NOTRE HISTOIRE
Frédéric Ozanam
Une vie orientée vers l’éternité
« Mon Dieu, Mon Dieu, laissez-le moi encore un peu… » Qu’il est émouvant ce refrain de la chanson d’Édith Piaf ! Car c’est ce qu’a peut-être éprouvé Frédéric lorsqu’il se voyait frappé de mort, jeune, aimant la vie, tout comblé de ce qui attache à la terre et malgré le déchirement de son âme, malgré l’épuisement de ses forces…
La mort est très présente dans la vie de Frédéric. Dans sa correspondance, on remarque l’omniprésence des mentions de décès : les parents décédés, les anniversaires de décès, les fêtes de défunts sont autant d’occasions de rappeler le souvenir des morts, de prier pour eux, de faire célébrer des messes à leur intention. Il en fait de véritables méditations sur la mort, plus ou moins inspirées des oraisons funèbres de Bossuet. Cela réveille en lui ses propres deuils : ceux de sa sœur aînée Elisa et surtout de sa mère :« Ô, que j’eus de chagrin ! »*
Il est frappé très tôt par la précarité de la vie de son temps : les enfants à peine nés sont déjà portés en terre. Il ne s’habitue pas à ces terribles spectacles de la mort : l’épidémie de choléra, l’impuissance de la médecine qui lui faisait perdre courage devant la maladie, les révoltes des Canuts à Lyon, les émeutes républicaines de 1830 et 1848, la mort de Mgr Affre…
Son temps est marqué par l’avènement de « la mort romantique »** : une aspiration à revoir les siens dans l’au-delà et l’angoisse réelle quant au salut. Victor Hugo écrit dans Les Feuilles d’automne : « Rien ne reste de nous, notre œuvre est un problème… l’homme fantôme, errant, passe sans laisser même son ombre sur la mer… »
À la recherche
d’une réponse intime
Quel est ce souffle de vie spirituelle, son lieu et son être spirituels qui l’animent jusqu’à son dernier jour ?
À 21 ans, Frédéric fait une conférence à ses amis étudiants : « Philosophie de la mort »**
Qu’est-ce un jour de moins dans l’avenir, quand l’avenir est éternel ?

Son texte, exprimant sa recherche de sens, est fascinant. Il écrit : « Je voulus regarder par-dessus le mur sacré des traditions de la famille et voici ce que j’aperçus. »
Frédéric recourt à la raison, à la science, à l’idée de cause et de substance, à la nature, à l’humanité, en dernier à la religion : « c’est-à-dire un lien entre la vie et la mort ».
Il en fait lui-même le résumé : « La destinée de l’homme et la pensée de la mort lui révèlent la nécessité d’une croyance religieuse… mais il lui reste à franchir un torrent de feu et c’est la mort… alors il s’avance. » C’est dans la fidélité à la religion qu’il a trouvé la lumière et la paix.
À 40 ans, il exprime, dans la Prière de Pise, le long et douloureux chemin qu’il parcourt pour accepter la mort « en tremblant » : « Ne voulez-vous, point, Seigneur, vous contenter d’une partie du sacrifice ? » Son épouse Amélie* écrit : « Frédéric subissait toutes les angoisses d’une maladie lente… il savait vivre ainsi incertain, entre la vie et la mort tour à tour reconnaissant ou résigné… »
Durant tout son temps en tant qu’épouse (12 ans), et lors du dernier voyage en Italie, Amélie a accompagné Frédéric avec patience. Par sa présence, son silence et son écoute, avec impuissance et humilité, tristesse et joie, elle a accueilli toute sa dimension spirituelle au cœur de ses préoccupations pour lui permettre de trouver une réponse intime.
C’est le sens du message qu’Amélie* découvrit en ouvrant le testament de Frédéric : « À ma tendre Amélie, qui a fait la joie et le charme de ma vie et dont les soins si doux ont consolé depuis un an tous mes maux, j’adresse des adieux courts comme toutes les choses de la terre. Je la remercie, je la bénis, je l’attends. »
attentif à la dimension spirituelle
Frédéric a parlé à son ami François Lallier de la manière avec laquelle il avait été conduit à la foi par le phénomène de la mort dont il a été témoin. Avec Ernest Falconnet, il a évoqué les « deux compagnons qui marchent toujours avec nous-mêmes : Dieu et la mort. »
« Philosophie de la mort » est une voix insolite, émouvante, irréductible. Un texte parmi les « sources » qui va bien au-delà de sa crise de la foi, car il a vécu cette frontière de la mort avec une intensité toute particulière.
À la suite de Frédéric, quelle leçon, pour nous Vincentiens, de prendre conscience dans nos accompagnements de la place du spirituel et de la question existentielle, particulièrement des personnes âgées en maison de retraite, très vulnérables, qui nous les laissent entrevoir ! Sommes-nous prêts à partager leur souffrance à l’approche de la mort ? N’est-ce pas un geste d’hospitalité consistant à être dans l’Être, comme le Bon Samaritain : accueillir un souffle intérieur, comme un baume apaisant ?
Philippe Menet, bénévole de la SSVP
* Notes biographiques sur F. Ozanam par Amélie Ozanam Soulacroix, Édition de Raphaëlle Chevalier-Montariol
** Frédéric Ozanam – Philosophie de la mort, Présentation de Guillaume Cuchet, Éd. Parole et silence
Tombeau de Frédéric Ozanam sous une fresque représentant le Bon Samaritain – Église Saint-Joseph-des-Carmes, Paris 6e.
Crédit photo : ©SSVP – M. Perroux
EN SAVOIR +
« Philosophie de la mort » de Frédéric Ozanam
« Qu’est-ce un jour de moins dans l’avenir, quand l’avenir est éternel ? » C’est l’extrait d’une réflexion prononcée par Frédéric Ozanam à 21 ans, en avril 1834, rue de l’Estrapade, à la Conférence d’histoire. Il y évoque notamment la crise de la foi qu’il a traversée, qualifiée de « période pénible ».
Guillaume Cuchet** présente dans son livre cette réflexion qui révèle une dimension plus secrète de Frédéric, celle de sa vie spirituelle et de son rapport à la mort. Question cruciale pour ce chrétien, mort à 40 ans, qui est un témoin des évolutions de son temps et qui sera marqué à la fois par le culte du souvenir familial, la mode du spiritisme et le renouveau de la dévotion aux âmes du purgatoire.

Tombeau de Frédéric Ozanam sous une fresque représentant le Bon Samaritain – Église Saint-Joseph-des-Carmes, Paris 6e.
Crédit photo : ©SSVP – M. Perroux
EN SAVOIR +
« Philosophie de la mort » de Frédéric Ozanam
« Qu’est-ce un jour de moins dans l’avenir, quand l’avenir est éternel ? » C’est l’extrait d’une réflexion prononcée par Frédéric Ozanam à 21 ans, en avril 1834, rue de l’Estrapade, à la Conférence d’histoire. Il y évoque notamment la crise de la foi qu’il a traversée, qualifiée de « période pénible ».
Guillaume Cuchet** présente dans son livre cette réflexion qui révèle une dimension plus secrète de Frédéric, celle de sa vie spirituelle et de son rapport à la mort. Question cruciale pour ce chrétien, mort à 40 ans, qui est un témoin des évolutions de son temps et qui sera marqué à la fois par le culte du souvenir familial, la mode du spiritisme et le renouveau de la dévotion aux âmes du purgatoire.