus solidaire [de cette crise] et que nos membres à travers le monde (…) joueront leur rôle dans cette rémission.»
ALLER PLUS LOIN
• SSVP Internationale :
www.ssvpglobal.org
• PNUD (Programme des Nations
Unies pour le développement) :
analyse des effets du virus, présentation des ODD…
L’ENTRETIEN
Faire entendre la voix
des sans voix
Représentante du Conseil Général International (CGI) de la SSVP auprès des Nations Unies
à Genève, Marie-Françoise Salesiani-Payet en est aussi la Secrétaire Générale.
Que nous révèle, sur le plan mondial, l’épidémie de Covid-19 ?
Elle démontre que la santé reste un secteur hautement vulnérable sous toutes les latitudes, puisque même les pays riches sont dépassés. Elle révèle surtout, qu’une fois encore, les plus fragiles sont les plus touchés. Au-delà du drame que constitue la mort des victimes, toute l’économie est impactée : les écarts entre couches sociales se creusent, révélateurs et annonciateurs d’une profonde crise sociale.
Peut-on tirer parti de cette crise pour renforcer la solidarité internationale ?
La répartition des richesses sur la planète ne dépendant pas du seul bon vouloir des hommes, des institutions comme les Nations Unies et leurs agences spécialisées (PNUD, FAO, HCR…) sont engagées auprès des États pour une répartition plus équitable des richesses. Elles œuvrent pour la mise en place de bonnes pratiques au service d’un développement durable et équitable (Cf les ODD évoqués p. 13).
Dans de nombreux pays, la société civile s’est aussi fortement mobilisée, au-delà même du vivier associatif : plusieurs secteurs tels que les laboratoires de recherches biomédicales ont appris à coopérer davantage, à partager les données. Pour trouver des solutions, unir les forces est capital.
Qu’a mis en place la SSVP pour riposter face à la crise sanitaire ?
La SSVP agit, depuis sa création, pour réduire les inégalités, en accompagnant les personnes aidées vers l’autonomie. La Confédération Internationale de la SSVP (CGI) représentée aux Nations Unies, à Genève et à New York, est une force de proposition au plus haut niveau avec les Organisations catholiques, le Forum, le Nonce Apostolique Observateur Permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, pour faire entendre la voix des sans voix. Les organes du CGI comme la CIAD (Commission Internationale d’Aide au Développement) accompagnent des projets (financés par les pays membres) dans les pays pauvres où la SSVP est implantée. Un Plan Covid-19 a été instauré pour apporter une aide sur le long terme.

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SUITE DU DOSSIER "RENFORCER LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE FACE À LA PANDÉMIE"
Père Roberto Gomez « Et si cette crise nous recentrait sur l’essentiel ? »
C’est le vœu que formule le Père Roberto Gomez, supérieur de la maison-mère des Lazaristes à Paris, bibliste, directeur adjoint et enseignant à l’IER.
Jumelage : idées reçues et bonnes raisons de se jumeler
Idées reçues et bonnes raisons de se jumeler.