RÉFLÉCHIR 

Vivre la spiritualité vincentienne
malgré la pandémie

Autour de nous, nous entendons des cris : « Va-t-on s’en sortir ? Où va-t-on ?
Quel monde une fois le Covid-19 parti ? » Chrétiens, nous pouvons nous souvenir du bon pape Jean XXIII qui parlait des « signes » des temps. La pandémie nous oblige à réaliser que notre vie est fragile et que la vie selon l’Évangile est amour et fraternité.

« Lorsqu'on prie, il importe de rejoindre la vie quotidienne. »

« Il faut laisser faire la Providence, mais il faut lui donner un coup de main. »

« Donnez-moi un homme d’oraison et il sera capable de tout. »

Nous constatons que l’être humain est fragile et nous sommes inquiets pour notre planète et notre environnement. Inquiets surtout de voir que le nombre des « petits », des pauvres, va en augmentant et que nous sommes dans une crise sociale angoissante.
Nous vivons dans une société où existe le délitement du tissu social et une crise du non-sens de la vie. La morale est en crise. On entend, ici et là, reprocher trop de moralisme, le complotisme et l’infantilisation dans les discours.

Comment vivre notre spiritualité vincentienne ?

Devons-nous vivre autrement notre vocation vincentienne parce que nous sommes en temps de confinement, de crise sanitaire, économique et sociale ? Le pape François, le 23 octobre 2015, lors de la messe du matin, disait ceci : « Les temps changent et nous, les chrétiens, nous devons changer continuellement. Notre travail est de regarder ce qui se passe à l’intérieur de nous, de discerner nos sentiments, nos pensées ; et ce qui se passe en dehors de nous, et de discerner les signes des temps. Avec le silence, la réflexion et avec la prière ».
Certes, il y a des mesures sanitaires. Cependant, à la suite de la bienheureuse sœur Rosalie, Frédéric Ozanam et ses premiers compagnons ont commencé leurs visites aux pauvres dans le quartier Mouffetard où, en ce temps-là, la tuberculose sévissait !

Et nous, avec un masque, ne pouvons-nous pas visiter la personne seule et, au besoin, lui porter la Communion ?
On peut, pris au piège du confinement (c’est-à-dire enfermé chez soi dans la lecture ou avec la télévision), ne plus s’inquiéter de ces personnes à visiter. Le risque de repli sur soi existe alors, d’enfermement aussi. N’oublions pas que beaucoup de chrétiens n’ont pas repris le chemin de la messe après le confinement. Il nous faut garder contact : par le téléphone, nous pouvons contacter régulièrement les personnes que nous visitons et aussi nos sœurs et frères de notre Conférence.

Les temps du Carême
et de Pâques bienvenus

Voici le temps du Carême suivi du temps pascal. On dit souvent que c’est un temps de conversion. Nous nous rendons compte que l’individualisme et l’égoïsme grandissent depuis quelques années et la pandémie peut favoriser cela à cause des « gestes barrières ». Cela coïncide avec le bel appel du pape dans son encyclique Fratelli Tutti (Tous frères). C’est la fraternité qui sauvera le monde. Chaque jour, prions l’Esprit Saint de nous rendre davantage fraternels. Écoutons sur ce sujet Frédéric Ozanam : « Il faut laisser faire la Providence, mais il faut lui donner un coup de main. »
Ce coup de main, c’est notre conversion personnelle. Plus que jamais, dans nos pratiques, notre bénévolat, nous devons faire preuve d’humilité, de simplicité, nous montrer frères et non supérieurs à celui ou celle que nous visitons, mais être remplis de paix et de joie.

Après des mois et des mois à lire et entendre des déclarations anxiogènes, nos amis que nous visitons ont besoin de rencontrer un ami qui rayonne de paix et de joie ! Saint Vincent de Paul insiste sur la prière : « Donnez-moi un homme d’oraison et il sera capable de tout. » Pour lui, l’oraison, la prière c’est « le centre de la dévotion, l’âme, le réservoir, le pain journalier ». Lorsqu’on prie, il importe de rejoindre la vie quotidienne. Et l’oraison est le moteur de l’action. La pandémie est un « signe des temps » et nous, Vincentiens, sommes invités à témoigner de l’espérance. C’est elle qui manque douloureusement à notre société. Nous le savons, c’est sur l’amour que nous serons jugés et ce jugement n’est pas seulement pour après la mort. C’est maintenant que nous accueillons ou que nous refusons d’accueillir le Christ. Le chapitre 25 de l’évangile de saint Matthieu a été commenté par la philosophe Simone Weil. Elle a dit : « J’avais faim et vous m’avez secourue… Quand donc Seigneur ? Ils ne le savaient pas. Il ne faut pas le savoir. Il ne faut pas secourir le prochain pour le Christ, mais par le Christ. Jésus est toujours là où on ne l’attend pas. Aimons simplement, sans trop nous poser de question. Laissons le Christ agir en nous. Et nos gestes simples et gratuits deviendront, à notre insu, des instants d’éternité. »
Que le Carême et le temps pascal nous permettent de laisser le Christ agir en nous, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde »

 

Jean-Claude Peteytas,
diacre vincentien

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